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#LibertéVENDREDI

Youtubeurs indignés: la colère du peuple algérien est saine

©D.R.

Le podcaster et humoriste algérien Anes Tina, de son vrai nom Anes Bouzeghoub, a publié il y’a quelques jours une vidéo « rani zaâfan » qui a atteint aujourd’hui  8 millions de vues. La jeunesse algérienne est devenue adepte de ce genre de vidéo qui traduit un ras le bol général, une indignation séculaire et une colère palpable.

 Rani zaâfan…rani zaâfan…rani zaâfan..Cette expression est répétée 9 fois dans cette vidéo.

Mais pourquoi Anes Tina et le peuple algérien est « zaâfan »ine ?

Eh bien la liste est longue : un système éducatif en perdition complète, des diplômés en master qui vendent sur une table dans la rue des cigarettes au moment où d’autres siègent au parlement et votent des lois. Une loi des finances où il s’agit d’augmenter des taxes sur tout ce qui bouge et de baisser le pouvoir d’achat de tous ceux qui vivent et qui se meurent. Une jeunesse qui tente de s’échapper par la mer (harragas) préférant risquer sa vie que de mourir à petit feu dans un pays qui les rejette. La faillite de notre système de santé comptant plus de morts qui pouvaient être évités que de vies sauvés…tout cela dit par un SDF, aux yeux trahissant une tristesse folle ,vêtu de haillons qui habille la scène de toute la misère qui puisse être, la musique du Titanic en fond…tous ces ingrédients font que ,à la fin du visionnage, vous arrivez à la conclusion suivante : « rani zaâfan » .

Bon, mais à part ça, qu’est ce qu’on apprend de nouveau ?  

Rien, car ce que fait Anes Tina dans cette vidéo c’est répéter ce que tout le monde dit tous les jours à tous moments. Il se fait le porte-parole de l’ancienne génération qui dit que tout était mieux avant et que aujourd’hui c’est le désastre qui ne saura être évité que par la jeunesse qui vient, et de la nouvelle génération qui dit qu’elle ne peut pas réussir là où ses ainées ont échoués…

Que reste-t-il alors ? La colère pour unique et seule loi.

La colère ou « zaâf », c’est quoi?

Au sens psychanalytique du terme , la colère relève d’une impulsion. Dans le contexte algérien, il serait judicieux d’assimiler la colère à l’indignation d’un peuple opprimé , la frustration des vieux et la détresse des jeunes mais ce serait une manière bien pessimiste, défaitiste et réductrice d’aborder les choses. Ce serait se laisser prendre au jeu d’une ligne de pensée dominante qui dit qu’il faut faire taire sa colère, qu’elle est destructrice et qu’il faut l’inhiber. La colère du peuple algérien est saine car elle est justifiée. Toutes les raisons qu’énumèrent Anes Tina avec talent dans sa vidéo sont vécues au quotidien par tout le peuple. Le fait est qu’il soit en colère est rassurant, car les algériennes et les algériens ont en marre de se faire marcher sur les pieds. Ils ont en marre de l’injustice, de la misère qu’ils subissent au quotidien. Ils ont en marre d’être pris pour des « somnambules approbatifs » .La colère de ce peuple est vitale. C’est la traduction d’un éveil des consciences, indispensable à toute société qui veut perdurer dans le temps.

Mais alors où est le problème ?

Le problème c’est que la colère, seule, ne suffit pas et ne suffira jamais. Elle ne subsiste que le temps de donner le relais au courage, et c’est lui qui poursuivra la course vers la victoire. Pensez-vous que Martin LUTHER KING et Malcolm X ont donné leur vie pour le combat contre la ségrégation raciale en n’écoutant que leur colère ? Pensez-vous que Rosa PARKS a refusé de céder son siège à un homme blanc simplement parce qu’elle était en colère ? Pensez-vous que Thomas SANKARA a entrepris de changer le Burkina Faso au péril de sa vie, sous l’emprise d’une colère, aussi vive fut-elle ? Pensez-vous que Ernesto Raphael CHE GUEVARA a dédié sa vie au combat des injustices de ce monde sur la base d’une colère ? Enfin, pensez-vous que Rabah BITAT, Mourad DIDOUCHE, Krim BELKACEM, Larbi Ben M’HIDI, Mostefa BEN BOULAID, Mohammed BOUDIAF et tant d’autres ont consenti le sacrifice de leur vie sous l’impulsion d’une colère ?

A toutes ces questions, une seule réponse : NON !

La colère n’a de sens que si elle permet la construction de quelque chose de plus grand. Pour rendre cela possible il faut cultiver sa colère et l’exprimer et cela procède de beaucoup de courage.

Alors c’est quoi la solution ? L’Algérie ne doit pas avoir le visage repoussant de la colère, mais celui lumineux du courage dont nos ancêtres ont fait preuve. Le peuple algérien doit arrêter de subir, de se positionner constamment en victime consentante. Il doit arrêter de se plaindre et de déplorer la situation dans laquelle il est, car il n’y’a pas de fatalité, « on a les dirigeants que l’on mérite » a écrit Yasmina Khadra. Cette règle est vraie tant que le peuple accepte tacitement les folies de son gouvernement et qui, pour toute réponse, oppose une colère silencieuse. Un peuple de moutons est forcément gouverné par des loups.

La colère s’évanouit vite, l’homme est ainsi fait. Elle peut durer le temps d’une vidéo, d’une discussion, d’un emportement ; alors que le combat des héros sus- cités restera gravés dans l’histoire…l’ire n’atteindra son sens véritable que si elle est relayé par le courage de faire face à la situation, et de trouver tous les moyens possibles de satisfaire un peuple qui a déjà tant souffert. Comme le relève très justement Anes Tina dans sa vidéo : « dieu nous a donné un pays de montagnes, de mers et de Sahara.. ». Il est peut-être temps pour le peuple algérien de se défaire de ce vieux costume victimaire pitoyable et de revêtir l’habit du jeune révolutionnaire conquérant qui refuse la « hogra » et ne recule devant rien face à la bêtise pensante.

Un mot pour conclure ? «Vivre c’est choisir, non pas subir » dixit Ferhat Abbas.

 Zina OUMEDJKANE 

Partenariat Réd-DIG-"Liberté"(#RDL)/Le Cercle (ESAA)


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