A la une / Récit de Yasmina Hanane

La brûlure de la braise

14e partie

Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Saad lavait la cour avec sa mère, lorsqu’un étranger s’approcha de leur maison. Le jeune garçon voulut connaître les raisons de sa venue… L’homme était un citadin, et n’était sûrement pas là pour l’achat d’une bête.

Comme s’il lisait dans mes pensées, il m’adresse un sourire avant de poursuivre :
-Si j’ai fait un long chemin avant d’arriver chez vous, ce n’est pas pour une raison futile. Crois-moi mon garçon, j’aurais aimé rencontrer ton père rapidement, pour lui remettre une convocation.
-Une convocation ?
Il acquiesce :
-Oui, une convocation.
Ma mère nous rejoint à ce moment, pour servir le thé… L’homme semble ravi par notre accueil et lève son verre bien haut pour le démontrer…Nous étions, certes, pauvres, mais avions gardé le légendaire sens de l’hospitalité dont jouissait nos ancêtres.
Le soleil venait de se coucher. L’air se rafraîchissait rapidement, et la nuit n’allait pas tarder à tomber. Je me demandais si notre convive impromptu n’allait pas se lever pour repartir sans demander son reste. Mais son visage impassible et ses manières plutôt posées dénotaient une patience à toute épreuve.
Le portail en plaques métalliques, rouillées et branlantes, s’ouvra dans un bruit sourd. Mon père poussa deux chèvres devant lui, avant de relever la tête dans notre direction. Aussitôt, l’homme se leva. Mais je fus plus prompt que lui. Avant qu’il ne put prononcer un mot, je lançais à mon paternel :
-Père, cet homme est là pour te remettre une convocation.
Sans trop faire attention à moi, mon père s’approche de l’homme et le salut :
-Salam alikoum. Sois le bienvenu mon frère.
-Alikoum salam…
Mon père lui fait signe de se rasseoir, et prend place à ses côtés. Je m’esquive avec la théière dans le réduit qui nous servait de cuisine, pour réchauffer le thé. Quelques bribes de conversation me parvinrent. J’entendais mon père rouspéter, et l’homme insister. Le sujet semblait bien plus important que je ne l’avais imaginé. Les mots, affaires, biens, héritages…revenaient tel un leitmotiv.
Le thé réchauffé, je prends deux verres et sers les deux hommes avant de me rasseoir. Mon père semblait décontenancé. Il me jette un regard où se lisaient ses émotions, puis lance comme pour se justifier :
-Saad, mon fils. Veux-tu me lire ce qu’il y a dans ce courrier ?
Il me tendit l’enveloppe cachetée qu’il venait de recevoir. Je n’eus aucun mal à découvrir une convocation notariale pour une affaire d’héritage.
Je confirmais à mon père ce que l’homme a sûrement avancé, et ce dernier hoche la tête :
-Si Ameur, je vous assure que votre déplacement jusqu’à Annaba, en vaudra largement la peine. Vous devriez vous présenter à l’adresse indiquée et discuter avec le notaire. À ce que j’ai compris, la chance semble tourner en votre faveur. Cette affaire d’héritage tombe à point pour vous soulager, pécuniairement s’entend…

(À  SUIVRE) Y. H.