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FLASH
  • Demi-finale retour de la ligue des champions africains: WAC 3-1 USMA (0-0 à l'aller)
  • Buts du WAC:El Karti (26′), Bencharki (54′ et 90'+3). Le but de l'USMA a été inscrit par Abdelaoui (67′)
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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le mendiant de l’amour

32e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé :  Le médecin ordonne qu’on injecte un calmant à Youcef. Ce dernier est abruti, et passe deux jours sans quitter son coin. Au troisième jour, on lui permettra de sortir dans la cour, où il découvrira un monde macabre.

Un malade me prenant pour sa femme me traita de tous les noms, et essaya même de m’agresser. Je me dégageais difficilement de son étreinte, et regagnais ma cellule où je rencontrais la femme de ménage qui procédait au nettoyage. En me voyant, elle esquissa un pas en arrière… Mon aspect physique était repoussant, mes cheveux étaient ébouriffés, ma barbe hirsute me donnait un air de clochard, ajoutez à cela mon accoutrement. Un beau tableau de folie !
- Je m’excuse si je vous ai fait peur, lançais-je à cette pauvre femme.
- Je croyais que tout le monde était dans la cour.
- Exact… j’étais dans la cour moi aussi… mais à la vue de ces malheureux, j’ai préféré revenir dans ma cellule.
On entendait quelqu’un vociférer, puis chanter. La vieille femme se met à rire.
- Ils savent interpréter de ces chansons !
Puis réalisant qu’elle parlait aussi à un fou, elle s’arrêta de rigoler pour me regarder d’un air apeuré.
- Je ne suis pas fou, madame…
- Tu n’en a pas l’air, mais que fais-tu donc ici ?
- Rien… J’ai été interné par un cousin… Je…
je m’arrêtais là car cette bonne femme n’aurait rien compris à mon récit. Alors j’ai préféré enjamber le frottoir et m’étaler sur mon lit. La femme fouille dans la poche de son tablier et en sort un petit pain brioché et une barre de chocolat qu’elle me tendit. Elle voulait m’occuper, le temps de terminer son ménage. J’avais faim, si faim que je me mets à manger sans demander mon reste. Elle remarque alors mon air affamé, et, sans se départir de son balai, elle s’approche de moi :
- Je travaille dans cet établissement depuis 25 ans, et des fous j’en ai vu… mais toi tu ne sembles pas souffrir d’une quelconque maladie mentale. (Elle rit) Et voilà que je parle comme un psy. Franchement, jeune homme, je ne te trouve pas fou.
Je m’arrête alors de mâcher pour lancer :
- Ah, enfin quelqu’un qui me comprend. Mais toi, ma bonne femme, tu ne pourras rien faire pour moi… Les médecins pensent le contraire… ​
- Les médecins ?( Elle se remet à rire) les médecins qui sont ici me semblent bien plus fous que les malades qu’ils croient traiter.
- J’ai tendance à le croire moi aussi.
Elle fronce les sourcils et
chuchote :
- Il faut que tu quitte ces lieux, jeune homme. Sinon tu finiras par sombrer sans doute dans la véritable folie.
Elle avait raison… Un régime tel que celui qu’on m’infligeait dans ces lieux aurait eu raison de moi au bout de quelques semaines. Déjà, en quelques jours d’internement, je sentais que je flanchais. Je commençais à ressembler trait pour trait à ces malades autour de moi…  
La bonne femme vint s’asseoir près de moi et me caressa le bras…
- J’avais moi aussi un fils de ton âge… Il a sombré dans la drogue et ne s’est plus relevé. J’entendais les gens le traiter de fou, en se demandant comment moi, sa mère, qui travaille dans une maison de fous, je n’ai rien pu faire pour le sauver. J’étais anéantie car mon fils n’était pas un fou, mais un drogué qui a été pris dans l’engrenage de la cocaïne et qui n’en est plus sorti. Certes, les crises se ressemblent, mais la maladie diffère… Je n’ai pu me rendre compte de son état que quand c’était déjà trop tard… Il est mort il y a deux ans déjà.

(À suivre) Y. H.


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