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Journée mondiale de la liberté de la presse

Khaled DRARENI: "Je ne me sens concerné ni par le 03 mai ni par le 04 mai"

©D.R.

Khaled DRARENI, journaliste et (comme il se définit lui même) patriote engagé, nous dévoile son parcours et s’exprime, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, à propos de la liberté de la presse en Algérie

 

Rédaction Numérique de "Liberté": Vous avez fait des études en droit et en Sciences Politiques, votre parcours universitaire ne présage pas de votre orientation professionnelle actuelle. Alors en trois mots, dites-nous qui est Khaled DRARENI ?

 

Khaled DRARENI: Journaliste, patriote, engagé, parce que ce sont les trois mots qui me définissent le mieux !

Vous êtes aujourd’hui Rédacteur en Chef à Echourouk News TV. Parlez-nous de votre parcours professionnel.

J’ai commencé dans la presse écrite que je considère être comme la meilleure école pour le journalisme parce que c’est là où on apprend vraiment le journalisme, où on apprend vraiment à écrire.

J’ai commencé à "La Tribune" en 2006 où je suis resté deux ans. Ça m’a vraiment permis d’apprendre à écrire, de découvrir le monde de la presse écrite. Ça m’a permis aussi de beaucoup voyager, parce que grâce à mon travail je suis partie au Liban, aux Etats-Unis, en Russie. J’ai pu voir ce qui se passe autour de nous.

Après, en même temps que j’étais à "La Tribune", j’ai commencé le magnifique monde de la radio à la Radio Algérie Internationale (RAI), une radio d’informations en arabe, français, anglais et espagnol. Je présentais le journal en français de 20h30 pendant deux ans aussi. Puis, j’ai quitté la RAI pour la Radio Alger Chaîne III où je suis restée trois années à présenter la Matinale avec Mehdi.

En même temps, je n’ai pas quitté la presse écrite, puisque j’ai travaillé pendant deux ans dans un journal qui n’existe plus aujourd’hui qui s’appelle “Algérie News”. C’était une très bonne expérience avec de très grands journalistes de talents tel, Nourredine AzzouzSaid Djaâfer, etc. et c’était vraiment très intéressant.

J’étais à la Radio Chaîne III quand j’ai commencé le monde de la télé, à Canal Algérie, je faisais des sujets pour le journal télévisé  de midi puis de 19h. Par la suite, j’ai tout laissé tomber pour la télévision, j’ai démissionné de mon poste à la radio pour travailler à Dzair TV qui est un très très joli projet, je fais partie de ceux qui ont lancé la chaîne de télévision. J’ai également créé le service en français de la chaîne et une émission qui s’appelle “Controverses” : une émission de débats politiques, une fois par semaine.

En 2014, j’ai quitté Dzair TV, j’ai eu des problèmes avec la chaîne à cause de la campagne présidentielle. Je l’ai quitté pour Echourouk TV où j’ai également fondé le service en français et ça dure depuis deux ans et demi maintenant, avec un journal quotidien à 19h et une émission hebdomadaire qui s’appelle “Place aux débats”.

Je travaille également à “Radio M” qui est une Web Radio où je présente toutes les semaines le CPP (“Café Presse Politique”) chaque mercredi soir.

 

Durant la décennie noire, plus de 100 journalistes ont été assassinés. La vérité avait son prix et certains payaient cher pour la préserver. Pensez-vous que dans l’Algérie d’aujourd’hui, il y ait une “Liberté de la Presse” à préserver ?

Je pense qu’en Algérie, il n y a pas de presse libre, il y a des journalistes libres. Moi, je fais partie de la nouvelle génération qui n’a pas vécu cette décennie noire. Je ne l’ai pas vécu en tant que journaliste, mais en tant qu’algérien et on se rend compte à quel point à l’époque c’était très difficile d’exercer son métier. Il y avait beaucoup de journalistes qui sortaient le matin sans être sûrs  de rentrer le soir chez eux comme l’avait écrit Said Mekbel, ancien rédacteur en Chef du journal “Le Matin”, qui a été assassiné.

On se rend compte à quel point c’était difficile de maintenir cette liberté de la presse. Moi, je travaille dans le journalisme aujourd’hui, je considère que la presse algérienne n’est pas totalement libre. Elle n’est pas totalement liée aussi. Je pense que c’est au journaliste de faire en sorte de travailler librement, et en toute indépendance, car j’estime que notre plus grand danger aujourd’hui c’est plus l’autocensure que la censure elle-même.

Lors de votre rencontre avec l’équipe Taoujih en Septembre dernier, vous avez défini le journalisme comme étant “d’informer les gens en toute indépendance”. Tahar Djaout avait dit : “Tu parles, tu meurs. Tu te tais, tu meurs. Alors dis et meurs !”. Selon vous, jusqu’où un journaliste peut-il repousser ses limites au nom de la justice et de l’équité ?

 

Je pense qu’un journaliste en quelque sorte doit toujours être militant, et c’est pour cela que j’ai dit “engagé” au tout début. Parce que ce n’est pas le métier d’un simple fonctionnaire, être journaliste c’est beaucoup plus qu’écrire un papier ou passer à la TV, il y a un passé derrière, un véritable engagement politique et citoyen, je dirais plutôt un engagement citoyen que politique. Un journaliste indépendant ne doit évidemment pas montrer son appartenance à un parti mais son appartenance à la société, à la citoyenneté.

Repousser ses limites, je pense que le métier d’informer en toute indépendance c’est l’objectif numéro un d’un journaliste. Il y a beaucoup d’entraves, beaucoup d’obstacles, que ce soit d’ordre économique ou politique. Par exemple, moi je considère que j’ai été beaucoup plus libre quand j’ai travaillé dans les médias publics comme la Chaîne III et Canal Algérie que maintenant que je suis dans les médias privés. Parce que dans les médias privés, il y a des intérêts économiques qui sont très importants, beaucoup plus importants que les questions de sécurité et de renseignements.

Emmanuel Macron accueilli à Alger en Février dernier s'est placé en tête du premier tour de la présidentielle française. A la vue des résultats, certains diront même qu’il a eu de la chance d’avoir été interviewé par Khaled Drareni. Pensez-vous lui avoir porté chance lors de ce premier tour qui s'est déroulé le 23 avril dernier ?

Le lendemain de l’interview, un ami m’avait appelé et m’avait dit : Khaled, tu l’as fait perdre, et moi je me suis dit que non. Peut-être que c’est le contraire qui allait se produire. Je ne sais pas si je l’ai fait perdre ou si j’ai contribué à le faire perdre ou même à le faire gagner parce que là il n’a pas perdu et il va gagner le 07 Mai ,c’est incontestable.

Beaucoup de gens me parlent de Macron. C’est vrai que c’est important d’interviewer le futur président français mais ma plus grande fierté, c’est pas ça. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir relancé, soixante-ans après l’indépendance, un débat utile et intelligent sur la colonisation. Parce que non seulement lui, en tant qu’homme politique, c’est la première fois dans l’histoire, qu’un homme politique français dit qu’il faut présenter des excuses.

Le plus important, c’est qu’après ce 13 février et pendant plusieurs semaines, il y a eu des centaines d’hommes politiques français, algériens, des historiens, des spécialistes, des experts qui ont reparlé du colonialisme de manière utile et intelligente où nous en avons appris tellement de choses. Il y a eu de centaines d’articles écrits, des témoignages qui sont ressortis comme ça, on a encore appris des choses.

Après Macron, il y a eu d’autres hommes politiques français qui ont dit : oui, qu’il fallait présenter des excuses. Il a osé dire ce que personne n’a osé dire avant et ça a délié beaucoup de langues.

 

Revenons maintenant en Algérie,  pour parler des élections législatives. Il y a exactement 48h que la toute dernière vidéo du Podcasteur Lamrani Chemssedine Alias DZJoker a été publiée sur Youtube en atteignant plus de 700 000 vues (l'entretien a été réalisé samedi dernier). Cette vidéo fait passer un message poignant aux citoyens algériens incitant de façon implicite au boycott des élections, tout en traduisant à la fois la "répression" et la "misère" dans lesquelles vit l’algérien aujourd’hui. Que pensez-vous de cette initiative ?

Un seul mot : courageux. C’est une excellente vidéo, intelligente, bien faite. Il n y a rien à dire. Mais c’est le courage de DZJoker de faire ça, maintenant. Quand j’ai vu la vidéo je me suis dit : il va avoir des problèmes. Je pense que la vidéo est tellement virale, il est tellement populaire, et connu, que peut-être ça va le protéger pour ne pas avoir de problèmes. Il a su utiliser les bons mots. Il a parlé à la vraie société algérienne.

Appel au boycottage, je ne sais pas si c’est un appel au boycott, mais il a parlé de tous les maux que vivent aujourd’hui la société et les jeunes algériens.

Pourquoi ce genre de  vidéo peut-il créer des problèmes ? si je suis à la place du gouvernement, je me dis : Oh cette vidéo va faire bouger les choses. Les gens vont sortir dans la rue, mais à la fin il dit : “Mankhaltouhach”, on ne va pas bouger. Le message est passé et je trouve que c’est extrêmement courageux.

Dernière question, la Journée de la Liberté de la Presse coïncidera avec le Mercredi 03 Mai prochain, veille des élections, auriez-vous un message à faire passer aux journalistes algériens ?

Je ne me sens concerné ni par le 03 Mai ni par le 04 Mai, alors là, absolument pas. Parce que le 3 Mai c’est une journée célébrée que par les autorités qui font des cérémonies et offrent des diplômes à des journalistes qui sont plus leurs “amis” que de vrais journalistes. Cette journée ne me concerne pas, comme pour celle du 04 Mai.

Le seul avantage, c’est d’avoir une journée par an pour se rappeler de ce que font les journalistes et on doit se rappeler ce qu’on doit faire pour les journalistes. Franchement, le seul aspect positif d’une journée : se souvenir et faire le bilan de ce qu’on doit faire ou ne pas faire. Sinon moi personnellement, je ne me sens pas concerné par le 3 Mai.

Lire également l'article de "Liberté" en cliquant ICI

Zakia SIDHOUM

(Cap/Rédaction Numérique de "Liberté")

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