Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

Économie / Que sait-on?

Adhésion à l’OMC

L’Algérie dans la posture du négociateur

Les négociations pour l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, à l’arrêt depuis 2008, seraient-elles sur le point de reprendre et avec quelles chances de succès ?

La semaine dernière, c’est un panel de hauts fonctionnaires algériens impliqués dans ces négociations au long cours, inaugurées voici près de 25 ans, qui indiquaient que l’Algérie a décidé de reprendre langue avec l’OMC. Mohamed Bessedik, directeur des affaires commerciales multilatérales au ministère des Affaires étrangères, parle d’une volonté d’accélérer le processus de négociations. Une série de réunions sont programmées, en présence du président du groupe de travail et du directeur général de l’OMC.
“On a expliqué notre position et on s’est entendu sur une feuille de route”, a indiqué M. Bessedik. Il évoque également une réunion informelle du groupe de travail, qui devrait se tenir au mois de mars. Le même groupe de travail devrait tenir une autre réunion, celle-là formelle, au mois de juin prochain. Il s’agira, si cette information est confirmée, d’une première depuis janvier 2008. Dans le même esprit, le directeur des relations avec l’OMC au ministère du Commerce, Mohamed El-Hadi Belarima, affirme que la question du double prix du gaz qui constituait un des principaux points d’achoppement des négociations (voir encadré) est désormais réglée. “Les réponses apportées par l'Algérie à cette question ont reçu un écho favorable de la part des membres du groupe de travail chargé de l'accession de l'Algérie”, soulignent les négociateurs algériens. Alors que le ministre du commerce, M. Benbada, affirmait il y a quelques mois que “l’Algérie n’est pas pressée d’adhérer à l’OMC”, le gouvernement algérien aurait-il décidé de passer la vitesse supérieure ? Rien n’est moins sûr et voici pourquoi.

De “bons compromis” possibles
Il n’est pas toujours facile, compte tenu de la rareté des informations disponibles et du nombre très réduit de personnes ayant eu accès à ces dossiers, de mesurer exactement ce que sont, dans la pratique, les points réels sur lesquels achoppe, aujourd’hui, cette négociation d’accession. Un expert algérien tente de faire le point : “Jusqu’en 2008 qui est la date de la dernière réunion du groupe de travail sur l’accession de l’Algérie, l’essentiel des discussions a porté sur des dossiers certes importants, mais pour lesquels existe un consensus de négociation à l’OMC dont l’Algérie peut aisément se prévaloir. C’est le cas, notamment, du dossier du double prix de l’énergie, de celui de l’accès au marché des produits agricoles et industriels (négociation classique des tarifs douaniers) ou de ceux des demandes spéciales de certains membres concernant des thèmes comme l’ouverture des services éducatifs ou l’audiovisuel. Même si ces volets peuvent paraître complexes, l’Algérie peut afficher clairement et fermement ses positions et on peut supposer que de bons compromis peuvent rapidement être trouvés, comme cela semble être déjà le cas pour le prix de l’énergie.”

Les services, un dossier épineux
Un dossier qui s’annonce plus difficile est celui de la négociation de l’accès au marché algérien dans les différents secteurs de services. Une question délicate dans la mesure où la préparation de la négociation requiert des études d’impact dans de nombreux secteurs de services particulièrement sensibles ; ces études font appel à des capacités d’expertise dont notre pays ne dispose pas complètement. Dans ce domaine, les accords internationaux en vigueur, notamment l’AGCS (accord général sur le commerce des services), permettent actuellement à chaque pays d’ouvrir beaucoup de secteurs de manière graduelle, en donnant la prééminence aux fournisseurs locaux. Autrement dit, cela impose aux fournisseurs étrangers qui souhaitent pénétrer le marché d’avoir à s’appuyer sur les fournisseurs locaux, permettant ainsi à ces derniers de se développer et de bénéficier en priorité des savoir-faire de leurs partenaires internationaux. Selon un spécialiste de ce dossier comme Mouloud Hédir, “la difficulté, à ce niveau, est liée à la contrainte née de l’article 32 de l’accord d’association conclu avec l’Union européenne, dans la mesure où l’Algérie sera obligée d’élargir à l’ensemble des pays membres de l’OMC la clause de traitement national, qui met sur un pied d’égalité les fournisseurs algériens et étrangers, qu’elle a imprudemment accordée aux partenaires de l’Union européenne. Il faudra sans doute, pour avancer dans la négociation avec l’OMC, dénouer au préalable le contentieux ouvert avec l’Union européenne sur ce volet précis”.

Une situation  plus compliquée depuis 2008
Même si, ainsi qu’on peut le constater, les thèmes de discussion ne manquent pas qui augurent déjà de négociations “longues et difficiles”, la situation est devenue encore plus complexe depuis 2008. En plus des sujets évoqués lors des réunions précédentes du groupe de travail sur l’Algérie, les négociateurs algériens vont devoir répondre à une salve, qui s’annonce nourrie, de nouvelles “questions” formulées par les partenaires commerciaux de notre pays. Pour un expert algérien, “il va falloir désormais ouvrir de nouvelles discussions avec les membres de l’OMC autour des mesures restrictives prises depuis près de 3 années, des mesures qui, pour nombre d’entre elles, sont incompatibles quelquefois avec un certain nombre de règles des accords administrés par l’OMC. à ce niveau, la difficulté n’est pas tant dans la négociation, mais dans l’impact éventuel que le renoncement à ces restrictions commerciales pourrait engendrer sur les politiques publiques telles qu’elles sont conduites par les autorités économiques algériennes au cours des dernières années”. D’où le scepticisme de la plupart de nos interlocuteurs sur les chances de voir ce nouvel épisode de la négociation déboucher sur des avancées significatives.

Un immobilisme intenable
Comment interpréter alors les récentes déclarations de hauts fonctionnaires algériens et la reprise annoncée pour le printemps prochain des négociations avec l’OMC ? Les explications proposées sont nombreuses. Selon l’une d’entre elles, “l’accession à l’OMC de pays comme la Chine et tout récemment de la Russie sont des facteurs qui ont pu jouer, en risquant de souligner une forme d’immobilisme des autorités algériennes”. Un spécialiste éclaire les enjeux du récent effort de communication des fonctionnaires algériens. “Dans une négociation comme celle de l’accession à l’OMC, la communication est une dimension essentielle. Après tout, pour une demande d’accession qui date de plus de vingt années, c’est le moins qui puisse être fait que d’expliquer pourquoi si peu de progrès ont été réalisés. Que des points de blocage soient rencontrés et qu’une partie à la négociation ne veuille pas céder, rien de plus normal, après tout. Mais que des discussions si longues aient cours et que rien ne vienne expliquer pourquoi elles n’aboutissent pas, cela risque d’écorner sérieusement le crédit international de l’Algérie et renvoie plutôt l’image d’un pays en mal de gouvernance.”
C’est dans ce registre relevant plus de la posture du négociateur que d’une démarche réaliste et pragmatique d’accession à l’OMC que peuvent être replacées les déclarations toutes fraîches des fonctionnaires algériens indiquant que “l'Algérie n’a pas cessé de revendiquer un processus d'accession plus transparent et plus simple”. “Nous ne voulons pas d’OMC plus et nous ne voulons pas d’OMC moins”, souligne M. Belarima, tandis que M. Bessedik affirme que l’Algérie a sollicité “des périodes de transition, à court, à moyen et à long termes”.
C’est sans doute également pour faire taire les reproches d’immobilisme qu’on indique que “sur le plan bilatéral, notre pays a signé des accords avec le Brésil, l'Uruguay, Cuba, le Venezuela et l’Argentine”.


H. H.