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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le vent de l’été

5e partie

Résumé : Nacéra relate à sa sœur que son père l’avait retirée du lycée, car sa mère était souffrante. Étant l’aînée de la famille, elle avait dû passer sous le joug. Plus tard, un homme était venu demander sa main pour son fils.

 

Elle poursuit :
- Je sentais alors la révolte gronder en moi. Non ! C’en était trop ! D’abord on m’avait retirée de l’école pour faire la boniche, ensuite on voulait me “vendre” au premier venu sans même savoir à qui on avait affaire.
Père finira par battre en retraite devant mon entêtement. Mais maman refusera d’entendre raison. Pour elle, je venais de rater une bonne occasion. Qui y a-t-il donc de mieux pour une fille que son foyer, son mari et ses enfants ?, ne cessait-elle de me répéter.
Des jours durant, je me suis enfermée dans ma chambre. Je ne voulais ni sortir ni manger, encore moins parler de mariage. Des camarades de classe vinrent m’annoncer que mes enseignants me demandaient de reprendre les cours. J’en fus heureuse. C’était la solution la plus logique pour moi. Mes études… Je voulais tant retrouver mes classes, mes livres et préparer mon bac dans les normes.
Mais voyant là un moyen de démontrer son autorité, ma mère s’y opposa. C’était fini. Je devrais à tout jamais oublier l’école et mes professeurs. Ma place désormais était à la maison auprès d’elle. Sinon auprès de mon futur mari.
J’avais beau supplier. Il n’y avait rien à faire. Mon père repartit en France pour reprendre son travail, et je me retrouvais avec maman qui ne cessait de me reprocher mon refus de me marier.
Je devins alors le bouc émissaire de ses colères et de ses mauvais moments. Toi, tu étais encore dans tes couches. Alors pour oublier un peu mon triste destin, je décidais de m’occuper de ton éducation. Et bien sûr, personne ne trouvera à redire, d’autant plus que cela arrangeait maman qui se plaignait de sa santé à tout bout de champ.
Les années passent. Une fois qu’on t’avait scolarisée, je pus respirer un peu. En dehors des travaux ménagers, je m’inscrivis à des cours de couture. De formation en apprentissage, et de stage pratique en perfectionnement, je devins une grande modéliste et une couturière recherchée. Je veillais des nuits entières pour dessiner des modèles et innover dans la confection. Mes clientes se comptaient par dizaines. Dans le premier atelier où j’ai commencé à travailler à mes débuts, j’étais le bel exemple qu’on exhibait. Jamais de retard, jamais d’absence, je donnais libre cours à mon imagination pour faire dans l’exclusivité, ce qui enchantait mes abonnées.
Cette réussite était le seul point lumineux qui brillait dans l’obscurité profonde de ma triste nuit. Puis vint le jour où j’en ai eu marre de travailler pour les autres.
Père m’achète les premières machines et une table pour la coupe des tissus. Il avait ressenti le poids de son erreur dans le passé et tentait de racheter ma compréhension et mon estime en m’aidant à lancer un petit atelier à la maison.
Je ne chômais pas d’ailleurs. Bien vite, je pus lancer ma propre affaire. Je louais un grand hangar que je transformais en atelier de couture, et m’achetais d’autres machines. Je me mets aussi à former d’autres couturières. La plupart d’entre elles acceptèrent de travailler avec moi à la fin de leur formation. Ce qui m’arrangeait, car je n’arrivais plus à faire face à mes clientes qui, à la longue, devenaient de plus en plus nombreuses. Des commerçants allèrent jusqu'à me proposer de travailler pour eux, mais je refusais. Je ne pouvais troquer ma passion contre l’argent. Je voulais me prouver aussi à moi-même que je pouvais réussir avec peu de moyens. Ma notoriété grandissait de jour en jour. J’avais désormais une clientèle huppée mais exigeante. Mais je savais répondre aux exigences de toutes ces femmes qui devinrent vite fidèles à mon atelier.
Les années passèrent. Pour moi, il n’y eut aucun changement. J’eus d’autres demandes en mariage, mais aucun prétendant ne réussira à accrocher mon intérêt. J’étais confinée entre mon travail et la maison. Des amies me conseillèrent de sortir, de voyager et de rencontrer d’autres gens. Ce n’est que de cette manière que je pourrais tomber sur un bon parti, ne cessèrent-elles de me ressasser. Hélas ! Malgré ma bonne volonté, je ne pouvais me soustraire à l’autorité familiale. Maman, qui ne m’avait jamais pardonné d’avoir refusé mon premier prétendant, ne voyait pas d’un bon œil ces escapades dont je lui parlais. Je voulais changer de vie. Prendre un bon départ et tracer mon avenir.
À cette époque… plutôt demander d’habiter sur la Lune. Je ne pouvais sortir, ne serait-ce qu’en ville, sans une autorisation, alors de là à penser à voyager et à faire connaissance avec des inconnus, c’était inadmissible, voire inconcevable.


(À suivre)
Y. H.


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