Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

97e partie et fin

Résumé : Tahar léguait tous ses biens au jeune couple. Ses œuvres, ses ouvrages, son studio, et les revenus de ses ventes. Comme dernière volonté, il leur demande de prénommer leur prochain enfant Tahar, dans le cas où ce serait un garçon.

Ma peine dura longtemps. Je dépérissais à vue d’œil. Deux mois passent. Le notaire, n’ayant plus reçu de nouvelles de nous, nous convoquera une seconde fois pour la signature des documents de succession et nous lira le testament rédigé et signé à notre intention. Nous apposons nos deux griffes, la mienne et celle de Mustapha, au bas des pages, et il nous remettra les papiers officiels qui faisaient de nous deux les successeurs légaux de Tahar.
Une année plus tard, je mettais au monde mon second enfant. C’était un garçon, que nous prénommons Tahar, sans aucune hésitation.
Mustapha avait tenu à garder le studio, tel que laissé par notre grand ami, voire notre père spirituel, et s’y rendait de temps à autre pour travailler ou peindre. Je n’avais jamais eu le courage jusqu'à ce jour de m’y rendre moi-même. Trop de choses encore me rappelaient ce grand homme qui avait marqué notre vie. Avec le temps, peut-être que je finirais par accepter son absence ? Cependant, chaque fois que je prenais mon bébé dans mes bras, je sentais une présence auprès de moi. J’avais beau me répéter que c’était sûrement un tour de mon imagination, je n’ai jamais pu éloigner de moi cette “réalité”. Mustapha m’avait confié un jour que, parfois, il ressentait la même chose lorsqu’il se trouvait au studio. J’en conclus alors que l’artiste veillait sur nous. Il n’était jamais parti. Il était toujours là, et quelquefois il m’arrivait d’entendre sa voix chaude et grave m’interpeller pour m’orienter dans mes initiatives.
Chaque jour qui passe nous éloigne davantage de notre jeunesse. Je le comprenais beaucoup mieux maintenant que je suis devenue une femme accomplie et une rédactrice en chef respectée. Je partage désormais ma vie entre ma famille, mon travail et mes écrits. Je voulais attendre quelques années avant de rédiger le récit de Tahar.
Voilà déjà dix ans maintenant que ce dernier avait tiré sa révérence. Mais son souvenir demeure toujours vivant. Il était présent à tous les événements, et imposait même sa dictature, car avant d’entamer quoi que ce soit, nous nous posons toujours la question, Mustapha et moi, sur la réaction de notre ami. La réponse ne tardait jamais. Nous ressentons tout de suite cette présence souvent noyée dans les effluves du passé, qui approuve ou désapprouve nos décisions.
Ma fille Rym et mon fils Tahar ne sont pas en reste. Maintenant, ils sont assez grands et assimilent rapidement nos réactions chaque fois que nous abordons son sujet. Ma fille est très intelligente. Elle aime la lecture et les arts sous toutes leurs formes. Son portrait qui trône toujours au salon la pousse parfois à rester de longues heures à le contempler et à méditer, avant de prendre sa plume pour écrire un récit, alors que mon fils manipule déjà merveilleusement les pinceaux pour peindre des paysages comme aucun enfant de son âge.
J’eus enfin le courage d’écrire ce récit. Avant de le publier, je l’ai relu plusieurs fois. Et chaque fois, j’avais l’impression d’avoir oublié quelque chose. Cependant, une voix douce me susurra de le remettre à la publication sans plus attendre. Ce que je fis aujourd’hui même. Et tout à fait en bas de la dernière page, je rajoute cette mention : “Adieu l’artiste, nous ne t’oublierons jamais !”


(fin)
Y. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER