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  • Le procès de Kamel Chikhi, dit "El Boucher", est reporté au 19 juin sur demande ses avocats.

A la une / Récit de Yasmina Hanane

L'Algéroise

86e partie

Résumé : Même après de longues années, Nacéra ne cessait de repenser à ses compagnons d’armes, ce qui la rendait souvent mélancolique. Elle avait parlé de Mahmoud aux enfants de ce dernier, et repensait souvent à cet homme qu’elle avait aimé. Elle se promet de tout faire pour transférer son corps, et l’enterrer dignement.

 

Pour cela, elle avait contacté de hautes autorités et des compagnons de ce long parcours de combattant. Tout le monde était d’accord pour récupérer les restes de ces chouhada. On constitua une délégation, qui se chargea de contacter des éclaireurs. Plusieurs corps furent retrouvés et enterrés dignement. Des noms furent gravés à jamais sur des stèles et figurèrent dans les recueils de l’histoire de la Révolution.
Bien sûr, un long travail restait à faire. On ne pouvait identifier tout de suite tout ces “soldats inconnus” tombés au champ d’honneur. Mais de fil en aiguille, on a pu tout de même remonter certaines pistes et retrouver plusieurs traces. Nacéra accompagna un matin Rachid, et quelques anciens combattants à Fort-National. Elle leur montra le chemin qui menait à la lisière de la haute montagne, et leur désigna l’olivier
centenaire qui se dressait fièrement en tendant ses branches comme pour leur souhaiter la bienvenue. La jeune femme s’agenouilla devant un monticule de terre. Elle caressa de sa main la tombe improvisée qui couvait dans ses entrailles son amour perdu. Elle versa quelques larmes et ses accompagnateurs gardèrent un silence sacré. Ils comprenaient parfaitement l’émotion de Nacéra. C’est tout un pan de sa vie qui défilait devant elle.
La jeune femme entendait encore le crépitement des balles et les réacteurs des hélicoptères qui survolaient les lieux ou des avions de chasse qui larguaient des bombes.
Trouvant parfois abri sous un rocher, ou à l’intérieur d’une grotte, elle tentait tant bien que mal, de panser les blessures physiques, sans toutefois pouvoir atténuer ces blessures morales, enfouies à jamais dans les tréfonds de l’âme.
Elle se passe une main sur le visage et ferme ses yeux pour revoir durant quelques secondes, le visage souriant de Mahmoud, et sentir sa main qui serrait la sienne lorsqu’il rendit l’âme. Ah ! Mahmoud… si jeune… si plein de vie…
Rachid met une main sur son épaule :
-Tu es toute tremblante Nacéra, veux-tu un tranquillisant ?  
Elle secoue sa tête et se relève :
-Non…. C’est juste un peu d’émotion.
Elle se redresse en s’appuyant sur sa canne et secoue sa jupe :
-C’est là où on a enterré ton père. Il repose ici depuis 1960 avec deux autres frères.
Rachid sentit sa gorge se nouer. De son père, il ne garde qu’un vague souvenir. Il avait tout juste 7 ans, lorsque ce dernier les avait quittés pour monter au maquis.
-Il vous aimait beaucoup, reprit Nacéra et me parlait souvent de ta mère. C’était un homme, ton père…, un brave homme.      
Ému aux larmes, Rachid garde le silence. Nacéra le contemple. Il lui rappelait tant Mahmoud. Lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première fois chez Fettouma, elle avait cru que c’était son amoureux qui ressuscitait.  
-Maintenant, tu sais ce qui reste à faire Rachid, lance-t-elle enfin dans un souffle.
-Je vais saisir qui de droit pour faire le nécessaire. Mais comment pourrais-je identifier le corps de mon père ? Cela fait presque une vingtaine d’années depuis qu’il est mort.


(À  SUIVRE)
Y. H.


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