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Autres / Récit de Adila Katia

33e partie

Les regrets ne changent rien

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Ibtissem est emmenée à l’hôpital. Elle a failli faire une fausse couche. Elle sera sous traitement durant trois mois. Elle doit garder le lit pendant cette période. Elle dépose un arrêt de travail et va chez son oncle maternel…

L’oncle Makhlouf la laisse s’installer dans l’ancienne chambre de sa mère. Ibtissem se repose un peu avant de le rejoindre dans la cuisine où il prépare du café. Il ne s’est pas déridé.
- Avec ou sans sucre ? demande-t-il tout en la servant.
- Avec sucre…
La jeune femme est mal à l’aise devant son regard fuyant et son front plissé.
- Khali (mon oncle), je suis là pour quelque temps seulement, lui dit-elle. Je n’avais pas où aller. Je te promets d’être discrète. Tu ne te rendras même pas compte de ma présence…
Makhlouf secoue la tête.
- Où étais tu ? Tu n’étais pas là à l’enterrement de ta mère ni à celui de ton mari ! Que s’est-il passé ?
- J’étais fâchée avec eux khali ! Je les regrette… Maman me manque !
- C’était une brave femme ! Elle a tout fait pour que tu deviennes quelqu’un de bien ! Une femme capable d’assumer ses responsabilités ! Une femme dont elle serait fière ! Pourquoi vous êtes-vous fâchées ?
- Pour des futilités… Tu ne peux pas savoir comme je regrette ! Elle est partie fâchée contre moi ! Je dors mal ! J’ai un poids sur le cœur ! Je crois que je vais devoir vivre avec ! Elle ne m’a rien pardonné…
Je suis maudite !
- Elle t’aimait avec ton sale caractère d’enfant gâtée et pourrie, lui dit-il. Ton père cédait à tous tes caprices ! Tu lui en as fait voir de toutes les couleurs mais elle t’aimait ! Tu peux dormir tranquille, tu n’es pas maudite ! Tu es seulement butée !
- Je sais que j’ai été gâtée ! Ce n’est pas de ma faute si je suis comme ça ! Allah ghaleb, je n’y suis pour rien ! Wellah j’aurais voulu être meilleure ! Je m’excuse d’être une cause de souci perpétuel ! Khali, si tu le permets, je resterais le temps de me remettre. Je dois me reposer. Je suis en arrêt de travail… Elle n’ose pas lui dire qu’elle est enceinte.
- Cela ne me gêne pas que tu restes quelque temps, la rassure-t-il. Mais tu es veuve, et normalement, pendant près de quatre mois, tu ne dois pas quitter ton foyer !
- Ma belle-mère m’en veut à mort ! Elle ne voulait pas que je reste avec elle ! Sa peine l’a rendue indifférente à ma douleur ! J’ai perdu mon mari et ma mère et cela ne l’a pas empêchée de me mettre dehors !
- Tu n’es pas un ange ! Qui sème le vent récolte la tempête ! Mais bon, tu es aussi chez toi !
- Merci ! Je te promets d’être discrète et de ne pas empiéter sur ta vie privée, même si je sais que tu as une vie tranquille. Tu as pris ta retraite, je crois ?
- Oui, on peut dire que j’ai pris ma retraite pour m’occuper des futurs bacheliers. Je leur donne des cours dans le salon. En général, c’est trois fois par semaine et j’en reçois une vingtaine ! Les autres jours, je m’occupe de mon potager !
- Ta retraite devrait te suffir, vu que tu n’as ni femme ni enfant ! s’étonne la jeune femme. Pourquoi te dépenser autant ?
- Ce jardin m’aide à m’apaiser ! Il y a tant de nécessiteux. Je cultive des légumes de saison et je les offre…
- Et les cours ? Ils sont payants ?
Le vieil oncle secoue la tête.
- Non, je ne prends pas les gosses de riches ! Considère que j’essaie de faire le bien à ma manière !
Ibtissem soupire.
Elle ne connaissait pas cet aspect de son oncle, et elle espère un jour pouvoir bien faire pour elle-même et pour les autres. Elle porte un bébé à qui elle devra donner le bon exemple.
- Incha Allah, mon enfant tiendra un peu de toi ! Je suis admirative devant tes bienfaits ! J’espère qu’un jour je pourrais en faire autant !
- Oui, il n’est pas trop tard pour se corriger et tirer une leçon de tes erreurs ! Mais… Tu es enceinte ? Toutes mes félicitations !
- Merci. J’aurais voulu qu’il naisse dans de meilleures conditions ! Il ne connaîtra pas sa grand-mère, son père. J’ignore si je serai à la hauteur ! Je ne crois pas qu’une gosse pourrie et gâtée puisse devenir une bonne mère !
- Si tu en as pris conscience, c’est que tu connais tes qualités et tes défauts. Tu devrais aller te reposer, lui dit-il. On aura tout le temps pour discuter ! Il prend les tasses et les rince. Ibtissem se rend dans la chambre qu’avait rarement occupée sa mère. Elle ouvre la garde-robe et prend un couvre-lit.
Au passage, un tapis de prière tombe ainsi qu’un foulard. Ibtissem ne l’a jamais vu, mais le parfum qui en émane, elle le connaît bien. Il est à sa mère. Elle le prend et le hume. Elle frissonne et pleure, une boule dans la gorge. Elle gémit doucement.
- Maman, comme tu me manques !

(À suivre) A. K.


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