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Dostoïevski: la noirceur auréolée par la douceur

© D.R.

Si un roman devait se résumer en une phrase, il ne serait pas un roman.

 « C'est par paresse humaine que les gens se jugent au premier abord et n'arrivent pas à se connaître.» "L’idiot", Dostoïevski.

L’histoire de la littérature a retenu bon nombre d’auteurs plus imposants les uns que les autres. Le russe Fiodor Dostoïevski y figure avec triomphe. Et pour cause, il a inspiré, voire même influencé, des écrivains tel qu’Albert Camus ainsi que des philosophes très réputés. Friedrich Nietzsche lui-même avait déclaré son intérêt pour les écrits de Dostoïevski en affirmant qu’il était bien « la seule personne à lui avoir appris quelque chose en psychologie»

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, si ce n’est la difficulté qu’on peut rencontrer en prononçant son nom pour la première fois, tout comme la plupart des personnages présents dans ses livres. Il faut tout de même préciser que la traduction française de ces derniers est très modernisée et compréhensible par tous. Chose qui vous poussera, probablement, à faire de la place dans vos bibliothèques pour y glisser du Dostoïevski.

Parlons de son œuvre la plus inspirante, qui fut également sa toute dernière : « Les frères Karamazov » publiée en 1880

En bref et sans spoilers, il s’agit de trois frères, fils d’un personnage odieux et mesquin, le vieux Fédor Karamazov. Etant délaissés par leur paternel, ces trois personnages se connaissent à peine, et sont bien loin de s’entendre. On retrouve Dimitri, l’aîné fêtard, impulsif et indigne de confiance, mais qui est tout de même doté d’un bon fond, comme il est décrit,  il est à la fois « Sincèrement noble et sincèrement vil ». Son frère Ivan, est un intellectuel nihiliste, pessimiste et misanthrope contrairement à son cadet, Alliocha qui lui, est un fervent croyant, très attaché à sa religion, et qui se prépare même à devenir moine. D’ailleurs, dès la préface, l’écrivain nous apprend que ce sera lui, le héros du bouquin. L’histoire tourne autour de la mort de leur père qui demeure un mystère, la question qui se pose est donc : « Qui est l’assassin ? »

En lisant le résumé, on s’attend à se plonger dans un roman policier qui met en scène un parricide. Alors qu’en feuilletant progressivement les pages, on se rend compte que cela va bien au-delà du simple polar. L’histoire est d’une complexité et d’une telle richesse qu’on a du mal à y attribuer un style bien précis. En effet, mise à part l’intrigue qui tient le lecteur en haleine, on est confrontés à des thèmes extrêmement philosophiques et existentiels avec une pointe d’histoire. C’est un drame spirituel derrière lequel brûle un message caché entre lignes. Tout cela, pour répondre à une question assez complexe : « L’homme est-il intrinsèquement mauvais ? »

 Parfois, on bascule du côté du « gentil » à celui du « vilain » d’une page à une autre, ce qui donne un peu de mal à trouver son « Karamazov préféré » car les pensées, les idées, les sentiments et toutes les motivations des personnages, mêmes les plus aberrantes, sont si méticuleusement expliqués qu’on n’arrive pas forcément à acclamer ce qui est logiquement « bon » ni à bannir ce qui est incontestablement « mauvais » . Et c’est justement cela qui fait de Dostoïevski un incroyable psychologue, parce que les traits de caractère qu’il attribue à ses personnages sont à la fois très sophistiqués et ambigus.  De plus, de nombreux autres personnages sont développés au cours du récit, on retrouve certaines femmes, des moines, un groupe d’enfants et bien d’autres, qui ne tournent pas forcément autour du cercle Karamazov, sans pour autant s’éloigner du récit initial. Tout cela permet d’explorer en profondeur les tranches de vie de chacun, tout en mettant en avant leurs visions des choses si divergentes, mais quelque peu complémentaires.

Le style romanesque de Dostoïevski est teinté de noirceur. On se voit subitement plongés dans des événements tragiques, au cœur d’une société russe déchirée, essayant de comprendre la vie que mènent des personnages frôlant la folie. Et ce, par le biais de monologues et de dialogues, qui soit dit en passant, rendent le texte plus fluide et dynamique. Le narrateur est de ce fait peu présent, mais il lui arrive d’incorporer des phrases implicitement drôles, chose qui tourne en totale dérision toutes les situations chaotiques dont nous sommes témoins. Par ailleurs, on retrouve une touche romantique appuyée par des passages du style « Qu'est-ce que l'enfer ? Je raisonne ainsi : c'est la souffrance de ne plus pouvoir aimer» qui viennent saupoudrer ce sombre univers d’une pincée de douceur.

Autant le dire, c’est un chef-d’œuvre servis à toutes les sauces.

Cet auteur nous permet d’en apprendre beaucoup sur la nature humaine à travers ses discours élitistes et sa grande sagesse, tout en nous laissant la liberté d’avoir notre propre opinion. Et puis, la particularité des romans de Dostoïevski réside évidemment dans ses textes et dialogues truffés d’expressions profondes et d’autres phrases qui peuvent sembler banales mais qui restent tout de même très révélatrices.

Voici donc des extraits poignants cités dans quelques unes de ses œuvres, et qui, peut être, vous donneront envie de le lire.

« Il n'y a rien de plus vexant que d'être ,par exemple, riche, de bonne famille, d'extérieur avenant, passablement instruit, pas sot, même bon, et de n'avoir néanmoins aucun talent, aucun trait personnel, voire aucune singularité, de ne rien penser en propre; enfin, d'être positivement "comme tout le monde. » - L’idiot

Je n'ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C'est précisément le prochain qu'il est impossible d'aimer, peut-être seulement le lointain.” – Les frères Karamazov.

« Oui, parfois la pensée la plus folle, la plus impossible en apparence, s'implante si fortement dans votre esprit qu'on finit par la croire réalisable… Bien plus : si cette idée est liée à un désir violent, passionné, on l'accueille finalement comme quelque chose de fatal, de nécessaire, de prédestiné, comme quelque chose qui ne peut pas ne pas être et ne pas arriver ! » -  Le Joueur

 « L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. » - Les Démons.

Rania CHAIB

(Soleil (HEC)/#RDL)

 


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