Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le psychopathe

41e partie

Résumé : Anissa étend le linge sur le balcon, et revient dans la cuisine. Zahia, sa belle-mère, lui propose de déjeuner. Elle refuse. La vieille femme comprenait son désarroi, et tente de la raisonner. Elle aussi avait des filles et savait de quoi il en retournait.

 

Elle soupire :
-Néanmoins, je devine un peu les raisons qui te poussent à parler ainsi de ta famille. Tu trouves qu’on t’a obligée à épouser un homme qui n’est pas à ton goût, n’est-ce pas ?
Anissa refoule encore ses larmes, puis lance d’une petite voix :
-C’est le cas. Vraiment, je ne me voyais pas “vendue” de la sorte.
Zahia remet la couscoussière sur la marmite, puis s’essuie les mains avant de tirer une chaise pour s’assoir face à sa belle-fille :
-Personne ne choisit son destin dans ce monde. Mourad est un homme seul, un homme qui rumine des idées noires, parce qu’il est passé par de durs moments dans la vie. Il est déçu par ses premières expériences conjugales.
-Ses premières expériences ?
-Tu es sa troisième femme, et si cela peut de te rassurer, il n’a jamais eu d’enfant.
Anissa suffoquait. Elle met une main sur son cou et sent les battements désordonnés de son cœur, tout en se demandant s’il n’allait pas s’arrêter d’une minute à l’autre. Zahia dépose une main sur la sienne :
-Mourad est malheureux, c’est pour cela qu’il devient agressif.
La jeune femme reprend son souffle et arrive enfin à murmurer :
-Sa conduite envers les femmes n’est pas des plus correctes. Je comprends pourquoi ses première épouses sont parties.
Zahia se racle la gorge :
-Heu, je pense qu’il y a d’autres raisons. Peut-être t’en parlera-t-il un jour ?
-Je… Je ne comprends plus rien. J’ai à peine mis les pieds dans cette maison qu’il a commencé à me malmener. Ce matin, il a même osé lever la main sur moi.
Elle soupire :
-Lors de notre première rencontre, je lui avais pourtant bien insinué que je ne pouvais être une femme soumise. J’ai toujours eu ma petite liberté. Je travaillais, je sortais, je me rendais chez mon esthéticienne et ma coiffeuse, je me permettais de petites folies vestimentaires,  je voyageais. Pourquoi fallait-il que je change ma façon de vivre du jour au lendemain, en épousant un homme qui n’a rien à voir avec mon monde ? Il y a bien d’autres femmes qui accepteraient de partager sa vie et ses exigences. Pourquoi m’avoir choisie moi ? Pour me torturer ? Me rendre folle ? Ou me pousser à me suicider ?
Zahia se lève pour vérifier que le couscous était assez chaud. Elle éteint le feu avant de déposer deux assiettes sur la table et de servir.
-Anissa, tu dois d’abord faire honneur à mon couscous, et ensuite je répondrais à tes questions…
-Je ne pourrais rien avaler.
-Mais si… Nous sommes des femmes, et chacune de nous est appelée à assumer son destin. Cependant, si tu veux changer le sien, cela ne dépendra que de toi.
Elle pousse vers elle une assiette fumante :
-Je sais que tu plais à mon fils. Il a révélé à ses sœurs que tu étais la femme qu’il lui fallait. Il te trouve belle et intelligente. Cependant, il n’a pas encore confiance en toi et a peur de te perdre. Cela se comprend d’ailleurs...  Vous vous connaissez à peine, mais avec le temps, je suis certaine que tout rentrera dans l’ordre. Allez ma fille, prend ta cuillère et mange. Cela ne servira à  rien d’entamer une grève de la faim, la terre ne va pas s’arrêter de tourner, et la vie continuera son cours.
Anissa regarde l’assiette devant elle. Le couscous lui parut succulent avec des légumes cuits à point, avec le morceau de viande sans graisse qui trônait au-dessus.
Elle hume l’odeur chaude et fort appétissante qui titillait ses narines et se décide enfin à manger. À la fin du repas, Zahia repousse son assiette et s’empresse de rejoindre sa vieille mère. La jeune femme débarrasse la table et lave la vaisselle, puis se retire dans sa chambre. Par réflexe, elle allume la télé, avant de s’allonger sur son lit.
Elle avait pris quelques jours de congé et pensait reprendre son travail la semaine qui suit. Hélas, si Mourad persiste dans son refus, elle devrait abandonner son boulot et faire le deuil de ses projets.
Son mobile se met à vibrer. Elle reconnaît le numéro d’une de ses amies et s’empresse de répondre pour faire un brin de causette. Elle avait l’impression qu’elle était prisonnière quelque part et renouait avec le monde extérieur par ce coup de fil qui même s’il était bref, la replongeait dans son milieu social.


(À  SUIVRE)
Y. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER