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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

19e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Durant la conférence de presse, des artistes se rallièrent à la tribu pour parler de leur art et répondre aux questions des journalistes. Tahar sera le dernier à prendre la parole. Un silence sacré règne dans la salle, dès qu’il commence à parler.

Tahar laisse enfin tomber sa main et relève ses yeux vers l’assistance avant de lancer :
-Vous êtes tous là aujourd’hui pour démontrer que vous fuyez quelque chose en tentant de vous réfugier dans la beauté expressive des œuvres artistiques. Que deviendrez-vous donc sans nous, les artistes ? Que feriez-vous sans cette beauté que nous portons en nous, et que nous tentons par tous les moyens de vous communiquer ? L’humain est insatiable dans ses désirs, certes, mais sans art, sans beauté, il ne retrouvera jamais son chemin dans l’obscurité de la vie. Un trou. Un leurre que cette existence, que nous menons, alors que nous croyons que nous sommes heureux.
Un tonnerre d’applaudissements éclate. Les ovations durèrent quelques minutes. Tahar repasse la main sur sa joue droite, avant de demander un peu de silence et poursuit :
-Mes amis, c’est un grand honneur que vous faites aux artistes en mettant en exergue leur œuvres et leurs expressions. Je ne vous fais pas rappeler, néanmoins, qu’un artiste est un enfant qui ne grandit jamais. Oui, messieurs, dames. Un artiste est un fou, un homme dans le vent, qui suit son chemin au gré d’une inspiration souvent furtive et fictive. Vous me voyez comme tel. Je suis moi-même un enfant qui se recherche encore, alors que j’ai perdu le chemin de la maison.
Quelqu’un murmure dans la foule.
-Il s’identifie à Aristote.
-Non. Aristote disait : “Je pense, donc j’existe”. Lui, il a plutôt un autre moyen pour exister.
-Mais oui, pardi ! C’est tout comme. Tu n’as donc pas compris ses allégations.
Je ne sais pas pourquoi à ce moment précis, je sortis mon carnet et notai ses propos. Tahar venait de terminer son discours. Les acclamations reprirent de plus belle. Un jeune artiste monte sur scène pour lui remettre un tableau d’honneur et une gerbe de fleurs. Tahar fait une révérence et salue le public avant de s’éclipser. Les lumières se rallument et le brouhaha s’élève de plus belle. La foule se dirigeait vers la sortie. Je demeure clouée à mon siège sans pouvoir faire un geste. Mon esprit vagabondait. Des mots et des idées se bousculaient dans ma tête. Si je dois me fier à mon inspiration, mon article sera rédigé d’une main de maître. Je relis les quelques notes glanées par-ci, par-là, puis je me mets à écrire. Lorsque je relève enfin la tête de mon bloc-notes, il se faisait tard. Je contemple la salle vide autour de moi, puis me lève pour partir.
Dans le hall du rez-de-chaussée, je rencontre Mustapha. À ma vue, il sourit.
-Je te croyais déjà partie. Dois-je comprendre que tu as passé tout ce temps avec Tahar ?
Je secoue la tête.
-Non. J’ai assisté à la conférence de presse, puis j’ai rédigé mon article.
-Je vois.
Il sourit encore.
-Tu n’avais donc plus besoin des prospectus après cette conférence.
-Non. Et cela m’a épargné bien des aléas. Je n’aurais pas aimé passer la nuit à échafauder une synthèse.

(À suivre) Y. H.


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