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A la une / Récit de Yasmina Hanane

87e partie

Les racines de l’amour

© Dessin/Ali Kebir

Résumé : Mohand continue son récit et repasse par toutes les phases. Le mariage de Ghenima avec Aïssa n’était pas une chose simple. Da Kaci a pris trop à la légère une proposition qu’il pensait être une plaisanterie. Mais Aïssa est un homme coriace, qui savait arriver à ses fins. Mohand avoue que, ce jour-là, il avait pleuré de rage. 


Mohand s’écrie, rageur : 
- J’aurais préféré être dans une arène. J’aurais préféré un combat loyal, comme dans les anciens temps. Un duel qui aurait permis à l’un de mourir et à l’autre de 
gagner. 
- Non, Mohand. Nous ne sommes pas des sauvages. Nous sommes bien plus civilisés que ces gens d’une autre époque.
- Penses-tu !, s’écrie Mohand. Penses-tu que nous sommes civilisés ? Nous sommes des sauvages. Des bêtes. Des animaux. Tu prends un homme comme Aïssa pour un type civilisé ? Il n’a ni savoir-vivre, ni sagesse, ni personnalité. Pour lui, tout peut s’acheter avec quelques pièces. Même une fille à peine pubère.
Belkacem hoche la tête d’un air 
désolé. 
- Tu as entièrement raison, mon frère. Mais continue donc ton récit. Je ne sais pas encore comment Ghenima s’est retrouvée chez toi une seconde fois.
- Oui. Ghenima est venue me retrouver le lendemain. C'est-à-dire le jour de son mariage religieux avec Aïssa. Je lui avais promis auparavant de la protéger, et même de quitter le village avec elle si les choses ne s’arrangeaient pas. Elle m’avait pris au mot et avait quitté la maison pour me rejoindre. Mais c’était ce même jour aussi où j’ai provoqué Aïssa, et ce dernier m’avait envoyé ses hommes pour me donner une tannée. J’étais dans un état si piteux que lorsqu’on m’avait ramené au milieu de la nuit, je pouvais à peine tenir sur mes pieds. Ghenima s’était cachée derrière un buisson et m’attendait. Elle avait dû penser que je l’avais trahie. Que je n’avais pas tenu ma promesse. Mais lorsque mes amis étaient repartis, elle n’avait pas hésité à se glisser à l’intérieur de cette grange pour me soigner. J’ai tenté par tous les moyens de lui faire entendre raison, mais elle ne voulait rien savoir. Je voulais qu’elle retourne à la maison. Qu’elle accepte son destin. Mais elle refusait. Elle avait même pris mes conseils pour un mépris à son égard, alors que mon cœur saignait pour elle. 
Au petit matin, quand on est venu m’annoncer le décès de ma pauvre mère, il n’y avait nulle trace de Ghenima. Elle était partie. Où ? Je ne pouvais le savoir. Le décès de ma mère ne pouvait occuper mon esprit autant que la hantise d’apprendre que Ghenima s’était suicidée, ou s’était fait dévorer par des animaux sauvages. 
Belkacem écoutait et imaginait la scène. Il ressentait jusqu'au fond de lui-même le désarroi de son ami.
- Ensuite ?
- Eh bien, tu ne vas pas le croire. J’étais si mal au point qu’en fin de journée mon oncle Saïd m’avait forcé à aller me reposer dans la remise. À l’arrivée de mon frère Amar et de mon père, je me suis levé pour les accueillir, puis nous nous sommes retirés moi et Amar pour discuter. J’élaborais même un plan. Je ne pouvais rester au village, en sachant que Ghenima deviendra l’épouse de Aïssa. Je me promettais intérieurement de revoir toute cette histoire une fois que ma pauvre mère serait enterrée. Je me disais qu’en fin de compte, Ghenima était peut-être rentrée à la maison. Personne n’avait fait référence à elle, ni à sa fugue. Le secret était bien gardé, alors que tu étais parti à sa 
recherche.
- Oui. J’ai bravé mille et un dangers, alors qu’elle était là sous mon nez.
Mohand sourit. 
- Non, pas sous ton nez. Mais sous le mien. 
Il rit ironiquement.
- Ah Belkacem ! Que la vie est compliquée parfois. Dire que je faisais des projets pour cet été.
- Mais pourquoi ne t’es-tu pas prononcé plus tôt ? 
- Je ne pouvais pas faire ma demande sans mettre ma famille au courant. Le mariage est une affaire d’hommes, et tu sais bien que mon frère et mon père étaient en France. Je leur avais fait savoir par des connaissances qu’ils devraient penser à rentrer. Amar m’avait alors promis de venir vers la fin du printemps. Mais j’ai appris hier que mon père avait été bien malade. On l’avait hospitalisé. D’ailleurs c’est pour cette raison qu’il n’était pas venu l’été dernier, comme il le faisait chaque année. Amar n’avait pas voulu nous alarmer et avait préféré prendre tout en charge lui-même. Je t’avoue que si mon père était mort, je ne lui aurais jamais pardonné.
- Tu m’en apprends des choses ! Entre-temps, tu étais en relation avec Ghenima. 


(À SUIVRE)
Y. H.

 y_hananedz@yahoo.fr
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