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L’Algérie profonde / Ouest

Visite guidée à M’dina J’dida (Oran)

Détour incontournable des visiteurs

M’dina J’dida, surnommée historiquement “Village nègre” d’Oran. ©D. R.

En cette journée, il y aura probablement eu des milliers de personnes qui seront passées par M’dina J’dida, joué des coudes, surveillé leurs porte-monnaie et leurs arrières, négocié âprement et poussé des coups de gueule pour un oui ou pour un non.

Mercredi, il est midi. Le soleil est au zénith au-dessus de M’dina J’dida, la ville nouvelle ou historiquement “le village nègre” d’Oran. C’est probablement le plus mauvais moment, en plein Ramadhan, pour faire une virée dans ce lieu de commerce sans pareil où trône l’informel et où les “ferracha’’ et leurs étals ne vous laissent que quelques centimètres pour passer dans les ruelles, les trottoirs ayant perdu depuis longtemps leur vocation originelle. Et pourtant en cette journée, il y aura probablement eu des milliers de personnes qui seront passées par M’dina J’dida, auront joué des coudes, surveillé leur porte-monnaie et leurs arrières, négocié âprement, poussé des coups de gueule pour un oui ou pour un non. Et certains de ces visiteurs, presque valeureux, sont même venus d’autres wilayas, comme Malika, originaire du centre du pays. “Je suis pour quelques jours à Oran et je ne pouvais pas ne pas passer par M’dina J’dida, on ne peut partir d’Oran sans venir ici !”, nous dit-elle traînant de la main sa fille d’une dizaine d’années et qui n’a pas la même mine réjouie que sa maman.
C’est par la rue Parisienne, un nom à vous pousser à une analyse chez le premier psy, que nous pénétrons dans l’antre de M’dina J’dida.
L’Aïd est quasiment là, les tenues pour enfants, les plus diverses, les plus bariolées, frivoles et brillantes, sont exposées souvent pêle-mêle, venant  de Chine, d’Inde, de France ou d’autres contrées qui ont pour “made in” les conteneurs.
On touche, on fouille parfois avec un vendeur mécontent qui vous demande la taille, la pointure, l’âge et qui va choisir pour vous.
On négocie durement avec les codes en vigueur et c’est là l’avantage de M’dina J’dida : tout se vend mais tout se négocie. L’autre avantage de la rue Parisienne, avec aussi ses vendeurs de tissus, de voilage, des tenues traditionnelles avec la mode syrienne, c’est que de part et d’autre, les commerçants ont tendu des toiles et l’ombre  si chère à cette heure, vous permet de traîner plus aisément. La porte de sortie de cette rue, où les clients sont collés les uns aux autres, ce qui vous vaudra des petites bousculades dans le dos pour vous obliger à céder le passage, nous mène droit vers les rues des bijoutiers.
Les “siyagha’’ avec leurs tablettes qui font ouvertement dans le racolage : “Tu achètes, tu vends, viens voir ma sœur ?” Certains se font discrets, cachés derrière un pylône car bien des bijoux proposés ont tout simplement été volés.
Il y a encore la rue des brocanteurs, plus exactement de la casse et de l’occase en tout genre, une sorte de bric-à-brac qui s’étale sur le sol.
On y sent la misère, la débrouille. Direction au cœur de la ville nouvelle, du côté du marché Sidi-Okba, l’antre des fruits et légumes, des commerces des épices, des fruits secs, des poulets et des lapins vendus vivants, des plateaux d’œufs qui doivent bouillir avec la chaleur.
On pèse, sous-pèse et on râle. Les  prix des fruits secs sont aussi très chauds, les gâteaux coûteront cher cette année encore. Mais comme la journée est longue, sur des charrettes, derrière les étals, des porteurs et livreurs s’offrent un somme. L’appel du muezzin retentit depuis la place Sidi Blel et l’animation ne diminue pas au cœur de M’dina J’dida, même si dans des boutiques, les tapis de prière sont de sortie. Direction, la rue  Belkacen-Benkaddour, autre émotion, pas une femme ne déambule dans cette petite ruelle, royaume des revendeurs de portables et autres gadgets électroniques. Les grappes de vendeurs à la sauvette ne bougent pas, campant sur leurs attitudes et place, et on est contraint de se frayer un chemin au milieu d’eux, en pleine négociation. Ici, c’est le fruit des vols, des cabas, ambiance tendue.
Et une mise en garde nous fera comprendre qu’il vaut mieux faire attention pour une femme. C’est un commerçant d’articles électroménagers qui nous interpelle : “Attention madame, ce n’est pas sécurisé ici, nous-mêmes les commerçants on fait attention, on est obligé de surveiller nos marchandises. Regardez : est-ce que vous voyez un policier?  Walou, il n’y en a pas !” Des témoignages de vols et d’agressions souvent violentes, à coup de couteaux ou de lames, sont légion et au loin, justement, on entend des cris.
Une course-poursuite, un mouvement de foule. “C’est certainement un vol ou une agression”, lance un homme sur notre passage.
Pour nous, c’est le moment de sortir de M’dina J’dida en emportant avec nous, sur la peau et sur les habits, un mélange d’odeurs, entre transpiration des corps qui se bousculaient, et les effluves des épices, du poisson, des déchets des fruits et légumes cuisant sous le soleil. M’dina J’dida reste ce quartier pittoresque envers et contre tout.

D. LOUKIL


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