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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

54e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Tahar poursuivra son récit. Dès son adolescence, il développera un penchant inné vers la caricature, le dessin et la peinture. Il était tellement doué qu’à l’école on avait souvent recours à ses services. Après ses études primaires, il a dû rejoindre la ville.

Il acquiesce.
-C’est ça. Mon père m’avait inscrit dans une pension. Je n’avais donc aucun problème quant à ma prise en charge. Des années durant, je me donnais corps et âme à mes études. Au collège comme au lycée, j’étais cet élève assidu qui se classait parmi les meilleurs. Mes parents, ma famille et mes profs étaient très fiers de moi et me prévoyaient un avenir radieux. Après le bac, je m’inscris à l’université pour suivre des cours de littérature, puis de psychologie. Je ne sais pourquoi, mais même si entre ces deux disciplines il y a un grand écart, je ne pouvais résister à l’envie de connaître le côté sombre de l’humain. Celui qui l’incite à se rechercher davantage. La psychologie m’apprendra d’ailleurs à comprendre certaines réactions des gens qui m’entouraient. Je lisais énormément. Je pouvais passer de Freud à Molière, de Pierre Daco à Montesquieu sans discontinuation. Je pense qu’entre l’écrivain et le psychologue, il y a toujours eu une relation très étroite. Même si on ne s’en rend pas compte, tous les deux sont les esclaves de leurs pensées et tentent de comprendre les diverses réactions humaines pour ensuite les traiter. Le psychologue utilise alors le support confidentiel de son cabinet, et l’écrivain celui de ses textes. C’est là où réside toute la différence.
Je secoue la tête.
-Ce sont tout de même deux mondes bien différents. Un psy est fait pour écouter et...
-Certes, mais l’écrivain aussi écoute avant de parler. Et lorsqu’il aligne ses expressions, on a cette bizarre impression qu’il offre un peu de son âme. Tu ne ressens pas ça, toi, lorsque tu écris tes récits ?
-Si, mais je me demande aussi si tous ceux qui apprivoisent la plume ressentent cette impression.
Il soupire.
-Mais c’est ce que je suis en train de t’expliquer, pardi ! Je suis un peu comme ce philosophe transi, qui tente de trouver certaines réponses à des questions qui demeurent jusqu'à nos jours une énigme pour l’humain. C’est ce que j’appellerai le monde abstrait.
-J’ai déjà relevé ce trait dans tes peintures. Toi aussi, tu tentes de donner un peu de cette énergie qui est en toi.
-Oui, c’est ça ! Tu l’as bien compris. Il soupire encore.
-Je trouve effroyable que, de nos jours, les artistes font de leur art un moyen de subvenir à leurs besoins, alors que l’art n’est pas du tout compatible avec le commerce.
-Ce sont les méandres de l’existence. Chacun gagne sa pitance comme il le peut.
-Oui, je le conçois. Je t’avoue qu’à mes débuts, je ne voulais pas de ce moyen de subsistance. J’étais plutôt réticent. Mais avec le temps, je me suis mis à l’évidence. Même si l’art ne fait pas toujours vivre, nous nous voyons parfois contraints de nous séparer d’une œuvre, sortie de nos tripes, afin d’arrondir nos fins de mois.
-Et dire que les grands artistes sont morts dans la misère la plus totale, alors que leurs œuvres aujourd’hui valent des fortunes.
-C’est l’impact du temps sur la créativité. Toutes les choses du passé deviennent rares et recherchées. Nous essayons de trouver en elles les traces indélébiles d’une époque révolue. Nostalgiques, nous aimons fouiner dans les dédales du temps pour satisfaire cette envie de sentir la présence des anciens parmi nous. Même si cela ne nous mène à rien, nous ressentons ce besoin d’imaginer le premier coup de pinceau que ces artistes ont donné sur leurs toiles. Les couleurs s’harmonisent souvent avec le thème et donnent naissance au mystère de la pensée. Quelles étaient celles qui avaient traversé Rimbaud, Monet, ​Michel-Ange et Léonard de Vinci, lorsqu’ils ont commencé à peindre leurs toiles les plus célèbres ? Les suppositions ne manquent pas bien sûr, mais l’énigme en elle-même reprend toujours le relais. Et cela durera jusqu'à la fin des temps.

(À suivre) Y. H.


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