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Autres / Récit de Adila Katia

Les regrets ne changent rien

50e partie

Résumé : Madjid se rend chez ses beaux-parents. Il a de la chance car ils ne sont pas là. Il en profite pour entrer malgré le refus de sa femme. Il tente de la raisonner et de la convaincre de revenir. Il lui demande pardon. Il se jure de devenir le meilleur des maris. Il la quitte rassuré. Elle reviendra. Mais ce n’est pas la fin de ses soucis. Il ne fait pas confiance à Ibtissem…

-Je te dis. J’ai vu son fils cadet et le contact est vite passé ! C’est comme si je le connaissais depuis longtemps ! Il est adorable ! Tu sais, je crois qu’il va vite m’aimer !
Fella fronce les sourcils. Quelque chose lui échappe.
-Madjid t’a emmenée chez lui ?
-Non, répond Ibtissem. Comme il n’a pas travaillé, je me suis faite passer pour une déléguée commerciale, pour avoir son adresse ! Je lui ai rendu visite ! Il a un bel appartement, bien entretenu…
-Sa femme n’était pas là ?
-Elle partait quand je suis arrivée, dit Ibtissem. Je ne crois pas qu’elle revienne. Madjid ne l’a jamais aimée ! Il regrettait d’avoir cédé aux pressions de sa famille ! Il s’est marié par obligation, pour que ses enfants soient pris en charge, en son absence ! Maintenant qu’il a trouvé en moi la femme idéale, il finira par rompre ! Même elle, si elle a un peu de dignité, partira !
-Comment peux-tu être aussi sûre de la chose ? Tu es si froide…Une famille va se briser et tu en parles comme si c’était quelque chose de normal ! Comme si personne ne va en souffrir ! Comment peux-tu croire que tu puisses trouver le bonheur auprès d’eux ?
Ibtissem a un sourire sans joie.
-J’ai connu toutes sortes de douleurs. Ce qui ne tue pas rend plus fort !dit-elle.
-Mais…tu viens à peine de perdre ton mari et ta mère ! Tu les as déjà oubliés ? Comment peux-tu penser à autre chose ? Comme ça, en si peu de temps ?
-J’ai besoin de m’accrocher à quelque chose ! Je n’ai plus personne ! À part toi et Madjid, je me sens si seule ! Et puis, tout ce qui est arrivé est de sa faute ! À lui d’assumer !
-L’erreur est humaine ! Parfois certaines relations sont comme des feux de paille ! Ils s’éteignent aussi vite qu’ils se sont allumés ! Entre toi et Fethi, c’était le vrai amour ! Ces doux souvenirs devraient te donner la force d’avancer ! Pas besoin de Madjid, de sa vie, pour en avoir une ! Ibtissem, on est amies depuis des années ! Si je ne te dis pas ce que je pense réellement tout ce que j’en pense, je serais mal ! J’aurais failli à mon devoir d’amie et de sœur !
-Tu voudrais que je reste seule ?
-Vaut mieux être seule que mal accompagnée, insiste Fella. Ma sœur, mon amie, on ne peut pas construire un foyer sur des ruines ! Tire un trait sur lui et ses enfants et passe à autre chose ! La vie continue et je suis sûre que plein de bonnes choses t’attendent !
-Arrête, s’il te plaît ! la prie Ibtissem. Les bonnes choses sont derrière moi ! Je pense que Madjid et moi, on peut faire un bout de chemin ensemble ! Il a déjà perdu sa femme ! Il doit savoir ce que je vis…
-Vis ton deuil, guéris de leur perte ! Ensuite tu pourras…
-Non, une famille a besoin de moi autant que moi d’elle ! Tu verras. Avec le temps, tu me donneras raison !
-Je ne crois pas !
Ibtissem se lève, agacée par les propos de son amie. Elle prend son sac, prête à partir.
-Je te croyais mon amie. J’ignorais que tu ne voudrais pas m’aider à me sentir mieux, à m’encourager à aller de l’avant !
-Ibtissem, ne le prends pas mal ! Tu verras, dans quelques temps, tu me donneras raison !
La jeune femme part sans elle. Ce soir-là, elles ne dînent pas ensemble. Elles ne se voient pas durant la soirée. Le matin, lorsque Fella se rend à sa chambre, décidée à ne pas laisser le froid s’installer entre elle, elle n’ouvre pas. Elle descend, voulant l’attendre à la réception. Mais là, elle apprend qu’Ibtissem est déjà sortie. En fait, elle a rendu sa clef, libéré la chambre. Fella sent que son amie est passée à la vitesse supérieure. Cela n’annonce rien de bon. Elle le sent…


                      (À suivre)
A. K.

 


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