Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

AUTRES / Récit de Yasmina Hanane

Portrait de famille

46e partie

Résumé : Yasmina annonce à sa voisine que son neveu et son fils allaient venir passer quelques jours au bled. Cette dernière en est heureuse. Un soir, Yasmina remarque que deux jeunes hommes bien habillés remontaient le quartier.

Elle allait refermer la fenêtre, quand l’un des deux jeunes hommes relève la tête et lui adresse un sourire.
Loin d’être intimidée, Yasmina ébauche un sourire de son côté, puis s’éloigne de sa fenêtre sans plus tarder. Son cœur battait la chamade. Elle sentit quelque chose remuer en elle, et le souffle lui manqua. Pour se changer les idées, elle rejoint sa mère qui était affairée dans la cuisine et l’aide à préparer le dîner, puis s’enferme dans sa chambre et se plonge dans la lecture d’un livre. Mais pour une fois, elle ne put se concentrer. Son esprit voguait ailleurs, vers des rivages interdits. Elle repense au jeune homme qui lui avait souri. Comme il était beau et élégant dans son
costume cravate ! Il n’y avait rien à dire. Cet homme avait de la classe, beaucoup de classe.
Délaissant son livre, Yasmina prend un recueil de poésie et se met fébrilement à chercher à travers les vers romantiques quelque chose qui expliquera son propre état d’âme. Elle n’avait jamais connu cette sensation auparavant. Une sensation de bonheur, de douceur, et même de chagrin. C’était un mélange de sentiments qu’elle n’arrivait pas à s’expliquer. Elle se remémore alors ces histoires d’amour qu’elle avait lues et qui avaient marqué leur époque. Elle comprenait maintenant le récit de ces héroïnes qui avaient tout abandonné pour courir derrière l’élu de leur cœur. Elle passe une nuit agitée et rêva du beau jeune homme qui avait fait battre son cœur.
Au petit matin, elle se débarrasse très vite de ses tâches ménagères pour courir chez Malika.
Cette dernière n’arrivait pas à dissimuler son bonheur. Elle raconte à Yasmina que Zouhir et Mouhoub étaient heureux de rentrer pour quelques jours. Zouhir doit rester un peu plus longtemps, pour ne repartir que dans les deux mois qui suivent, puisqu’il doit impérativement accompagner sa sœur à Marseille où l’attendait son mari. Par contre, Mouhoub repartira dans quelques jours, car il travaillait dans une imprimerie et n’avait que quelques semaines de congé.
Qui est Mouhoub et qui est Zouhir ?, se demande la jeune fille.
La question brûlait les lèvres de Yasmina. Elle aurait donné cher pour connaître le nom du beau jeune homme de la veille. Mais comme elle devait plutôt faire montre d’une bonne éducation devant sa voisine, elle n’osa pas formuler sa question.
Mais il était écrit que Yasmina et son jeune amoureux allaient encore se rencontrer.

1919 -MON GRAND-PÈRE
MOUHOUB
Si je dois parler de mon grand-père Mouhoub, je le ferai toujours au passé. Ce grand-père que je n’ai jamais connu était pour nous, ses petits enfants, un exemple de courage et de persévérance. Ma grand-mère n’a cessé au long des années de nous parler de cet homme admirable en tous points, qui, sans crier gare, avait atterri dans sa vie.
Mouhoub était né en 1895 dans un quartier populaire. Son père, charpentier, l’avait inscrit à l’école où, contrairement à ses deux frères qui ne s’intéressaient pas du tout aux études, il escalada les échelons du succès pour décrocher sans trop de mal son certificat d’études. Puis, suivant le conseil de ses enseignants qui l’exhortaient à étudier davantage, Mouhoub refusera l’offre de son père qui voulut l’avoir dans son atelier et lui apprendre le métier de charpentier. Une grande scène s’ensuivra. Mouhoub, voyant que personne ne pouvait comprendre sa soif pour les études, décide de partir vers d’autres horizons.
C’est ainsi que par une belle journée de printemps, il quitte sa ville natale et prend le bateau pour Marseille. Pour se payer le billet du voyage, il avait dû trimer dur tout l’hiver et la moitié du printemps. Mais en fin de compte, il a réussi à amasser la somme nécessaire pour le voyage et un séjour de quelques semaines à Marseille, ne comptant que sur lui-même et sur sa bonne étoile. Le jeune homme était fort, brun, élancé, et avait de l’allure. À son arrivée en France, il se renseigne tout d’abord sur les multiples possibilités d’accéder à un travail à mi-temps, qui lui permettrait en parallèle d’étudier.
La partie ne s’avéra pas facile. Du travail ? Oui il y en avait, mais plutôt à plein temps, et pour un salaire de misère. Deux semaines passèrent, sans que le jeune émigré parvienne à dénicher un boulot. Ses économies fondaient comme neige au soleil. Il dormait dans un hôtel miteux et mangeait à peine à sa faim. À ce rythme, se dit-il, il ne tiendra pas longtemps.
Mais la chance vient toujours à point à ceux qui savent la chercher. Un matin, en feuilletant son journal, il découvre une offre de travail. Un travail à mi-temps dans une librairie. Il n’attendra pas longtemps pour courir vers l’adresse indiquée et se présenta au libraire pour se proposer. Content de se décharger des multiples tâches qu’exigeait sa situation, le libraire, plutôt surpris d’apprendre que le jeune émigré qui se présentait savait lire et écrie, n’hésita pas à l’embaucher. Mouhoub aura pour tâche la distribution et le classement des journaux, le classement des livres selon leur arrivée, et par ordre de lecture, la réception et le tri du courrier, ainsi que la vente des multiples articles de librairie. Le salaire était motivant, en plus le jeune garçon aura toute la liberté et les moyens de s’adonner quotidiennement à sa passion première : la lecture.


(À  SUIVRE)
Y. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER