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A la une / Reportage

La capitale n’a pas vécu une grande mobilisation électorale

Alger : abstention, bourrage des urnes et incidents

Peu d’engouement devant les urnes. © Yahia / Liberté

La capitale, comme toujours, n’a pas connu, jeudi, une ferveur électorale particulière. Cependant, elle a eu son lot d’incidents, de tensions multiples et sa part de ce péché mignon politique : le bourrage des urnes.

Alger, jeudi 23 novembre. Il est 8 heures.  Le centre de vote Ibn Rochd à Draria ouvre grandes ses portes aux électeurs pour désigner leurs futurs élus aux Assemblées populaires communales (APC) et aux Assemblées populaires de wilaya (APW). Les premiers votants, les habitués, arrivent. Il n’y avait pas des masses. C’est connu, les Algérois ne votent pas tôt, ne votent pas massivement, plus globalement.
Il faudra attendre 14h, voire 15h, pour que l’ambiance électorale s’installe. À l’intérieur, le chef du centre, Yacine Slimani, veille au grain. Ce n’est pas la première fois qu’il y officie en tant que tel. Jouissant d’une connaissance parfaite de la loi électorale, ce responsable semble gérer la situation. À 9h, l’affluence se fait ressentir davantage. “Tout ce passe normalement. Nous avons 4 267 inscrits répartis sur 10 bureaux que contrôlent 80 encadreurs. Les observateurs des partis sont là pour superviser le scrutin jusqu’au à la fin de l’opération de dépouillement”, nous dira notre interlocuteur. Hadj Mohamed, un sexagénaire, sort de l’isoloir. Fier d’accomplir son devoir électoral, il témoigne avoir pris part à toutes les élections depuis son jeune âge. “On prie pour que les élus ne trahissent pas nos espoirs. Je sais qu’ils ne tiendront pas leurs promesses, mais j’estime qu’ils peuvent, au moins, être à l’écoute des citoyens.” Ce n’est pas le cas de S. Zoubir qui, malgré son âge (82 ans), ne se fait pas d’illusions. “Écoutez mon fils, nous attendons le bout du tunnel depuis 1962. Dieu m’en soit témoin, je n’ai jamais raté un rendez-vous électoral. Mes enfants le font aussi, espérant qu’ils auront, un jour, un toit décent”. D’un humour rare, il dira encore : “Avant de devenir maire, il te dira qu’il était là. Une fois élu, il ferme la porte et ne reçoit personne. Il ne prend même pas un café sur une terrasse pour éviter ses électeurs”. Dehors, un dispositif de sécurité est déployé par la police. Supervisé par le chef de la sûreté de daïra de Draria, Ramdane Louni, ce jalonnement veille au grain pour parer à toute tentative malveillante devant les centres de vote et leurs alentours. Direction Aïn Malha, à Aïn Naâdja. Sur l’autoroute de Ben Aknoun, des véhicules sont “habillés” avec des portraits des candidats du parti du Front de libération nationale (FLN). Klaxons et slaloms, ils semblent fêter déjà la victoire, alors que la trêve électorale interdisait toute manifestation similaire à une campagne trois jours avant le 23 novembre. Un embouteillage monstre est formé à devant le marché de Aïn Naâdja, peu avant 10 h.  

Fichier électoral tronqué à Aïn Malha
Pour une journée ensoleillée, chômée, les habitants faisaient leurs courses hebdomadaires. On a l’impression qu’ils n’étaient pas du tout concernés par les élections. Après un passage sur ces routes complètement défoncées, ajoutées à un paysage lugubre, on arrive, enfin, au centre de vote, sis à la nouvelle école de Aïn Malha. Devant le portail, des jeunes excités nous importunent : “Vous êtes de quel parti politique ?” Pour une question, c’en est une ! “Désolés, on ne savait pas que vous étiez de la presse. Ici, on guette toute personne qui influerait les votants dans leur choix !” Présidé par une dame, ce centre ne détient aucun chiffre sur le nombre d’inscrits qui doivent se rendre dans les six bureaux de vote déployés. Ainsi, il y avait plus de citoyens devant le bureau d’orientation que devant les isoloirs. Le fichier électoral fait des siennes et le temps a fini par donner raison au ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, qui disait que son département n’en avait pas le chiffre exact. La messe est dite. Aïn Malha, un semblant de boulevard de tours à perte de vue, accueille de gigantesques cités AADL. Dans cette anarchie architecturale indescriptible, des centaines de nouveaux habitants n’ont pas trouvé leurs noms sur le fichier électoral. Une nonagénaire, qui a toujours voté dans cette localité, est orientée vers l’APC pour régulariser sa situation. Scotchée au téléphone, la dame qui l’avait accompagnée sort de ses gonds. “Pourquoi vous lui faites ça ? C’est une moudjahida qui mérite respect et considération !”, crie-t-elle au téléphone. Dehors, des jeunes, visiblement zélés, tentent de convaincre ce nouveau “réservoir” électoral pour voter au profit des candidats du FLN. Des rabatteurs sont même prêts à graisser la patte pour glaner des voix. Il est 11h, nous sommes au boulevard principal de Bir Mourad Raïs. Une permanence électorale du FLN est ouverte. Tableaux dédiés aux affiches des candidats sur le trottoir, les zélés de l’ex-parti unique défient les lois de la République.

Tensions à Bab El-Oued
11h 30mn. Virée au mythique quartier populaire de Bab El-Oued. Ici, un impressionnant dispositif de sécurité saute aux yeux. Même la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) est sur le terrain pour sécuriser cette localité très animée en ce jour d’élections. Connu pour être le “pourvoyeur” du futur élu par ses 6 200 inscrits sur le fichier électoral, le centre Saïd-Touati, situé à Bazetta, recèle tous les ingrédients explosifs qui pourraient faire dégénérer la situation. Ici, les hostilités sont ouvertes entre les représentants des partis politiques.À chacun sa manière de faire, y compris la triche ostentatoire. Ils guettent les votants devant le portail et dans les couloirs de ce centre. Le climat est électrique. Le chef du centre, Mourad Sayah, directeur d’un des plus prestigieux établissements scolaires d’Alger, a été appelé, la veille des élections, pour gérer la situation, sachant que les responsables désignés avant lui ont fait l’objet d’un refus de la part des candidats et des partis. Cet homme appelé à la rescousse subira, tout le long de la journée, les affres des guéguerres qui se déroulent dans les 15 bureaux de vote où certains représentants de partis politiques tentent de frauder, en soufflant à l’oreille des votants le numéro à glisser dans l’urne. La situation a failli tourner au vinaigre au bureau n° 7, situé au 1er étage, quand une votante allait se faire accompagner jusqu’à l’isoloir. La situation est intenable. Débordé, le chef du centre clame haut et fort : “Voilà ce qui arrive quand on recrute des gens inexpérimentés en contrepartie d’un pécule ! Avant, les encadreurs étaient des fonctionnaires, du corps éducatif notamment. Ils travaillaient gratuitement et les choses se déroulaient dans un climat serein.” Aux environs de 16h, un électeur, cadre de son état, nous informe d’une situation inédite. Regrettant d’avoir voté, notre interlocuteur témoigne : “À l’école Sorecal Kharchi des Annassers (Kouba), on m’a exigé de signer et d’apposer mon empreinte digitale sur le registre de l’élection pour l’APC. Mais, on m’a empêché de signer au registre de l’élection pour l’APW. On m’a exigé d’apposer juste mon empreinte et de quitter les lieux.” Révolté, il exige des explications. À sa surprise, il aura droit à une réponse qui trahit bien des intentions de fraude : “Tu te soucies de quoi au juste ? Tu sais bien que les dés sont jetés !” Les dépassements se multiplient davantage. Vers 14h, on signale un incident à Bordj El-Bahri où des militants du FLN tentent de faire incursion dans les bureaux de vote. Or, conformément à l’article 30 du code électoral, seuls les membres et suppléants du bureau vote désignés par décret ont le droit d’y être. Bien mieux, ces membres sont contraints d’exhiber leurs badges à chaque opération de contrôle lors du passage des membres de la Haute Instance de surveillance des élections (HIISE). Il est 17h 30min. Une tournée dans plusieurs bureaux de vote.  Fait remarquable : la grande majorité des électeurs ont voté pour les  APC, mais pas pour les APW. À 19h, la tension monte d’un cran. Alors que les derniers électeurs se présentent pour accomplir leur devoir, des représentants des partis politiques et des citoyens se ruent vers les centres de vote pour assister à l’opération de dépouillement.  Dar El-Beïda, 20h précises. Un chef de centre ferme le portail au grand dam des électeurs qui voulaient assister à l’opération du comptage des bulletins. Furieux, ils tentent de forcer le portail pour y accéder alors que la police chargée de sécuriser les lieux n’a même pas été réquisitionnée par ce chef de centre pour empêcher l’accès aux citoyens. La situation a failli dégénérer, n’était les appels au calme des représentants des partis présents. À 21h, le chef du centre ouvre, enfin, le portail pour acheminer les urnes vers la wilaya déléguée. “Nous avons le droit d’assister à l’opération de dépouillement. S’ils ont fermé le portail, c’est pour bourrer les urnes. C’est cela la transparence ?”, dénonce un électeur, cadre de son état. Avec une moyenne de 12 à 16% de votants (sondage arrêté à 18h), les centres que nous avons sillonnés ont, finalement, chômé. Le rush n’a pas eu lieu…


F. B.

 


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1 réactions
Brahms le 25/11/2017 à 20h03

Vous avez des gens qui viennent n'ont pas pour voter mais pour tricher et ainsi jeter le discrédit sur les élections. Ce sont des anarchistes n'aimant que le bazar, les embrouilles pour ricaner et se marrer de leurs conneries.

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