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Autres / Récit de Adila Katia

L’inaccessible

76e partie

Résumé : Salem a beau l’interroger, Maria évite de répondre. Elle perd connaissance. à l’hôpital, on trouve sa tension élevée. Salem n’abandonne pas. Il veut comprendre pourquoi elle se met dans cet état à chaque fois qu’il parle de son père. Maria se sent encore plus mal quand ce dernier l’appelle, car Salem lui avait laissé dans un message son numéro de portable…

Maria pleure silencieusement. Elle voudrait que tout redevienne comme avant mais la vie s’acharne sur elle. Elle ferme les yeux et souhaite perdre connaissance, même mourir. Elle ne veut pas rencontrer le regard de son fils et encore moins celui de Yahia. Elle entend des personnes chuchoter. Elle reconnaît la voix de Salem et celle de l’infirmière.
- Elle a besoin de retrouver son calme et de la sérénité, dit-elle. Sauf si vous voulez lui compliquer la vie !
- Non…
Maria les entend sortir. Elle garde les yeux fermés, proie à la migraine. Elle finit par s’assoupir. Le médicament fait son effet.
Quand elle se réveille, elle a moins mal à la tête. Elle se redresse et tend l’oreille. Cette aile des urgences est calme, comme si elle a été désertée. Elle voudrait se lever. Elle ignore quelle heure il est, combien de temps elle a dormi. Elle a la bouche sèche et voudrait boire. Elle tente de prendre le verre d’eau posé sur la table mais il tombe et se fracasse sur le sol. Le bruit ne passe pas inaperçu. Salem entre dans la chambre.
- T’es réveillée ! constate-t-il. Tu voulais boire ?
Maria hoche la tête. Il sort chercher un autre verre. Son cœur manque un battement quand Yahia entre. Elle devient livide et se fige alors qu’il s’approche et se tient au pied du lit.
- Tu nous as fait peur, dit-il alors que ses yeux si bleus accrochent les siens. Tu te sens mieux ?
Maria clique des yeux, elle ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Il lui parle comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Il est déçu. L’infirmière les a rejoints et revérifie sa tension. Elle sourit.
- Là, c’est mieux… Il faut éviter tout stress et toute contrariété ! Nous allons vous garder quarante-huit heures ! Nous allons vous faire d’autres examens ! Vous ne bougerez pas d’ici ! On doit s’assurer qu’il n’y a aucune complication de votre HTA !
Alors que Yahia parle avec elle des examens à faire à l’hôpital et dans les cabinets privés, Maria le regarde. Il n’a pas vraiment changé. Il a une petite calvitie et des rides d’expression. Il est toujours aussi séduisant que dans ses souvenirs. Quand il croise son regard, il sourit, l’air désolé. L’infirmière sort.
- Maria ! Regarde dans quel état tu es ! Tout ça parce que tu as voulu gérer tous tes problèmes seule ! Qu’est-ce qui t’a pris ? Pourquoi m’as-tu menti ?
- Tu n’es pas le seul à qui elle a menti ! dit Salem qui revenait avec une petite bouteille d’eau minérale. Depuis ma naissance, ma vie n’a été qu’un tissu de mensonges ! Si tu n’étais pas malade, je serais parti ! Maria se met à pleurer et Yahia intervient.
- Ne sois pas dur avec elle ! Elle est malade !
- Oui, elle est bonne pour l’asile ! Depuis des années, je me contentais de regarder tes photos ! Je pleurais un père mort alors qu’il… alors que tu es en vie ! s’écrie le jeune homme, ne cachant plus combien il en était bouleversé. Elle ne voulait pas que j’aille sur ta tombe ! Maintenant je comprends !
Yahia a un air de reproches dans le regard mais il ne veut pas jeter de l’huile sur le feu et l’accabler de reproches.
- Mon garçon, ne sois pas dur avec elle ! C’est ta mère et il y a une chose sur laquelle elle ne t’a pas trompé, c’est son amour !
- Ne me dis plus mon garçon ! C’est vrai, dit-il à Maria, tu nous as tous trompés ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es affligé ces souffrances ? Pourquoi tu m’as puni ? J’aurais pu être un enfant comblé ! Pendant des années, j’ai eu honte ! Au début, je n’osais rien te demander ! Puis quand j’ai su que j’avais un père que la mort m’a ravi, j’ai souffert de… j’ai ressenti ton absence ! J’avais besoin de lui ! s’écrie Salem avant de se tourner vers Yahia. J’ai besoin de toi ! Mais qu’est-ce qu’on t’a fait pour que tu nous sépares ? Je te déteste ! Tu peux crever !
- Tais-toi ! lui ordonne Yahia. Ce n’est pas une façon de parler à sa mère !
Salem part en claquant la porte de la chambre. Maria porte la main à son cœur. Il bat si fort. Elle suffoque. Yahia s’approche et lui parle doucement :
- Calme-toi ! Essaie de respirer doucement ! Ce n’est qu’un gamin ! Il ne pense pas ce qu’il dit ! Il faut le comprendre Maria…
Quand il prend sa main, elle éclate en sanglots. Toutes ces dernières années, elle avait craint cet instant où son fils allait lui en vouloir. Tout ce temps à vouloir tout contrôler pour le garder. La vérité vient de les séparer. Et c’est l’unique personne qu’elle ne voulait plus voir qui est là, à la réconforter…


(À suivre)
A. K.

 


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