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AUTRES / Nabni en toute Liberté

Lucila Takjerad (*), spécialiste en fusion acquisition

“La lourdeur administrative décourage les investissements”

© D.R.

Nabni : Selon-vous, comment les investisseurs étrangers perçoivent-ils l'Algérie par rapport à d'autres destinations ? Qu'est-ce qui pourrait les attirer pour y investir ? Qu'est-ce qui peut les repousser ?
Lucila Takjerad : En plus de ses richesses énergétiques, le pays est une puissance démographique d’Afrique du Nord, doté d’une extraordinaire population jeune, éduquée, compétitive et au fort potentiel, et jouit d’avantages géostratégiques indéniables. À cela s’ajoute une stabilité politique et un volontarisme de l’État, ce qui a contribué à envoyer un signal positif aux investisseurs étrangers. Les investissements massifs dans les infrastructures majeures (routes, aéroports), la modernisation des moyens de transport (ouverture du métro d’Alger, tramways dans les grandes villes ou renouvellement de la flotte aérienne d’Air Algérie) ont bénéficié aux investisseurs étrangers, et ce, en plus de la multiplication des projets résultant directement des relations bilatérales d’État à État.
Notre pays a donc tous les atouts pour être courtisé par les investisseurs étrangers. Malgré une nette amélioration des flux d’investissements étrangers en Algérie (rebond de $1,5 milliard après des flux négatifs les années précédentes), l’Algérie peine à réellement décoller par rapport à nos voisins.
On pourrait nommer maints obstacles qui figent notre pays aujourd’hui (instabilité juridique, bureaucratie écrasante, manque d’infrastructures adaptées pour accueillir les investissements, corruption criante), mais je m’attarderai sur une seule — mais pas des moindres : la confiance. Sans confiance, aucun investisseur ne risquerait son capital en Algérie. Une gouvernance économique solide, un système institutionnel crédible, des cadres de la fonction publique efficaces sont indispensables pour installer un climat de confiance.

Quels sont, selon vous, les principaux freins à l'investissement en Algérie ?
Les freins à l’investissement en Algérie sont nombreux. Nous avons déjà évoqué le faible système institutionnel, la corruption, une administration perçue comme lente... À cela s’ajoute l’insécurité quant à l’État de droit, l’absence d’un bon réseau d’infrastructures y compris l’absence de zones franches et d’agence proactive qui promeut les investissements. Enfin le partage du capital 49%-51% entre investisseur étranger et partenaire local renforce le sentiment d’insécurité des investisseurs étrangers, et le retard de l’Algérie en termes de “smart gouvernment” ou le e-gouvernement accentue une lourdeur administrative de plus en plus insupportable.

Le collectif Nabni propose de mettre en place une nouvelle agence qui remplacerait l'actuelle Andi, pour porter une politique plus ambitieuse de développement de l'investissement national et étranger. Quelles sont, selon vous, les meilleures pratiques dans ce domaine ?
Ce qui a changé la donne dans de nombreux pays c’est la création de zones franches. Je prends l’exemple des Émirats arabes unis. Des mini-villes se sont créées au sein de l’émirat de Dubaï. Le Dubai International Financial Center (ou DIFC) est une zone franche devenue un centre mondial d’affaires, le Dubai Multi Commodities Centre Authority (ou DMCC) rayonne dans le monde comme le centre des matières premières, allant du café jusqu’à l’or.  L’Algérie a besoin d’une agence proactive et compétitive aux standards “best-in-class”, et avec un management jeune, dynamique et passionné afin de porter une politique ambitieuse de développement. Cette politique inclurait des actions et initiatives concrètes sur comment encourager des investissements nationaux et attirer des investissements étrangers. Cette agence, telle que nous l’envisageons, sillonnerait les 4 coins de l’Algérie afin d’encourager l’investissement et entamerait des “roadshows” dans le monde entier afin de faire connaître notre pays, avec un message clair et  cohérent. Elle serait conviée lors de chaque visite officielle de présidents en Algérie et vice-versa et engagerait des discussions avec ses homonymes à l’étranger. Cette nouvelle agence serait notre meilleur ambassadeur à l’étranger afin d’attirer les investissements dans notre pays. Cette agence serait aussi en charge de réaliser une campagne massive de communication s’appuyant sur les technologies et réseaux sociaux les plus innovants et visant à rehausser l’image de l’Algérie

Quels rôles peuvent jouer les fonds d'investissement dans le financement de l'économie par rapports aux autres acteurs (Bourse, banques...) ?
Chacun de ces acteurs joue un rôle spécifique mais complémentaire dans le financement de l’économie. Alors que les banques se spécialisent dans l’octroi de prêts, la bourse est sollicitée pour les levées des fonds et augmentations du capital, en actions ou en obligations. Ces entreprises, généralement de grande taille, lèvent des fonds en réalisant une opération d’introduction en Bourse à travers l’émission d’actions destinées au public. Ces entreprises peuvent également émettre de la dette sur le marché obligataire. La Bourse permet également aux investisseurs (entreprises, actionnaires, créanciers) de se protéger du risque du marché (risques de change, de taux, de crédit, de baisse des cours...) par l'utilisation de produits dérivés (les Swaps, les Forwards, les contrats à terme, les options, etc.).
Quant aux fonds d’investissement, ceux-ci jouent un rôle primordial dans l’amplification du nombre des initiatives entrepreneuriales et la croissance des PME. Recourir à un capital-investisseur est souvent la seule manière pour une entreprise qui démarre ou une PME non cotée en Bourse de lever des fonds propres importants.
Qu'est-ce qu'une société de capital-investissement ? Il s’agit d’une structure disposant d'une masse d'argent qu'elle a collectée auprès de souscripteurs. Ces derniers peuvent être des institutionnels, comme les banques, assurances, caisses de retraite, ou encore des particuliers.
Le fonds d’investissement investit de l’argent soit au démarrage de la vie de l'entreprise : il s'agit alors de capital risque, ou finance le développement d’une PME : il s’agit du capital-développement.
Aujourd’hui, les fonds d’investissement sont appelés à jouer un rôle primordial dans le soutien du développement économique à travers le financement de nos entrepreneurs et PME.
Notre pays a un extraordinaire potentiel en termes de programmes d’investissement actif avec un focus sectoriel qui peut inclure les biens de consommation et la distribution, les services aux consommateurs, l’industrie légère et le secteur de la santé, mais également dans le secteur des industries à forte intensité énergétique. Hélas, afin d’attirer ces capital-investisseurs, il faut une infrastructure et une gouvernance économique propices et l’on revient au problème de base de notre pays.

(*) Lucila Takjerad est membre de Nabni. Spécialisée en fusions acquisitions, elle a travaillé pour une grande banque d’affaires à Londres et à New York. Elle a également participé au développement d’un grand projet industriel en Algérie. Elle est Global Shaper au World Economic Forum et travaille dans le domaine des investissements depuis 10 ans.


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