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Autres / Récit de Yasmina Hanane

L'Algéroise

26e partie

Résumé : La grande maison change de propriétaire. Désormais, c’est Si Tayeb qui en aura la charge.

 

Il rassure tout le monde. Personne ne quittera
les lieux sans sa propre volonté. Lla Kheira exploite cette occasion pour démontrer qu’elle est la patronne des lieux.

Elle avait fini par réunir toutes les femmes dans la grande cour, et leur avait tenu un discours assez éloquent. C’est elle la propriétaire, et c’est à elle que revient l’entretien de tout le pan intérieur de la bâtisse. Gare à celle qui fera la sourde oreille. Alors désormais elle n’aimerait plus voir des murs lézardés, ou un carrelage mal entretenu, et surtout pas des portes non repeintes, sinon un seul mot d’elle à Si Tayeb, et la locataire indélicate se retrouvera dehors avec tous les siens.
-Je n’aimerais pas non plus avoir vos enfants dans les jambes, ni vos jupons étendus dans la cour, poursuit-elle. Que chacune de vous se débrouille pour descendre très tôt faire sa lessive afin que le linge soit étendu sur la terrasse avant le milieu de la journée. Au crépuscule, vous devriez ramasser vos chiffons et nettoyer les lieux.
-Mais si le linge n’est pas encore sec, demande une voisine.
-Là n’est pas mon problème. Si Tayeb vous demande à tous de veiller à l’entretien de la maison. Rendez donc grâce à Dieu, qu’il consente à vous garder sous son toit. Les voisines se regardèrent. Si Tayeb ne savait pas que sa femme faisait tout ce tapage oratoire. Lui n’aurait jamais osé faire des remarques aussi insolites devant un parterre de femmes qui habitent pour la plupart dans cette grande maison depuis des décennies. Il y en avait même qui étaient nées sur les lieux. Il connaissait aussi trop Kheira pour la charger d’une telle mission. Mais la vieille femme était imbue de sa personne, et n’aurait pour rien au monde raté l’occasion de démontrer sa supériorité.
Loin d’être dupes, les voisines avaient très bien compris son jeu. Elles se dispersèrent en silence et Lla Kheira, se retrouvant seule au milieu de la cour, consentira enfin à rentrer chez elle. Fettouma était occupée à plier le linge et chantonnait d’un air joyeux.
-C’est ta mère qui se marie, lui lance-t-elle d’un air courroucé.
-Hein ?
-Pourquoi chantes-tu donc cette vieille litanie, Fettouma ?
-Oh ! C’est un air qui m’est venu comme ça.
-Et ce linge, tu n’as pas encore fini de le plier ?
-Mais je viens à peine de le ramasser !
Elle met les mains sur les hanches.
-Et qu’attendais-tu pour ne pas le ramasser plus tôt ?
-Il n’était pas encore sec.
-Ce n’est pas les arguments qui manquent, bien sûr. Je ne veux plus supporter ton manège de fille gâtée. Désormais, tu iras étendre le linge dès les premières heures du matin sur la terrasse comme toutes les voisines. C’est fini pour la cour. Je vais planter du jasmin dans tous les recoins, pour en terminer avec toutes ces odeurs nauséabondes qui imprègnent les lieux.
Fettouma allait riposter lorsqu’une nausée la surprend. Elle porte la main à sa tête et se lève pour courir se soulager dans le grand bassin de la cour.
Lla Kheira la suit.
-Qu’as-tu encore ? Hier tu souffrais de migraine, et aujourd’hui...
Elle ne termine pas sa phrase, car la jeune femme venait de s’affaler de tout son long sur les dalles fraîches de la grande cour.
Des voisines accoururent. Fettouma est vite entourée. On l’aide à se relever et on la reconduit dans sa chambre, où on l’allongera dans son lit avant de lui asperger le visage d’eau.
-Je vous avais bien dit qu’elle était fragile de santé, lance Lla Kheira tout en s’emparant d’un flacon d’eau de rose qui trônait sur la coiffeuse.
La jeune femme reprend connaissance. Elle se redresse et tente de s’asseoir dans son lit, mais un vertige l’oblige à se rallonger.
Une vieille voisine sourit.
-Ghir el-kheir, Lla Kheira. Ta belle-fille est enceinte.


(À  SUIVRE)
Y. H.


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