Scroll To Top
FLASH
  • Le procès de Kamel Chikhi, dit "El Boucher", est reporté au 19 juin sur demande ses avocats.

A la une / Récit de Yasmina Hanane

L'Algéroise

87e partie

Résumé : Accompagné d’une délégation et de Rachid, Nacéra se rendit à Fort-National, pour retrouver la fosse commune où étaient enterrés Mahmoud et deux autres compagnons d’armes. Émue, elle repense au passé. Rachid se demande comment faire pour identifier le corps de son père.

Nacéra lui prend la main.
-Qu’à cela ne tienne. Même si nous ne retrouverons que des ossements, je sais que parmi ces trois corps, il y a Mahmoud. Je connais aussi bien sûr les noms des deux autres combattants avec lesquels il a été enterré. De ce fait, nous allons tenter de leur donner une sépulture digne d’eux. Peu importe le reste. Que Dieu leur accorde Sa miséricorde et les accueille en Son paradis éternel.
Un des accompagnateurs jugera opportun de préciser :
-Bien entendu, nous allons aussi essayer de retrouver d’autres fosses communes.
-Oui, mais cela prendra du temps. C’est tout un pays qui a perdu ses meilleurs enfants. Je pense que, tôt ou tard, nous saurons redonner à chaque chahid sa place dans l’histoire de cette révolution qui nous a tant coûté.
Comme pour chasser de douloureux souvenirs, Nacéra secoue
la tête.
-Ils étaient pour la plupart jeunes et beaux et animés de cette flamme patriotique que seuls les héros peuvent avoir. Avec Mahmoud sont enterrés Mustapha et le petit Hamid.
-Le petit Hamid ?
-Oui, Rachid, nous avons tenu à ce que chaque frère ait son nom de combat, et pour différencier les uns des autres, nous donnons parfois des petits surnoms. Petit Hamid était très jeune, à peine 16 ans. Nous l’appelons ainsi parce que le grand Hamid était notre chef. Si Hamid Moustache. C’est un homme de cette région, un Kabyle qui est tombé sous les balles ennemies juste avant l’indépendance. Lui au moins a eu la chance d’être enterré auprès des siens, car nous connaissions sa famille et nous n’avons pas hésité à leur remettre son corps.
Nacéra pousse un soupir et
poursuit :
-Allah yerham echouhada. Je ne suis pas près d’oublier les horreurs de cette guerre, et même si un jour je tente de tirer un trait sur ce passé si douloureux, mes cicatrices me le rappelleront à tout instant.
Rachid hoche la tête.
-Nous avons tous connu, même indirectement, les malheurs et les privations. Quand mon père est tombé sous les balles assassines, j’avais 14 ans, Nacer 8 ans, Meriem 6 ans. Nous étions encore des enfants, des orphelins qui, sans la présence de nos grands-parents et de notre mère, n’auraient eu que la rue pour les héberger. Combien d’autres orphelins cette guerre a-t-elle engendrés ? Combien d’enfants de notre génération ont-ils pu survivre sans ressources et sans but ? J’en ai connu des dizaines de cas, la plupart travaillaient comme porteurs ou comme cireurs de chaussures. Ils étaient exploités et traités comme des moins que rien. Rendons grâce à Dieu que ma famille n’ait pas eu à souffrir de cette situation. Mon grand-père Tayeb tenait à ce que nous fassions de bonnes études afin de nous mettre à l’abri du besoin. Pour cela, il avait mis à notre disposition tout ce qu’il possédait. Grâce aux rendements de ses magasins, il nous a permis de grandir sans souffrir de quoi que ce soit, sauf de l’absence de notre père bien sûr. Mais là aussi, il nous a appris à être fiers de lui et nous recommandait souvent de garder la tête haute devant tous ceux qui tentaient de rabaisser ce “prestige” familial. Les héros ne meurent jamais, ne cessait-il de nous répéter. Et c’est aujourd’hui, devant la tombe de mon père, que je comprends davantage ce qu’il voulait insinuer. Non, les héros ne meurent jamais, jamais. Mahmoud, Mustapha, petit Hamid. Vous êtes l’exemple de la bravoure et du courage. Et nous écrirons vos noms avec des lettres d’or sur les pages de l’histoire.


(À  SUIVRE)
Y. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER