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  • Demi-finale retour de la ligue des champions africains: WAC 3-1 USMA (0-0 à l'aller)
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Autres / Récit de Adila Katia

70e et fin partie

Les regrets ne changent rien

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Les recherches ont repris le lendemain mais ils ne retrouvent pas le corps d’Ibtissem. La gendarmerie envoie deux de ses hommes chez hadj Hacène. Ce dernier n’est pas touché par la disparition de sa fille. Lorsqu’ils apprennent la nouvelle à Makhlouf, ce dernier est bouleversé. Il culpabilise. Il s’en veut de ne pas avoir su déceler son désespoir. Quand il appelle hadj Hacène, il lui tient des propos qui lui dressent les cheveux sur la tête…

- Mais tu es devenu fou ! Comment peux-tu penser un seul instant qu’elle se cache ? Que c’est de la mise en scène ? Ibtissem n’allait pas bien. Comment peux-tu croire qu’elle… ?
- Elle a plus d’un tour dans son sac ! Elle s’aime trop pour se faire du mal !, affirme le père. Mais si elle a eu le courage d’en finir, ce sera bien ! Sache que pour moi, il y a longtemps qu’elle est morte !
- Je suis déçu ! Sa mort me bouleverse… Je culpabilise de l’avoir mise à la porte ! Elle aurait eu des circonstances atténuantes, dit-il. Elle aurait fait quelques années de prison. Je demeure convaincu qu’elle n’avait pas toute sa tête quand elle s’en était prise à lui !
- Les fous finissent leur vie à l’asile ! Ou mieux, la mort peut les soulager ! Elle a fait de nos vieux jours un enfer ! Qu’elle y finisse aussi ! Mon cher beau-frère, ne m’appelle plus pour me parler d’elle !
Makhlouf raccroche plus peiné que jamais. Les heures et les jours qui suivent, il suit le cours de l’enquête. Il n’a pas pu s’empêcher d’aller à l’enterrement de Madjid et de voir sa petite famille brisée.
Un jour, Fella a appelé, le surprenant.
- J’ignorais que vous aviez mon numéro, dit-il.
- J’ai réussi à l’avoir en consultant le relevé des appels entrants de l’hôtel, répond-elle. Je voulais savoir s’il y aura une veillée funèbre ?
- Il n’y en aura pas tant qu’ils n’auront pas trouvé son cadavre. Ils ont élargi le cercle des recherches et aucune trace d’elle. Je sais que les gendarmes se sont rendus dans les hôpitaux, avec sa photo, et aucune des victimes de noyade ne lui ressemble !
- Mais s’ils ne retrouvent jamais son corps ?
- Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Son père ne croit pas à son suicide et elle sera portée disparue en mer, le temps de la retrouver… morte ou vivante !
- Je voudrais qu’elle ait une tombe, dit l’amie. Où je pourrais me recueillir… Makhlouf promet de la tenir au courant s’il y a du nouveau. Mais les jours passent et se ressemblent. Les nouveaux éléments apportés par Makhlouf mettent au jour le pourquoi de la tentative d’assassinat de Madjid. Il était dans le coma quand ils l’ont transporté à l’hôpital. Trop tard pour le sauver. Le suicide d’Ibtissem ne leur laisse pas le choix. L’enquête s’arrêtait, puisque tout la désignait coupable de sa tentative d’assassinat ou d’homicide, vu que Madjid est décédé suite à ses blessures. Ils ne peuvent plus la poursuivre. On ne juge pas et on ne condamne pas un mort. L’abandon de l’enquête éveille un sentiment de colère chez la famille du défunt. Une famille qui allait devoir apprendre à vivre avec sa peine.  Makhlouf souffrait aussi. La culpabilité l’empêchait de dormir. Il se sentait responsable du désespoir de sa nièce. S’il ne l’avait pas chassée, elle     aurait été encore en vie. Elle serait en prison. Il lui aurait trouvé un bon avocat pour plaider sa cause. Elle aurait eu des circonstances atténuantes. Dix, quinze ans, vingt ans de prison auraient été mieux que de se retrouver ballottée dans le fond de la Méditerranée, bouffée par les poissons. D’ailleurs, depuis il ne consomme plus la sardine, les fruits de mer lui font désormais horreur. Si le poids des regrets avaient eu raison d’elle, lui avait la foi et ne commettra pas d’actes inconsidérés. Même s’ils lui empoisonnent la vie et lui gâchent ses nuits. Dommage, les regrets ne changent rien à la situation et ne peuvent pas lui permettre de revenir en arrière. Il agirait autrement.
Dans ses nuits blanches, il se plaît à imaginer Ibtissem, ailleurs qu’en enfer et au fond de la mer. Les doutes de son beau-frère le réconfortent parfois. Elle pourrait avoir déguisé sa disparition en suicide afin d’échapper à la justice. Elle pourrait avoir refait sa vie, avec une nouvelle identité et sous d’autres cieux, loin d’ici.
Des “elle peut avoir…” qui le laissent espérer (malgré tout le mal qu’elle avait fait autour d’elle) que la mer n’est pas son cimetière.
Makhlouf et nous, nous ne le saurons probablement jamais. Mais qui sait ? Peut-être que dans dix, vingt ans, elle réapparaîtra lorsqu’on l’aura complètement oubliée ?

A. K.

FIN


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