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Autres / Récit de Adila Katia

23e partie

Les regrets ne changent rien

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Ibtissem est angoissée. Elle va voir ses parents et leur apprend qu’elle allait travailler à Oran. Yamina sent qu’elle n’est pas bien mais sa fille ne lui raconte rien. Elle n’est pas fière de ce qu’elle a fait. Fethi lui propose de partir avant, durant l’absence de sa mère. Il affrontera sa colère seul…

Lorsqu’Ibtissem arrive à Oran, il fait déjà nuit. Il est un peu plus de neuf heures quand elle entre dans sa nouvelle demeure, un grand appartement donnant sur la mer. Comme on le lui avait dit, il y a un vieux lit, quelques cadres sur les murs blancs. Et le plus important, c’est le téléphone. Fethi a le numéro. D’ici quelques minutes, il allait l’appeler.
Très anxieuse, elle n’arrive pas à dîner. La pizza qu’elle avait achetée en route, lui paraît sans goût. Son estomac est noué. Depuis qu’elle était montée dans l’avion, l’angoisse l’avait gagnée. Un pressentiment ne la quittait plus depuis. Sa belle-mère allait piquer une colère en apprenant qu’ils ne vivront plus avec elle. C’est sûrement à cet instant-là qu’elle lui apprendra son infidélité, qu’elle lui sortira toutes les preuves pour bien le convaincre. Ibtissem se demande quelle sera la réaction de son mari. Jamais elle ne l’avait vu en colère. Elle sait qu’il réagira, mais que fera-t-il ? Quel sera le degré de sa réaction ?
Ibtissem s’assoit sur le lit, fatiguée par le voyage et à force de tourner en rond dans toutes les pièces vides. Heureusement qu’elle a eu cette occasion en or de quitter Alger, de donner un nouveau départ à sa vie.
Mais il faudra que la chance soit de son côté. Et elle en doute maintenant. Cela fait plusieurs heures qu’elle était arrivée. Fethi tardait à l’appeler.
“Et si je l’appelais… ?” songe Ibtissem dès qu’elle croise du regard le téléphone accroché au mur.
Elle hésite un peu puis l’envie de savoir ce qui le retient la pousse à décrocher. Elle compose plusieurs fois le numéro avant de pouvoir obtenir la ligne.
Elle sursaute quand on décroche. C’est sa belle-mère Houria qui lui répond. Fethi doit être dans sa chambre. Pourtant il n’est que dix heures. Il devait être fâché avec sa mère. Celle-ci avait dû lui dire bien des choses, une fois en colère.
-Allô ? Qui est à l’appareil ? demande Houria. Parlez !
-C’est moi… Je voudrais parler à Fethi, répond Ibtissem.
-Petite garce ! Tu as préféré fuir qu’affronter ton mari !  Il est au courant… Madjid est venu lui parler !
-Comment a-t-il osé le faire ? s’écrie Ibtissem, sentant une sueur froide lui mouiller le dos. Que lui a-t-il dit ?
-Tout ce que tu as fait durant ces dernières semaines, répond sa belle-mère. Il ne peut pas y avoir sur Terre plus garce que toi… Enfin, tu as bien fait de fuir ! Fethi t’aurait lynchée sur place !
Ibtissem trouve que sa belle-mère exagère. Même furieux, il ne la toucherait pas. Fethi est de nature très calme. C’est sûr qu’il lui en voudra à mort et demandera le divorce. L’idée même la fait souffrir. Elle regrettera toute sa vie de s’être laissée aller. Elle aime son mari plus que jamais. Comment pourra-t-elle vivre sans lui ? Si elle avait décidé de s’installer définitivement à Oran c’est pour s’éloigner de tout ce qui pouvait troubler son cœur. Pour pouvoir vivre tranquille avec Fethi.
-Où est-il ? Il faut que je lui parle, dit-elle à sa belle-mère.
-Il refuse ! Vous n’avez plus rien de commun, lui répond cette dernière. Tu pourrais envoyer ou me donner ta nouvelle adresse ! Il en aura besoin pour la remettre à son avocat ! Sinon il l’enverra chez tes parents, ils seront fiers de toi !
-Je tiens à lui parler, insiste Ibtissem, s’efforçant de ne pas pleurer même si les larmes lui brûlaient les paupières. Il doit entendre ma version.
-Non… On s’en passera ! On connaît l’essentiel !
-Tu sais que c’est de ta faute ! crie Ibtissem en éclatant en sanglots. Tout ce qui est arrivé…
-Tu es entièrement responsable de tes actes… Dès qu’on aura ton adresse… ne nous appelle plus… Ton avocat se chargera des contacts et règlera les problèmes sans que nous ayons à se voir !
Sur ce, sa belle-mère raccroche, Ibtissem aurait dû s’y attendre. Houria allait tout faire pour qu’il n’y ait aucun contact entre eux, pour s’assurer que leur relation ne reprenne pas leur ancien cours. Elle sait combien ils sont attachés l’un à l’autre. Fethi, même atrocement déçu, ne pourrait pas mettre un terme à leur mariage sans qu’elle se soit expliquée.
Ibtissem prie pour qu’il l’appelle, une fois la colère tombée, elle ne dort pas de toute la nuit, et celles qui suivent lui paraissent durer une éternité. Fethi ne s’est pas manifesté. Quand elle appelle, c’est toujours sa belle-mère qui répond, avant de lui raccrocher au nez.
Ibtissem n’ose pas appeler chez ses parents. Elle a tellement honte. Rien de ce qu’elle racontera ne pourra expliquer pourquoi elle avait fauté. Personne ne pouvait le pardonner, surtout sa mère. Et c’est pourquoi elle ne la contacte pas. Elle n’aurait pas la force de supporter ses reproches et la peine qu’elle lui affligerait en confirmant…

(À suivre) A. K.


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