A la une / Récit de Yasmina Hanane

L'Algéroise

74e partie

Dessin/ALi Kebir

Résumé : Si Abdelkader est heureux de constater que la famille de Rachid ne lui était pas inconnue. Il avait eu à rencontrer son grand-père Tayeb et son père Mahmoud. Il avait même retrouvé ce dernier au maquis. L’assemblée est émue par ses déclarations. Et la mère de Nadjette exprime sa joie.

Elle pousse un long youyou comme pour chasser la tristesse qui avait plané un moment sur l’assemblée.
Fettouma repasse pour la énième fois son mouchoir sur son front et se remet à s’éventer. Ses pensées convergent vers les anciens temps. Elle se rappelle les conseils que sa mère lui prodiguait la veille de son mariage et de son jeune mari Mahmoud qui portait la tenue de mariage de son propre père. Elle sourit et lance :
-Nous sommes très honorés nous aussi d’être liés à une famille aussi noble que la vôtre. Et mon fils Rachid retrouvera un peu de ce père qu’il n’a pas assez connu auprès de vous, Si Abdelkader.
Tout l’honneur est pour moi, ma bonne dame.
Il regarde sa fille, qui, émue, avait gardé les yeux baissés :
-Alors Nadjette, tu as perdu ta langue ma fille ?
-Hein ? Non, je suis juste un peu… un peu...
-Oui. Je comprends….Tu es émue. Nous le sommes tous d’ailleurs. Mais dans ton cas, c’est tout à fait normal. C’est un grand jour dans ta vie.
La jeune fille ébauche un sourire timide et lance un regard suppliant à Rachid. Ce dernier se racle la gorge puis lance :
-Nous n’avons plus maintenant qu’à fixer la date des fiançailles et du mariage.
Sa mère lui jette un regard désapprobateur :
-Tu es incorrigible Rachid. Il ne sied pas à un futur marié d’être aussi impatient.
Si Abdelkader l’interrompt en levant la main :
-Ce n’est rien, Rachid a raison. Pourquoi attendre ? Nous savons tous que le temps nous file entre les doigts. Hier encore, nous étions des gamins et aujourd’hui, nous sommes presque à la fin de notre chemin dans ce monde. Laissons ces jeunes profiter des jours ensoleillés des plus belles années de leur existence.
Il regarde sa fille et lui demande :
-Je ne sais pas si tu es de mon avis ma fille ?
La jeune fille rougit encore, puis relève la tête et tente de répondre sans trembler :
-Tout ce que tu décides pour moi, père, est toujours le meilleur.
Si Abdelkader sourit et se retourne vers Fettouma :
-Et vous, chère amie, qu’en pensez-vous ?
Fettouma rit :
-Je crois que nous sommes les dindons de la farce. (Elle rit encore). Ces jeunes ont déjà planifié leur avenir bien avant de nous consulter. L’époque a bien changé. De mon temps, c’était les parents qui décidaient pour leurs enfants.
Si Abdelkader hoche la tête :
-Oui, mais franchement, parfois, ils créaient aussi de ces conflits ! Combien de familles n’avaient-elles été détruites par ces mariages arrangés ou d’intérêt ? Le monde évolue. Il est grand temps pour nous aussi de suivre cette évolution. Quel mal y a-t-il que deux jeunes se connaissent avant leur mariage ?
-Il n’y a aucun mal bien sûr, moi aussi j’ai connu mon mari avant que nous soyons unis.

(À  SUIVRE) Y. H.