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AUTRES / Récit de Yasmina Hanane

Portrait de famille

69e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Malek, l’aîné de Yasmina, voulait travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Sa mère s’élève contre cette proposition et lui intime l’ordre de penser plutôt à ses études. Par contre, Farid rêvait toujours de devenir marin.

Elle l’attire vers elle et se met à lui caresser les cheveux.
-Je te comprends parfaitement, mon fils. Un jour tu seras marin. Un grand marin même, et je serai très fière de toi. Mais pour le moment, pense d’abord à tes études. Quand tu auras décroché tes diplômes, je te promets de respecter ton choix. Mais comme tu es encore très jeune, peut-être que d’ici quelques années, tu changeras d’avis.
-Non, jamais !, l’interrompt Farid. J’aime la mer, j’aime les bateaux, et mon vœu le plus cher est de prendre le large pour découvrir ces contrées lointaines dont ne cessent de parler les marins.
Yasmina serre son fils contre elle.
-Mon chéri, tu feras ce qui te plaira, mais une fois tes études terminées, compris ?
Le ton ferme de Yasmina n’invitait pas à l’insistance. Farid baisse la tête et acquiesce.
Il savait que sa mère avait raison, et il savait aussi au fond de lui qu’un jour il deviendra marin comme il l’avait toujours souhaité.

1934 – 1944 – La lutte
Yasmina se rétablissait. Elle avait repris assez de forces pour affronter la vie. Razika venait souvent lui proposer son aide et tenter de lui faire accepter la proposition de Mohamed qui voulait s’occuper lui-même de ses petits-enfants. Mais la jeune femme refuse encore une fois d’en entendre parler. Mouhoub lui avait décerné cette mission. C’est à elle désormais que revenait la tâche d’élever ses enfants. Elle ne voulait compter ni sur ses parents ni sur ses frères.
Sa sœur aînée Zahra avait tenté de l’en dissuader. Elle avoua à Yasmina qu’étant elle-même veuve depuis plusieurs années, elle n’aurait rien pu faire sans l’aide de ses parents, alors même que ses enfants étaient déjà adultes au décès de leur père. Mais rien n’y fit.
Plus déterminée que jamais, Yasmina avait accepté de faire quelques travaux de couture pour des maîtresses d’école qu’elle avait connues dans sa jeunesse. Cela ne s’annonçait pas de tout repos, mais que faire de mieux en ces temps de vaches maigres, et à une époque où les femmes ne devaient même pas franchir le seuil de leur maison sans se faire accompagner par un homme. C’est ainsi que des années durant, Yasmina subviendra aux besoins de sa famille.
Dix ans passent. La Guerre mondiale n’avait épargné personne. Des hommes ont été enrôlés de force dans les rangs de l’armée et avaient constitué une chair à canon sur des champs de bataille très éloignés.
Yasmina avait tremblé à l’idée qu’on allait enrôler ses deux aînés. Mais on les avait épargnés étant donné qu’ils s’étaient constitués comme soutien de famille. Malek, qui aspirait à devenir ingénieur en électricité, travaillait chez un particulier tout en prenant des cours du soir dans une école spécialisée. Il payait lui-même ses études et aidait sa mère de son mieux.
Farid, dont l’orientation n’était plus à deviner, naviguait dans la marine marchande. Il sillonnait ces contrées lointaines dont il avait rêvé, et envoyait de très belles cartes postales à sa mère et à ses frères.
Grâce à la contribution financière de ses deux aînés, Yasmina pouvait enfin souffler. Elle s’occupait désormais de ses deux derniers sans trop de peine.
Mohamed avait douze ans, et le benjamin dix ans. Très attachés à leur maman, ils l’écoutaient souvent leur parler de ce père qu’ils n’avaient pas connu et de cet appartement à Marseille où elle avait vécu si heureuse, et où étaient nés leurs frères aînés. Malgré les années, Yasmina ne pouvait s’empêcher de verser des larmes de chagrin, à l’évocation de ses enfants morts et de Mouhoub qu’elle n’avait jamais pu oublier.
Mohamed, qui était très sensible, tentait de consoler sa mère, en lui promettant de l’accompagner à Marseille dès qu’il sera assez grand. Ils iront ensemble visiter cette ville et revoir cet appartement dont elle avait toujours la clef.
Mouhoub, le benjamin, avait hérité de ses parents cette indescriptible passion pour les études et la lecture. Il passait de longues heures à lire, et ne cessait de harceler sa mère pour l’acquisition d’un nouvel ouvrage. Heureusement que ses aînés lui remettaient de temps à autre un peu d’argent de poche qu’il s’empressait d’aller dépenser dans les librairies. Yasmina repensait alors, et non sans nostalgie, à la belle bibliothèque de son mari, dans laquelle cet enfant aurait pu puiser un inestimable savoir.
Malek obtint enfin son diplôme d’ingénieur en électricité, à la grande fierté de sa mère qui le prendra dans ses bras pour le serrer longuement contre elle, sans cesser de caresser ce bout de papier prometteur, qui lui ouvrait les grandes portes de l’avenir.
Elle remercia Dieu de lui avoir permis de vivre assez longtemps pour atteindre ce grand jour dans sa vie, et repensa à son défunt mari, qui aurait été fier de son fils aîné. Pour la première fois depuis son deuil, elle versera des larmes de joie

(À  SUIVRE) Y. H.


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