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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le poissonnier

85e partie

Résumé : Mehdi ne dormit que quelques heures. À l’aube, il se lève et se prépare un café. Il médite un moment sur son sort. Sa femme lui menait la vie dure. Il aurait voulu faire des études et tomber sur une femme comme Farida.

 

Il soupire et reprend une gorgée de café.
Dalila lui menait la vie dure. Elle ne tentait ni de le comprendre ni de l’épauler. Ce qui comptait pour elle, c’était ses commérages entre voisines et ses désirs farfelus. Comme toutes les femmes au foyer, elle pensait que l’argent coulait à flots et qu’il devait lui en remettre à chaque fois qu’elle lui en demandait. Elle ne savait pas qu’il trimait très dur pour le gagner, et se levait aux aurores pour faire ses livraisons, qu’il pleuve ou qu’il vente. Il avait beau essayer de la raisonner, de lui démontrer qu’il était aussi déçu qu’elle par la vie, du fait qu’ils n’avaient pas d’enfants.
Hélas ! Rien ne pouvait venir à bout de toutes ses réticences à assimiler ces choses que le destin s’amusait à brandir dans leur quotidien. Elle était sa cousine, et il ne voudrait en aucun cas lui faire du mal. D’ailleurs, il ne voulait ni la faire souffrir ni la malmener, et le divorce était loin de ses idées. Mais Dalila appréhendait cette issue. Il l’avait amplement compris à ses questions sur ses relations et sur ses clients habituels. Pour elle, toutes les femmes qui l’approcheraient étaient forcément des candidates à un remariage imminent.
La voix du muezzin s’élève pour appeler à la prière de l’aube, et le tire de ses méditations. Il écrase sa cigarette et se lève pour déposer sa tasse dans l’évier. Une autre longue journée l’attendait. Il endosse son blouson et quitte les lieux.
Farida prend quelques dossiers et se dirige vers la salle de réunion. On était au milieu de la semaine, et comme chaque mardi elle devait assister au conseil de direction. Cela faisait aussi trois jours qu’elle n’avait pas de véhicule, et elle en ressentait un grand vide. Elle était habituée à être autonome dans ses déplacements, et son humeur s’en trouvait affectée. Merouane lui avait proposé de faire le chauffeur, mais elle avait refusé. Il y avait des journées où elle terminait assez tard, et elle ne voulait pas trop l’encombrer. Un peu offusqué, il lui avait répondu que si c’était le poissonnier qui s’était proposé, elle aurait sûrement accepté. Mais la jeune femme, lassée par ses sous-entendus, n’avait pas voulu s’attarder sur le sujet. Elle se sentit au-dessus de toutes ces considérations et s’étonnait des récentes réactions de son fiancé à son sujet. Jamais auparavant il n’avait montré cette facette cachée de son caractère. Bien au contraire, Merouane était un homme très sensé, qui savait ce qu’il voulait et comment l’obtenir sans trop de mal. Pourtant, ses projets avaient viré au fiasco. C’était peut-être cet échec qui l’avait rendu aussi rustre.
Elle pousse la porte de la salle de réunion et constate que la plupart de cadres supérieurs étaient déjà là. Elle tire une chaise et s’assoit avant d’ouvrir un dossier. L’entreprise comptait investir dans un créneau assez lucratif, et c’était justement l’objet du jour.
Le directeur prend la parole et entame sans détour le sujet. Ensuite il donne la parole à chacun de ses collaborateurs pour le développer. C’était au tour de Farida de dévoiler son opinion, et la jeune femme ne se fera pas prier pour peser le pour et le contre d’un tel investissement. Elle était convaincue de l’aboutissement de ce projet, sans pour autant se montrer trop optimiste. Et pour cause, dans le monde des affaires, les mauvaises surprises étaient légion.
Elle dénombre ensuite les avantages et inconvénients qui peuvent en découler, et termine par une petite allocution à l’encontre de ses collègues pour les exhorter à bien réfléchir avant d’entamer le projet en question.
La nuit était tombée depuis longtemps, lorsque le conseil prend fin. Farida rejoint son bureau pour récupérer ses affaires et demande au chauffeur de la déposer sans plus attendre chez elle.
Une fois arrivée au quartier, elle a dû se rendre à l’évidence. Son véhicule était là. Garé devant son immeuble, et Mehdi l’attendait à l’intérieur. À sa vue, il descend et ébauche un sourire.
-Beau travail, hein ?


(À SUIVRE)
Y. H.


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