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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le mendiant de l’amour

31e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé :  Un psychiatre vint interroger Youcef dans sa cellule. Il constate au premier abord qu’il n’était pas aussi malade qu’on le lui avait fait accroire et lui demande de lui narrer son récit.

Je lui narre tout le récit de ma vie, et toute la cupidité de mon cousin et de sa famille qui, sans aucun scrupule, avait accaparé tous mes biens. Puis j’arrive au triste épilogue de tout ce scabreux manège : le mari, convoité pour une fille sourde et muette afin de sauver les apparences.
Le psychiatre m’avait écouté d’une oreille attentive jusqu'à la fin. Un silence règne entre nous quelques minutes. Il semblait réfléchir. Puis revenant vers moi, il me donne une tape sur l’épaule, et lance :
- J’aimerais bien vous croire Youcef, mais votre récit me paraît réellement extraordinaire.
- Vous ne me croyez pas, docteur ? Vous pensez que mon cerveau est malade ?
Le médecin hoche la tête et ébauche un sourire :
- Vous pouvez toujours prendre un avocat, Youcef, pour plaider votre cause... Moi, je ne suis qu’un psychiatre. Un médecin qui vous a dans son service.
- Mais je ne suis pas fou. Vous n’aurez pas à me traiter.
- Oui, je sais (il sourit et vint me caresser les cheveux) la plupart de mes malades disent ça. Mais c’est bien, Youcef. Vous semblez avoir une imagination fertile, on dit que c’est un bon signe chez les malades mentaux.
- Je ne suis pas malade, docteur, je ne suis pas malade.
Le médecin se leva, et je commençais à m’agiter. Il me tapota l’épaule, et me rassura :
- Je reviendrais une autre fois, et on en rediscutera.
- Mais je ne pourrais pas rester ici.
- Où voulez-vous vous rendre, Youcef ?
- Chez moi. Chez moi.
- Vous voulez-dire chez votre cousin. Celui que vous avez agressé avec sa fille.
- Je ne l’ai pas agressé, c’est lui qui m’a provoqué. Quant à sa fille, je ne l’ai même pas vue.
- Pourtant, cela s’est passé hier chez lui.
- Chez moi. C’est lui qui habite chez moi, et pas moi qui habite chez lui.
Des larmes ruisselèrent sur mon visage. La rage me consumait. On avait cru à tous les propos débités par ce cousin et pas aux miens. J’étais éternellement condamné à la folie. Le médecin sortit, et aussitôt un infirmier vint m’injecter encore une fois quelque chose dans les veines. J’étais assommé pour une bonne journée. Des cris me réveillèrent. Il faisait nuit, et j’entendis quelqu’un chanter à tue-tête et lancer des obscénités. C’était “le voisin” de la cellule d’à côté. Un homme interné lui aussi. Il faut dire que même les moins fous des “patients” de cet asile finissent toujours par sombrer. Les traitements qu’on leur infligeait étaient inhumains, et les médicaments les abrutissaient. Une véritable thérapie d’enfer. Je restais durant deux jours sans bouger de mon coin. Les maigres repas qu’on servait étaient immangeables. Si bien que je me contentais de grignoter juste les croûtons de pain, et de boire cette eau saumâtre qu’on nous rationnait à la louchée. Au troisième jour, on me permit de sortir dans la cour, un réduit de quelques mètres carrés où les “malades” se retrouvaient entre eux, et échangeaient des nouvelles. Les uns parlaient seuls, d’autres griffonnaient sur les murs, les autres se dévêtaient. Un monde d’inconscience et de soumission qui donnait froid dans le dos.

(À suivre) Y. H.


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