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Autres / Récit de Yasmina Hanane

L'Algéroise

42e partie

Résumé : Mahmoud est contraint d’avouer à sa femme son intention de rejoindre le maquis. Cette dernière est éplorée. Mahmoud la supplie de garder un air serein devant les autres. En particulier devant sa mère et les enfants.

 

Le jour se lève. Ni l’un ni l’autre n’avaient pu fermer l’œil. Mahmoud s’habille hâtivement et embrasse les enfants, avant de prendre son sac et ses papiers.
“Surtout pas un mot à ma mère ou à la tienne…Du moins pas dans l’immédiat”, recommande-t-il encore une fois à Fettouma.
Il sortit dans la cour, où son père l’attendait. En silence, ils quittèrent la grande maison pour se diriger au café, où ils prirent une dernière tasse ensemble. Si Ahmed les rejoint quelques minutes plus tard.
Ils échangèrent quelques mots et des recommandations. Mahmoud ne cessait de penser à Fettouma et à ses enfants. Il pria Si Ahmed et son père de prendre soin d’eux. Les deux hommes souriaient. Ils comprenaient la gravité de l’heure et rassurèrent le jeune homme. Ses enfants seront à l’abri dans la grande maison. Et inchallah à son retour, ils auront tellement grandi qu’il ne va pas les reconnaître.
Enfin, Mahmoud embrasse son père et son beau-père et se met à descendre hâtivement les grandes marches d’escalier, sans un seul regard en arrière. Il avait les yeux mouillés, mais le cœur gonflé de fierté.
Un “frère” l’attendait au bas de la ruelle. Sans un mot, il le prend par les épaules et ils disparurent tous les deux dans les dédales de la Casbah.
Quelques mois passent. Lla Kheira et Lla Z’hor avaient fini par se rendre à l’évidence. Les hommes leur avaient caché la réalité sur Mahmoud, mais elles n’étaient pas dupes. Un voyage d’affaires ne durait pas autant de temps. Agacé par les questions de sa femme, Si Tayeb avait fini par cracher le morceau : oui… Son fils est au maquis comme tous les jeunes hommes de la “houma”, et elle devrait plutôt en être fière.

Lla Kheira est sidérée. Elle s’était mise à trembler de tout son corps, puis avait pleuré comme une éponge des jours durant. Elle accusa Fettouma et Lla Z’hor de lui avoir caché la vérité. Fettouma ne lui répondit même pas, aussi préoccupée qu’elle était par le sort de son mari, mais Lla Z’hor jura tout haut qu’elle-même ignorait tout de cette affaire.
Elles versèrent ensemble encore quelques larmes, puis finirent par se résigner à ce sort qui s’est acharné non seulement sur elles, mais sur tout le pays.
Des nouvelles arrivaient du maquis. On citait les noms des combattants tombés au champ d’honneurs. Lla Kheira et Fettouma guettaient la moindre rumeur. Qui était blessé ? Qui était mort ? Qui avait-on arrêté ? Qui avait-on torturé ?  
Parfois elles passaient ensemble des nuits entières, les oreilles aux aguets. Quelqu’un pourrait citer Mahmoud lors d’un interrogatoire, et ils risquaient tous de payer le prix fort. Leur maison sera vite envahie, et les hommes arrêtés et torturés.
Si Ahmed et Si Tayeb ne se quittaient presque plus. Les oreilles collées à la radio, ils tentaient d’avoir le maximum d’informations sur les moudjahidine et les opérations engagées çà et là dans les maquis les plus éloignés.
“Que Dieu soit avec nous et protège nos enfants”, ne cessaient-ils de répéter.


(À  SUIVRE)
Y. H.


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