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FLASH
  • Demi-finale retour de la ligue des champions africains: WAC 3-1 USMA (0-0 à l'aller)
  • Buts du WAC:El Karti (26′), Bencharki (54′ et 90'+3). Le but de l'USMA a été inscrit par Abdelaoui (67′)
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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

40e partie

Résumé : L’éditeur acceptera d’emblée la proposition de Tahar qu’il appréciera au premier abord. Kahina se prépare maintenant à organiser sa première vente-dédicace à la Foire internationale du livre. Un jour, Tahar vint la voir pour lui raconter sa vie.

Il acquiesce.
-Alors, vois-tu, hier, j’ai pris mon album-photos et j’ai passé des heures à décortiquer les clichés. J’ai même retrouvé quelques photos de mon enfance, alors que j’étais encore un sourd-muet.
-Sourd-muet ? Tu plaisantes, bien sûr. Il me tapote la main.
-Je ne t’ai encore rien raconté de ma petite enfance, Kahina. Je ne t’ai jamais dévoilé que je suis né sourd et forcément muet.
Je n’en revenais pas. Tahar ébauche un sourire et poursuit :
-Cela remonte à très loin. Ma mère vivait avec le reste de la famille dans une grande maison à la campagne, alors que mon père trimait en France à cette époque-là.
Je griffonne quelque chose sur mon bloc-notes, et il remarque mon geste.
-Non, attends, n’écris rien. Je te narre d’abord toute l’histoire, et tu pourras ensuite en faire un magnifique récit. Telle que je te connais, ton imagination n’en fera qu’un tour pour te permettre d’édifier un joli feuilleton.
Je secoue la tête.
-Je n’aurais rien à imaginer cette fois-ci, si tu me racontes ton histoire. Il acquiesce.
-Bien. Alors, écoute-moi d’abord jusqu’au bout. Il prend son paquet de cigarettes et en allume une avant de rejeter un nuage de fumée, puis reprend :
-Oui. Je suis né sourd. C'est-à-dire que durant mes 4 ou 5 premières années, mes oreilles étaient bouchées. Je n’avais donc pas accès à la parole non plus, puisqu’aucun son ne me parvenait. Je cherchais pourtant à comprendre le monde qui m’entourait. Ma mère m’aidait avec des gestes calmes et précis. Elle ne me quittait pas d’une semelle de la journée, et le soir elle s’allongeait à mes côtés sur la même couche. Elle avait bien souffert de cette situation. Alors que la maison grouillait de monde, elle était obligée de faire face aux corvées ménagères quotidiennes, en me portant sur son dos. D’ailleurs, on la désignait sous le sobriquet de “la mère du sourd”. Les oncles, les tantes, les cousins, les proches, les voisins. Hormis mes grands-parents qui continuaient à l’appeler par son prénom, le reste de l’entourage semble l’avoir oubliée. Ma mère souffrait en silence. Elle me racontera plus tard qu’on m’avait jeté un sort. Le mauvais œil était très répandu dans la famille. Comme elle était la seule à avoir donner naissance à un garçon l’année où je vins au monde, les autres femmes, jalouses et perfides, n’avaient cessé de rôder autour de mon berceau. Les unes comme les autres étaient persuadées que j’allais mourir avant la fin de la saison. Mais je grandissais et prenais du poids, sans souffrir de maladies ou d’autres malformations congénitales. Hélas ! Ce n’est qu’après 6 mois que ma mère se rendra compte que je n’entendais absolument aucun son. Elle fera appel alors à ma grand-mère paternelle, qui fera tinter un tas d’objets à mes oreilles. En vain, je me contentais de suivre ses gestes des yeux, sans réagir. Le soir, lorsque mon grand-père rentra des champs, on lui annonça cette mauvaise nouvelle. Mais il refusa de l’admettre, arguant qu’aussi loin qu’il pouvait se le rappeler, aucun membre de la famille n’était affublé de cette tare. Ma mère le met devant le fait accompli. Elle lance avec rage un plat en terre contre le mur qui faisait face à mon berceau, puis fait tinter des outils en fer, sans aucune réaction de ma part. Mes tantes s’étaient regroupées devant mon berceau. Elles jubilaient intérieurement. Elles avaient enfin leur revanche. Ma mère n’était pas dupe. Elle avait compris leurs desseins sans pourtant en faire une histoire. Aux questions des unes et aux interrogations des autres, elle répondait aussi calmement qu’elle le pouvait. Ces sorcières prennent alors des airs compatissants et assurèrent ma mère de leur sympathie, avant de s’éloigner pour jacasser entre elles et en firent des gorges chaudes.


(À suivre)
Y. H.


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