Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le vent de l’été

39e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Nacéra accepte que Djamel la raccompagne. Sa sœur Maissa la contacte. Elle est alarmée car Lyès n’avait pas trouvé d’appartement. Nacéra la rassure. Le problème sera bientôt résolu.

Maissa étouffe un sanglot et Nacéra poursuit :
-Je serai à la maison bientôt, et nous pourrons discuter toutes les deux.
-D’accord, mais ne tarde pas. Je ne sais pas si je pourrais tenir.
-Tu tiendras. Il le faudra d’ailleurs.
Nacéra raccroche, et Djamel lui sourit.
-Tu es comme une fée qui ne pense qu’au bonheur des autres et qui
s’oublie.
-Que veux-tu que je fasse ? Je vis avec ma mère et ma sœur. Elles n’ont personne d’autre pour s’occuper d’elles. Moi je suis assez grande pour me débrouiller et...
-Oui. Tu es tout juste assez grande pour affronter les aléas des autres. Par contre, pour toi, tu ne fais absolument rien.
-Si. Je m’offre ce que je veux, j’aime mon travail, j’ai mon atelier, et aujourd’hui j’ai déjeuné avec toi.
-Pour la première fois, depuis très longtemps, tu consens enfin à te rendre à un rendez-vous galant. Cependant, malgré tes efforts, tu n’étais pas à l’aise, car ton esprit vagabondait ailleurs.
Elle hausse les épaules.
-Si tu le dis.
-Je le dis et je le pense, et tu sais bien que c’est la réalité. Laissons passer l’orage. Je n’aimerais pas te bousculer alors que tu es responsable de Maissa. Mais une fois son mariage célébré, je reviendrai à la charge.
Nacéra sourit.
-Je ne sais pas si tu vas tenir jusque-là, car je suis une grande
embêtante.
-Essaye donc de m’en empêcher ou de me chasser. Je serai aussi collant que ton ombre. Gare à toi si tu te montres impatiente ou...
Nacéra se met à rire.
-Pour une fois dans ma vie, j’aimerais croire à ma bonne étoile. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans toi, Djamel. Tu me soulages déjà d’un grand fardeau en prenant en charge le problème de l’appartement.
-Je sais que tu y tiens. Alors laisse-moi faire et tais-toi.
Dès le lendemain, Djamel dénichera non seulement un bel appartement meublé, non loin du centre-ville, mais il s’arrangera aussi afin que le montant du loyer soit des plus raisonnables. De ce fait, la jeune femme s’empressera de signer un bail pour six mois avant de contacter Lyès et de le mettre au courant. Ce dernier lui sembla soulagé d’apprendre qu’elle venait de régler un aléa aussi épineux que le logement. Mais méfiant, elle lui lancera :
-J’espère que tu n’essayeras plus de te dérober en brandissant un autre subterfuge.
-Quel subterfuge ? Je ne pouvais cohabiter avec mes parents et...
-Je ne veux plus rien savoir. Si ma sœur avait été plus avisée, je ne serais pas là à te supplier.
Elle pousse un soupir.
-J’ai payé le loyer pour un semestre.
-Je te rembourserai dès que j’aurai assez d’argent.
- Tente plutôt de mettre un peu d’argent de côté pour payer le second semestre.
-Oui, bien sûr. Je vais faire des économies. Enfin, si cela me sera possible. J’aurais bientôt une femme et un enfant sur les bras.
-Tu assumeras tes responsabilités, Lyès.
-C’est la faute à Maissa. Elle aurait pu prendre ses précautions ou avorter.
-Cesse de rejeter la balle à ma sœur et gare à toi si tu oses te montrer désagréable avec elle. Elle a assez souffert ces derniers temps.
Un silence s’établit, et Nacéra fronce les sourcils avant de demander :
-Tu es là Lyès ?
-Oui. Je suis là.
-Pourquoi ne réponds-tu pas ?
-Je n’ai rien à dire de plus. Nous allons célébrer ce mariage, puisque tu y tiens.
-Et toi, tu n’y tiens pas ?
Elle l’entendit soupirer.
-Disons que ce n’était pas de cette manière que j’envisageais les choses.
-Moi non plus. Et Maissa n’est pas en reste. Je ne vais pas remuer le couteau dans la plaie. Fais en sorte de tenir tes promesses et ne provoque pas ma jeune sœur. Elle a les nerfs assez fragilisés.

(À suivre) Y. H.