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Autres / Récit de Yasmina Hanane

L'Algéroise

53e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé : Rachid demande à Fettouma si son père allait revenir. Prise de court, sa mère lui répond que son père travaille et se déplaçait pour l’achat des marchandises. Mais le jeune garçon lui révèle des choses.

Fettouma met son index sur sa bouche
-Chut… Je ne veux pas en entendre plus. Toufik est un idiot, il ne faut pas l’écouter, ni le croire. Et surtout ne révèle jamais ce qu’il t’a dit à qui que ce soit. Je vais en toucher un mot à sa mère.
-Alors c’est donc faux ? Mon père n’est pas parti avec le sien pour faire la guerre ?
-Mais non mon chéri, ton père reviendra un jour, et tu sauras tout.
Rachid ne semblait pas convaincu par la réponse de sa mère. Mais comme il ne voulait pas la contrarier, il se lève et prend son cartable pour se rendre à l’école.
Une année passe. Mahmoud donnait de temps à autre de ses nouvelles par le biais de quelques “passagers” qui connaissaient bien Si Tayeb.
Une autre année est entamée… Un jour, au crépuscule, une infirmière vint retrouver Fettouma pour lui annoncer que son mari était sérieusement blessé et qu’il lui demandait de prendre soin d’elle-même et des enfants.
La jeune femme n’était pas dupe. Elle réprime un violent sanglot, et se met à trembler de tout son corps. Mahmoud était tombé au champ d’honneur… Comme beaucoup des enfants de leur quartier, elle ne le reverra plus jamais. Son cœur palpitait… Son mari était l’un des glorieux martyrs de la révolution. Elle devrait pousser plutôt un long youyou, mais le courage lui manquera… Elle s’effondre sur un banc :
-Mon Dieu, comment vais-je annoncer cette nouvelle aux enfants, et à mes beaux-parents ?
L’infirmière s’assoit auprès d’elle et lui entoure les épaules :
-Mahmoud était un exemple de courage et de bravoure. Je suis certaine que vous êtes tous très fiers de lui dans la famille… Et vous le serez davantage en sachant qu’il est mort les armes à la main et le cœur en paix. Son sacrifice ne sera pas vain, je te le promets… À l’instar des meilleurs enfants de l’Algérie, son sang ira renflouer les crues de la liberté. Et un jour prochain, notre drapeau flottera très haut, sous le ciel de l’indépendance… Alors, ce jour-là, tu sauras que Mahmoud avait assuré l’avenir de ses enfants, et de tout le pays.
Fettouma, qui n’arrivait pas encore à admettre qu’elle ne reverrait plus jamais son mari, semblait dans un état second. Elle pense aux enfants… Comment va-t-elle leur annoncer cette douloureuse nouvelle ? Et ses beaux-parents ? Lla Kheira aurait un choc à coup sûr et Si Tayeb ? Et ses parents ?
Elle essuie ses yeux et dévisage la jeune infirmière. Cette dernière semblait si sereine et si sûre d’elle. Et pourtant, elle partageait tous les jours la vie de ses frères de combat, et elle risquait elle-même sa propre vie, en descendant souvent en ville pour se ravitailler.
Quel courage pour une femme à peine sortie de l’adolescence ! Quel âge pouvait-elle donc avoir ? 18 ans ? 20 ans ?
Submergée par  son chagrin, Fettouma se met à sangloter :
-Mahmoud… Mon Mahmoud si beau et si gentil. Mon Dieu, mon Dieu, est-il vrai que je ne vais plus le revoir?
L’infirmière lui tapote l’épaule :
-Allah yerham echouhada… Ne pleure pas Fettouma, tu devrais plutôt pousser un long youyou comme le font toutes les veuves de chouhada.
La jeune femme tremblait comme une feuille morte. Elle regarde autour d’elle comme pour chercher une issue de secours. La chambre était plongée dans la pénombre du crépuscule, et les enfants étaient encore dehors en train de jouer avec leurs jeunes voisins.
Elle se lève, et se met à marcher de long en large. Devrait-elle attendre le retour de Si Tayeb de la mosquée pour lui apprendre la mort de son fils, et lui laisser le soin de l’annoncer lui-même à Lla Kheira et aux autres ?
Ne sachant plus quoi faire, elle se laisse tomber sur son lit, et  se remet à sangloter de plus belle. Elle est veuve ! Le mot lui reste en travers de la gorge. Mahmoud ne reviendra plus. Ses enfants ne le reverront plus. Pourtant, elle leur avait promis son retour à chaque fois qu’ils demandaient après lui. Et maintenant, que va-t-elle leur dire ? Devrait-elle leur cacher la vérité ? Et jusqu'à quand ?

(À  SUIVRE) Y. H.


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