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L’Algérie profonde / Ouest

Jardins publics d’Oran

Quand des enfants se baignent avec les canards

Des enfants, sous le regard des adultes, ne réalisent pas le danger qu’ils encourent en se baignant dans cette eau impropre. © D. Loukil / Liberté

En 20 ans de rente pétrolière, les gestionnaires locaux ont été incapables de faire construire une seule piscine publique de proximité pour les quartiers populaires de la ville.

Depuis quelques semaines, les Algériens se découvrent offusqués et choqués par la dégradation très avancée de leur environnement et de l’espace public. La Toile regorge de vidéos montrant de grandes opérations de nettoyage aux quatre coins des villes, avec des photos témoins “avant- après”. Il faut dire que l’apparition, en cette fin d’été, de foyers de choléra est venue démontrer que la question de la préservation de l’environnement devait être au cœur du comportement du citoyen.
Pourtant, ce n’est pas encore le redressement salutaire de la part de ces citoyens, des gestionnaires et autres responsables locaux. La preuve nous a été fournie, il y a quelques jours à peine, par une scène se déroulant au jardin public d’Oran, à M’dina J’dida, rare lieu de détente, d’espaces verts plus ou moins préservés et entretenus au cœur de la ville. Alors que ce jardin dispose d’une piscine publique, le grand plan d’eau réservé aux canards, dont la couleur de l’eau est extrêmement douteuse, virant du vert au marron, au point où le fond n’apparaît pas, sert de “piscine” à quelques kids des quartiers avoisinants. La température frôlant les 40°, trois enfants ne dépassant pas les 13-14 ans, piquaient une tête dans ce bassin, véritable bouillon de germes et de parasites, si cela se trouve. À tour de rôle, les gamins sautaient, plongeaient, effectuant même quelques brasses. Les coups d’œil qu’ils jetaient aux alentours, avant chacun de leurs plongeons, montraient la conscience qu’ils avaient de l’interdit de leurs jeux en ces lieux. À proximité, des adultes observaient la scène, mais aucun n’aura le réflexe de tenter d’empêcher ces enfants d’agir de la sorte en leur expliquant le danger pour leur santé. Certains semblaient même amusés à regarder la scène et bien évidemment aucun agent de sécurité ou de préposés au jardin public, alentours. Après plusieurs plongeons, nous avons, nous- même, tenté de sensibiliser ces trois copains en leur énumérant les dangers à patauger dans un bassin de canards. Leur réplique fut foudroyante et sans appel : “Si tu as 1000 DA pour nous trois, pas de problème, nous allons nous baigner à la piscine ! On n’a pas d’argent pour payer l’entrée.” Venant de deux quartiers populaires et sensibles de Mediouni et Barki, ces enfants font avec ce qu’ils peuvent. Et c’est bien l’autre drame imposé en fait, car en 20 ans de rente pétrolière les gestionnaires locaux ont été incapables de faire construire une seule piscine publique de proximité pour les quartiers populaires d’Oran, avec des tarifs abordables pour les modestes foyers. Chaque été d’ailleurs, cette situation choquante est révélée par d’autres enfants qui vont eux aussi faire trempette dans les petits bassins de jets d’eau, agrémentant les ronds-points de la ville. S’il est facile, depuis peu, d’incriminer le comportement d’incivisme de la population, il est tout aussi judicieux et important de souligner les multiples défaillances et déviations des élus en charge des communes, des espaces publics et de la population.


D. LOUKIL

 


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