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L’Algérie profonde / Ouest

Le mouton du sacrifice

Tiaret : la tradition face à l’extravagance des prix

Les citoyens en quête d’un mouton au bon prix. © D.R

“Les pluies qui sont tombées étaient propices au pâturage, ce qui ne décourage guère les éleveurs qui ne sont aucunement contraints de liquider leur bétail à des prix plus bas”, nous affirmera un éleveur.

À quelques jours de l’Aïd El-Adha, le sujet qui focalise les débats à travers nos contrées est le mouton du sacrifice, appelé usuellement “laâyada”. Il s’agit d’une saignée qui interviendra juste à l’orée de la rentrée scolaire et qui viendra s’ajouter aux “épistaxis” successives du mois de Ramadhan et de l’Aïd El-Fitr. Ainsi, la célébration de ce rituel aura pour corollaire l’intronisation de nouvelles perturbations sur la “trésorerie” des bourses moyennes quand on sait que les prix actuellement appliqués, quoique invariables d’une région à une autre et d’un marché à un autre, s’avèrent inabordables. À Tiaret, une région agropastorale qui recèle pourtant un cheptel ovin dépassant un million de têtes, les prix adoptés affichent, en raison de la forte demande en cette période bien précise, des proportions vertigineuses et sont loin d’être à la portée des ménages ordinaires. En effet, les tarifs proposés oscillent entre 20 000 et 27 000 DA pour les antenais (ovins de dix à dix-huit mois) et jusqu’à 50 000 DA pour les béliers. Ainsi, les appétences font bon train, mais non sans chercher minutieusement des interlocuteurs chez lesquels on peut souhaiter une “affaire” raisonnable.
Au marché à bestiaux de Sougueur, jadis appelé marché maghrébin, tout comme à Aïn D’heb, Hammadia, Ksar Chellala, Rahouia, Oued Lili, certains éleveurs que nous avons abordés expliquent cette flambée par la forte générosité climatique, durant l’hiver et le printemps derniers, synonyme d’une garantie alimentaire leur ayant évité de débourser de lourdes charges pour l’alimentation de leur bétail, notamment au marché parallèle, avec un coût de 3000 DA le quintal d’orge, 2000 DA pour celui du son gros, 400 DA pour une botte de foin ordinaire et 600 DA pour celle de l’avoine. “Les pluies qui sont tombées étaient propices au pâturage, ce qui ne décourage guère les éleveurs qui ne sont aucunement contraints de liquider leur bétail à des prix plus bas”, nous affirmera un éleveur, soulignant qu’il est personnellement convaincu que les prix “caracolent” durant les derniers jours avant l’Aïd.
Ce dernier dispose, néanmoins, d’ovins de qualité exceptionnelle issus des régions de Djelfa, Laghouat ou Biskra, renommées pour leur élevage ovin, notamment les béliers de races Ouled Djellal (le géant), Hamra (le petit), Taadmit (le plus beau) et Rembi (le poids lourd). Ainsi, la bonne qualité de son bétail lui permet de fixer les prix à sa guise car, au-delà du marché à bestiaux, il trouve son compte au niveau de l’abattoir où il pourra écouler sa marchandise à des tarifs plus intéressants quand on sait que le kilogramme de viande ovine atteint parfois 1500 DA. Même son de cloche chez certains maquignons de Hammadia, Ksar Chellala et Rahouia où l’on estime incontestables les prix actuellement appliqués. Nonobstant, il va sans dire qu’à travers cette wilaya, le boursicotage menace le marché de l’ovin et empêche beaucoup de smicards de profiter de ce rituel. “À défaut d’une réglementation gouvernant cette profession, la spéculation s’érige en règle alors que les autorités compétentes ne se préoccupent guère de la multiplication des marchés à bestiaux illégaux et occasionnels et l’on aura remarqué que, bien avant cette période, les prix de la viande ovine sont combinés par des énergumènes hors circuit avant d’arriver à l’étalage des bouchers”, s’indignera un fonctionnaire abordé à Tiaret. Au demeurant, plusieurs éléments interviennent, dans ce sillage, pour laisser douteux le marché de l’ovin du sacrifice qui trouve sur son chemin des spéculateurs de tous bords hantés par le désir de s’enrichir sur le dos de l’éleveur et du citoyen. “Bien des maquignons, associés à des personnes “converties”, obsédées par l’idée d’accumuler des gains consistants, ont déjà acheminé des milliers de têtes de Laghouat, Djelfa, Biskra et même de Tiaret pour “étouffer”, outre les bergeries, les hangars et les garages et se faire des bénéfices allant jusqu’à 15 000 DA par tête”, fera remarquer un éleveur moyen de Rahouia.
Et de conclure : “Les gens doivent savoir que les maquignons et les éleveurs occasionnels, qui ne se manifestent qu’en de pareilles occasions, usant de leurs liquidités et hantés par ce désir inavoué de se faire des fortunes, ne sont que des trabendistes de la nouvelle génération. Pour eux, l’astuce est simple : il suffit d’avoir du pognon et se constituer en bailleur de fonds vis-à-vis d’un fellah moyen, acheter un troupeau et l’engraisser à base d’aliments composés pour se retrouver “baron” le jour de l’Aïd.”
Par ailleurs, à l’orée de l’Aïd El-Adha, les approximations sont très capitalisées sur ce sujet par de nombreux citoyens, aux bourses moyennes ou petites, qui ne peuvent se plier à la coutume, à l’instar de Abdelmalek, fonctionnaire de profession, pour qui “l’Aïd El-Adha est une fête religieuse qui, par le sacrifice de ce mouton, permet aux musulmans de se rapprocher de Dieu en faisant don de cette viande aux familles nécessiteuses”. Mais, estime-t-il, avec les tarifs affichés, rares sont ceux qui peuvent se le permettre.


R. SALEM


 


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