Autres / Récit de Yasmina Hanane

Si ma vie m’était contée

58e partie

Résumé : Yamina reçoit la visite de Yacine. Ce dernier semblait surpris d’apprendre que c’était son mari qui tenait la caisse la veille. Il n’hésite point à lui lancer qu’elle était trop belle pour être l’épouse d’un type aussi vieux. Yamina le rabroue.

 

Il se tait, puis reprend d’une petite voix.
-Non. Vous avez raison. Seulement...
Il baisse les yeux et se met à triturer un des boutons de sa veste avant de poursuivre :
-Je suis désolé, Madame Yamina. Je suis vraiment désolé et confus. Je ne sais pas ce qui me prend. Je n’avais pas l’intention de m’immiscer dans votre vie privée. Croyez-moi, ces questions sont venues comme ça, et puis, j’avoue que j’étais vraiment surpris devant votre révélation. N’importe qui à ma place aurait d’ailleurs pensé la même chose.
Elle prend une lente inspiration et porte une main à sa poitrine, comme pour calmer les battements désordonnés de son cœur.
À ce moment, une cliente s’approche pour payer un gilet qu’elle venait de choisir dans la nouvelle collection. Yamina s’empresse d’empaqueter le vêtement et encaisse l’argent, avant de souhaiter à la dame un bon après-midi. Cette dernière visiblement satisfaite de son acquisition se dirige vers la sortie en faisant un signe de sa main.
Le jeune homme la suit des yeux, puis lance :
-On voit que vous êtes quelqu’un qui ne perd pas son temps. Vous menez vos affaires d’une main de maître. Il a vraiment de la chance votre... mari.
Excédée par tant d’arrogance, la jeune femme ne se retient plus.
-Écoutez monsieur, si vous êtes là pour faire des emplettes, allez-y. Sinon, je crois que je vais devoir vous prier de quitter les lieux.
Ne s’attendant sûrement pas à une telle réplique, l’homme demeure stupéfait. Son visage prend une couleur pourpre. Il se reprend cependant pour lancer :
-Je vais partir, madame. Encore une fois, je vous remercie pour votre gentillesse et votre amabilité.
La jeune femme n’aura pas le temps de réagir qu’il était déjà sorti. S’en voulant d’avoir été aussi agressive, elle demeure sans voix, puis reprend ses esprits pour s’occuper des clientes qui l’attendaient.
Hormis ce petit incident, le reste de la journée passe sans encombre. Yamina se rappelle qu’elle devait rentrer tôt et ferme boutique à peine la dernière cliente partie.
Elle fait rapidement quelques courses et prend le chemin de la maison.
À son arrivée, elle constate que l’invité du jour était déjà là.
Slimane devisait avec lui au salon, et elle n’eut que le temps d’aller le saluer avant de s’enfermer dans la cuisine.
Slimane referme la porte du salon, et revient vers son ami.
-Tu vois, Ramdane. Quand je la vois si dynamique, si jeune et si belle, j’ai l’impression d’être encore plus vieux que je ne le parais.
-Voyons, Slimane. Cette femme a accepté de son plein gré de t’épouser. Personne ne l’y avait forcée.
-Je sais, mais je pense qu’au fond elle regrette un peu ce mariage.
-Pourquoi le penses-tu ?
-Parce qu’elle ne m’aime pas. Je sais qu’elle ne m’aime pas, et elle ne pourra jamais m’aimer.
-L’amour ne se commande pas, mon vieux. Il vient avec le temps.
-Je sais, mais cela fait déjà deux années depuis que nous sommes
ensemble.
-Que lui reproches-tu donc ? Elle me semble correcte dans son comportement envers toi.
-Très correcte même. Néanmoins, je ressens souvent son amertume. Yamina voulait fuir sa famille, ses frères en particulier, qui lui menaient la vie dure.
-Et toi, que voulais-tu fuir ?
Sans hésiter, Slimane réplique :
-Ma solitude. Ma solitude.


(À suivre)
Y. H.