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A la une / Récit de Yasmina Hanane

Les racines de l’amour

18e partie

Résumé : Alors que leurs enfants les attendaient dans la grande salle du rez-de-chaussée, Zouina et Kaci ne cessaient de vociférer et de crier. Zouina se lamentait. Son mari venait de commettre la plus ignoble des bêtises en accordant la main de Ghenima à Aïssa.

 

Da Kaci brandit sa canne :
- Je t’interdis d’élever la voix devant moi, femme ! Je suis l’homme de la maison et le premier responsable de la famille. Tu sais bien que je n’aime pas qu’on contredise mes décisions.
- Attends donc que les garçons apprennent ça et tu verras leur réaction.
- J’ai donné ma parole, femme ! Telle que soit la réaction de tes fils, je ne peux plus reculer. Demain l’affaire sera définitivement close devant les sages de la djemaâ.  Advienne que pourra.
Zouina se remet à pleurer de plus belle :
- Ma pauvre Ghenima… Oh ! ma pauvre petite. Je donnerais ma vie pour lui éviter cette humiliation. Que penserons donc de nous les gens du village ?
- Ils penseront ce qu’ils voudront. Après tout, Ghenima va épouser un homme. Un homme certes un peu âgé, mais aisé, et maître chez-lui. Elle n’aura pas à souffrir de privations par ces temps de misère où parfois nous sommes contraints de serrer la ceinture jusqu’au dernier  trou durant tout l’hiver, et encore, cela n’est possible que quand nous avons la chance d’avoir quelques grains dans nos greniers. Aïssa, lui, ne connaît ni la faim, ni le froid, ni les privations. Il a des biens… Beaucoup de biens, et Ghenima sera traitée comme une princesse.
Zouina essuie ses yeux, avant de rétorquer :
- Crois-tu que les biens de Aïssa vont la rendre heureuse ? Ghenima est habituée à une vie simple et suffisante. Elle n’est  pas de celles qui ne regardent que la poche d’un homme. Je la verrais plutôt avec quelqu’un qui travaille dur et rentre chaque soir rompu de fatigue, mais heureux et satisfait de sa journée. Que demander de plus pour notre fille, qu’un homme qui ne compte que sur la force de ses bras pour lui assurer un avenir prometteur.
- Qu’appelle-tu donc un avenir prometteur ?
- Simple, et sans trop d’artifices.  Aïssa n’a-t-il pas honte de lorgner une jeune fille qui aurait pu être sa fille, ou même sa petite-fille. Ah ! mon Dieu, quelle malédiction que celle qui s’abat sur notre maison en cette journée.  
Da Kaci, dont le cœur saignait, prend une profonde inspiration. Au fond de lui-même, il reconnaissait ses torts et comprenait parfaitement la réaction, fort légitime, de sa Zouina.
Il se met à se gratter le crâne, toute en tirant sur sa moustache.  Ghenima n’est pas encore au courant de son futur mariage avec Aïssa… Comment va-t-elle donc prendre la chose, elle, la première concernée dans toute cette affaire ?
Il craignait pour elle, et se sentait coupable jusqu’au bout des doigts. Comment a-t-il pu se faire avoir ainsi par un mesquin comme Aïssa, qui pense pouvoir tout se permettre avec son argent ? Mais le temps n’était plus ni aux palabres ni aux interrogations. Il s’était fait piéger, et maintenant, il doit en assumer les conséquences.


(À  SUIVRE)
Y. H.

 


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