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Récit de Adila Katia

Confessions d’un orphelin 2iéme partie


RÉSUMÉ : L’orphelin voit son frère aîné envoyé en pension après avoir demandé plus de liberté. Cela ne l’empêche pas de réclamer un peu d’autonomie à ses 0parents, mais la mort tragique de sa mère dans un accident de voiture l’accable de reproches, et il est certain d’en être le principal fautif. La froideur de son père conforte cette lugubre idée. Cependant, l’enterrement se fait dans le calme et la sérénité…

Le Coran adoucit mon cœur, mais les propos plaintifs de mon frère sur les raisons de son éloignement me donnent envie de hurler au silence. Néanmoins, je me retiens de peiner mon père encore davantage, lui qui semblait si perdu sans sa moitié. Son regard vide se plaçait sur nous de temps à autre, comme pour s’assurer que nous ne disparaîtrions pas à notre tour aussitôt qu’il aura le dos tourné.
Les jours passent très vite, et le retour de mon frère ne fait qu’empirer les choses, avec ses idées nouvelles et son chagrin non dissimulé. Il essaie par tous les moyens de briser la carapace rigide de mon père, mais aucune fissure ne se vit, jusqu’au jour où Khalil, mon frère, qui ne supportait plus notre pondération, jeta ses affaires sur le sol, arracha du mur les portraits de notre famille réunie et manqua de respect à mon père, en haussant le ton, l’accusant de nous nourrir d’illusions et de nous tuer dans ce néant établi, où nous vivons comme des âmes égarées, se contentant de souvenirs et refusant d’avancer. Et c’est sans doute à ce moment-là que mes yeux eurent l’envie de ne plus jamais percer la moindre étincelle de lumière. Une gifle réchauffa les joues de mon incrédule de frère aîné et le renvoya en pensionnat. Aussitôt arrivé, aussitôt reparti. Tandis que moi, je continuais à brouter ma bonne herbe verdâtre jusqu’au jour où la clémence du pardon étincellera des yeux de mon paternel, ce que j’espérais.
Où sont donc passées mes bonnes manières ? Je ne me suis toujours pas présenté à vous, comme la coutume nous oblige à le faire. Toutefois, la connaissance de mon simple prénom réconfortera votre esprit errant qui aspire, je le souhaite, à connaître de plus près mon histoire qui est, je vous l’affirme, des plus incroyables… Où en étais-je ?... Ah oui ! Je me nomme Karim. Demain je quitte la maison pour aller vivre chez ma tante qui ne souhaite qu’une seule chose : avoir un fils, elle qui a quatre filles de différentes “époques” (et je le confirme bien dans certaines anecdotes que je vous citerai prochainement). Ma tante paternelle (que je n’ai pas revue depuis des années) ne demande qu’à avoir une petite frimousse masculine à dorloter. Mon père ne peut plus me garder à la maison : nos horaires diffèrent, son travail lui prend trop la tête, et me laisser seul à la demeure est hors de question. À ses yeux, je devrais me sentir mieux chez ma tante Farah : son amour pour les bambins me consolera de la perte immense que je venais de subir. à mon jeune âge, je comprenais l’amère réalité : guérir une blessure ouverte et cicatriser une plaie mal soignée allait me demander bien du temps, avant de que je puisse rendre à mon visage taciturne le droit à un sourire, sans me sentir coupable. Ma chère tante que je ne connais guère, si ce n’est par le biais de photos, habite à l’autre côté de la ville, à une heure en voiture. Celle que je n’ai pas eu la chance de rencontrer, de voir en vrai, ni même entendre parler d’elle afin que je me fasse une idée et sonder les différents aspects de sa personnalité, allait prendre soin de moi ! La sœur de mon père ne s’entendait pas du tout avec ma défunte mère (paix à son âme). Jusqu’à ce jour, mon père ne lui a jamais adressé la parole. étrangement, comme une interdiction levée, il a maintenant le courage de revoir sa famille, sans se préoccuper des conséquences de sa désobéissance. C’était clair pour moi que mon paternel prenait les ordres de ma mère pour des amendements à ne pas bafouer. C’était triste de voir à quel point mon père vénérait sa femme au point d’abandonner ceux qui, autrefois, représentaient tout son monde.
La maison des Arfawil : une maisonnette, plus petite que je ne l’aurais imaginée, un grand jardin jonché de jouets : poupées, vélo, pâte à modeler, ours en peluche… tout ce qu’un enfant rêverait de posséder. Un grand arbre où était accrochée une balançoire, un doux petit coin, simple et très chaleureux à vue d’œil, le contraire de notre demeure maussade décorée au vieux style baroque et où l’âme d’un enfant n’a à s’exprimer que par le silence de l’obéissance ; une enfance aveugle et muette qu’était la mienne. Aujourd’hui, je peux me plaindre sans me sentir égoïste, mais en ces temps-là… je n’arrêtais pas de me dire que la chance me souriait d’être né dans une famille aisée, et où tous mes désirs matériels étaient comblés. Oui, c’est ce que je croyais à cet instant.
Je sortit de la voiture, inquiet, sans savoir ce qui m’attendait. Je marchais en direction de cette petite porte, suivi de mon père qui semblait se préparer à s’expliquer pour son apnée de plus de dix ans, mais avant qu’il ne frappe à la porte celle-ci s’ouvrit : ma tante jaillit en larmes prendre mon père dans ses bras, ne voulant pas entendre ses oiseuses excuses, ne désirant, de ce fait, que faire durer un moment qu’elle ne cessait d’appeler de tous ses vœux, durant des années, qui ressemblaient à des millénaires.
Je suis resté abasourdi. C’est à se demander si je connaissais mon père, ou est-ce que toutes ces idées que je concevais de lui étaient erronées ?
(À suivre)
H. B.