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Autres / Récit de Adila Katia

Maria

13e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

1er chapitre la fugue

Résumé : Maria serait allée chez son père mais la vieille lui apprend qu’il a vendu sa maison et qu’ils sont allés s’installer ailleurs. Personne ne sait où ils vivent maintenant. La jeune fille décide de partir à Alger. Elle se rend dans un hôtel de Bab El-Oued…

Maria passe la fin de la journée à regarder par la fenêtre pour la première fois depuis son arrivée. L’angoisse l’a gagnée. Elle se demande comment elle pourra se retrouver dans toutes ces ruelles. Elle ne sait parler ni arabe ni français. Dans son village, ils ne parlaient qu’en kabyle et elle avait quitté l’école dès le primaire. Elle se dit qu’elle ne pourra jamais s’en sortir seule. Sans l’aide d’âmes charitables, elle ne pourra vraiment rien faire.
Elle meurt de faim mais elle n’ose pas sortir, même si juste en face de l’hôtel il y a une gargote d’où s’échappe une odeur de loubia et de poulet rôti. Mais vite, ses pensées retournent au village. Hier encore, à cette heure-ci, elle était en train de s’occuper de ses frères. Qui s’occupe d’eux à cet instant ?
Même si elle pensait à eux, même s’ils lui manquaient, elle ne se fait pas de soucis pour eux. Pour l’instant, elle a faim, et quand elle pense à demain elle s’inquiète. Elle ne connaît rien à la vie et tous ses pièges. Il ne peut pas y avoir que du bonheur. Elle est à Alger, capitale qui fait rêver hommes et femmes. Là où les rêves deviennent possibles.
Quels sont ses rêves ? S’y installer et trouver du travail, pour ne dépendre de personne.
Mais que pourra-t-elle faire de sa vie ? Avec un diplôme en poche, elle aurait pu croire que la chance puisse lui sourire. Il y a bien la liasse de billets volés à son beau-père. Mais serait-ce suffisant pour s’installer ?
Il faut bien être naïve pour croire qu’avec cet argent, elle pourra s’installer à Alger ou ailleurs. Elle s’imagine acheter un studio. Après cet achat, il lui sera impératif de trouver du travail, mais que pourrait-elle faire ?
Enfin, elle n’a qu’une chose : sa jeunesse. Elle sait que cela la desservira. Ce dont elle a besoin, c’est d’une formation !
Maria n’a pas le temps de se poser d’autres questions. On frappe à sa porte. Elle est si surprise qu’elle ne bouge pas. Elle se tient toujours près de la fenêtre, regardant vers la porte. Son cœur bat fort dans sa poitrine.
-Anissa ?
-Oui…
Maria ignore que le propriétaire dont elle a reconnu la voix attend qu’elle lui ouvre. Son cœur retrouve son calme.
Je voudrais discuter avec vous
-Vous pouvez entrer aâmi, répond-elle d’une petite voix .
Ce dernier ne se fait pas prier.
-Tu ne sors pas dîner ?
-Non, je n’ai pas faim …
-Est-ce que je peux m’asseoir ?, demande-t-il. J’ai mal aux jambes, ajoute-t-il. Tu m’excuses, mais je voudrais en savoir un peu plus sur toi…Tout à l’heure, tu me paraissais perdue et bien malheureuse ! As-tu des problèmes ? N’as-tu pas de papiers ?
-Je n’en ai pas, avoue la jeune fille qui préfère dire la vérité .
Da Ramdhan veut tout savoir.
-Quel âge as-tu ?
-Dix-sept ans.
-Pourquoi es-tu venue toute seule ? Que fuis-tu ? Comprends que si je pose toutes ces questions, c’est pour m’éviter des problèmes, précise-t-il. Alors ?
-J’ai perdu ma mère, confie-t-elle, voulant toucher sa fibre paternelle. Mon beau-père me battait et je n’en pouvais plus… J’ai préféré partir !
-Je te remercie pour ta franchise ! Cela me rassure de n’avoir pas sous mon toit une voleuse ou une criminelle, répond le vieil homme.
Je n’ai pas encore dîné… Si tu veux te joindre à moi, en bas, tu es la bienvenue ! En fait, j’insiste ! Je ne pourrais rien avaler en sachant que tu jeûnes encore ! Tu n’es pas seule ! Allah ne peut pas t’abandonner à ton triste sort ! Allez viens, suis-moi !
Maria ne peut que lui obéir…

(À suivre)  A. K.


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