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A la une / Récit de Yasmina Hanane

Les racines de l’amour

40e partie

Résumé : Après avoir récupéré Mokrane, Belkacem rejoint son père au village où devait se tenir l’assemblée de la djemaâ. Ghenima était inquiète. Aïssa ne lâchera pas le morceau de sitôt, et si les jeunes n’en arrivaient pas aux mains, les vieux, eux, ne vont plus s’adresser la parole pendant un bon bout de temps.

Le plus pénible pour elle était cette attente. Elle avait l’impression que la journée refusait d’avancer, que le soleil montait de plus en plus haut dans le ciel et que la djemaâ ne mettra jamais fin à son assemblée. Que faisait son père ? Comment réagissait Mohand ? Que répondait Belkacem ? Quel serait le dernier mot de la djemaâ ?
Des questions se bousculaient dans sa tête, et elle n’arrivait plus à trouver une issue aux innombrables suppositions qui se présentaient à elle.En fin de compte, n’en pouvant plus, elle escalade l’échelle menant à la soupente et se retrouve seule. Elle s’approche d’une petite fente qui laissait entrer quelques rayons de soleil et se dit qu’elle aurait aimé être un grain de poussière pour se volatiliser ainsi dans les airs et se disperser.
Quel soulagement cela aurait été pour elle !
Elle entendit des voix de femmes qui lui parvenaient de l’extérieur. Des femmes qui se jetaient des boutades et riaient. Elles revenaient des champs ou de Tala. On était au milieu de la journée. La jeune fille se redresse. Aucun sentiment n’arrivait plus à pénétrer son être. Elle se sentait comme morte intérieurement. Était-elle triste ? Était-elle insouciante ? Aurait-elle encore la force et l’envie d’aimer un homme, de fonder un foyer et d’avoir des enfants ?
Des idées contradictoires tourmentent son âme. Elle pousse un long soupir. Ses neveux se disputaient, et elle entend sa mère les chasser de la grande salle. Elle entend Aghilès, le fils de Belkacem, pleurer. Il a dû se cogner le front contre une poutre ou tomber. Elle entend Fatiha le consoler. Sûrement qu’elle l’avait pris dans ses bras, ou mis sur son dos. En réalité, il s’appelait Mohand Larbi, mais il était si beau que Ghenima l’avait surnommé Aghilès (le lionceau). Et c’est ce surnom qui avait prévalu. Ghenima veut descendre pour le serrer contre elle. Bien qu’elle aime ses neveux sans aucune distinction, elle a une petite préférence pour Aghilès. Hormis ses yeux d’un bleu-vert qu’il avait hérités de sa mère, le petit garçon avait les traits de sa tante.
Est-ce pour cela qu’elle l’aimait tant ? Elle n’en savait rien. Mais son cœur saignait chaque fois qu’Aghilès pleurait. L’attente durait. Que font donc ces hommes censés résoudre cette “énigme” dont elle est le pion principal ?
Vont-ils continuer leurs palabres jusqu'à la tombée de la nuit ?
La voix de Fatiha la tire de ses méditations.
- Ghenima, que fais-tu seule ici dans cette soupente qui commence à chauffer ?
Ghenima se retourne vers sa
belle-sœur et lance d’une petite voix :
- Rien, Fatiha, je pensais à mon destin.
- Ne t’avance pas trop dans tes suppositions. Tant que les hommes n’ont pas terminé leur
assemblée...
- Justement, c’est ce qui m’inquiète, l’interrompt Ghenima. Depuis des heures maintenant qu’ils s’entretiennent. Aucun homme n’est remonté du village. C’est mauvais signe tout ça, ne trouves-tu pas ?
Fatiha tente d’afficher un visage serein.
- Tu te fais des idées. Tu sais très bien que la djemaâ ne traite pas une chose aussi sérieuse qu’un mariage en un clin d’œil.
- Mais la djemaâ ne met pas non plus autant de temps à traiter des affaires bien plus complexes.
- Peut-être que l’un des membres est arrivé en retard, et que l’assemblée n’avait pu se tenir que tardivement.

(À  SUIVRE)
Y. H.

 


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