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A la une / Reportage

Il vient de remporter le premier prix du village le plus propre de Tizi Ouzou

Azemour Oumeriem : un modèle à méditer

Vue générale du village Azemour Oumeriem ©Samir Leslous / Liberté

Tout a commencé le 12 janvier 2018, jour de Yennayer, après une action de volontariat spontanément lancée par un groupe de jeunes. De là, il était devenu nécessaire de canaliser cette dynamique citoyenne naissante.

Azemour Oumeriem est encore tout sourire en cette douce et moite matinée d’automne. Nous sommes mercredi 17 octobre. Il est 9h à peine, et sur la spacieuse placette centrale de ce village, une dizaine de jeunes, pour la plupart en gilet orange fluorescent, sont présents. Ils veillent toujours au grain, cinq jours après la consécration de leur village, dimanche dernier, comme le village le plus propre de la wilaya de Tizi Ouzou. Deux d’entre eux achèvent de dresser un chapiteau rouge sous lequel tables et chaises sont déjà méticuleusement alignées.
De leurs échanges transparaît la même gaieté qui se lit sur tous les visages déjà croisés tout au long des 500 mètres environ parcourues depuis l’entrée du village. “Ce sont des membres du comité du village ! Ils vont vous accompagner”, nous indique un quidam, la soixantaine, qui vient à notre rencontre alors que nous descendions à peine du véhicule. Un clin d’œil de cet inconnu et trois jeunes se proposent de faire les guides. Sachant pertinemment qu’en remportant ce premier prix du concours Rabah Aïssat, Azemour Oumeriem devait sortir brusquement de l’anonymat, gagner en notoriété et donc, naturellement, attiser la curiosité des journalistes et même devenir une attraction pour de nombreux curieux, les habitants de ce village distant d’à peine 7 kilomètres de la ville de Tizi Ouzou, ne lésinent ni sur leur temps ni sur leur hospitalité pour accueillir et surtout faire découvrir aux visiteurs ces multiples réalisations qui ont permis à leur village de s’inscrire en lettres d’or sur la liste des localités qui sont en train de redonner peu à peu à la wilaya de Tizi Ouzou son lustre de l’époque où sa propreté lui valait le surnom de “la petite Suisse”. Une tournée à travers les ruelles, fleuries, du village suffit amplement pour se convaincre que la haute marche du podium qu’occupe désormais Azemour Oumeriem est amplement méritée. C’est un village radicalement transformé qui nous a été donné de visiter. Sa cascade décorée avec des objets traditionnels locaux et qui longe la placette centrale sur une longueur de 36 mètres a déjà de quoi laisser le visiteur pantois.
“Auparavant, cet espace était une décharge sauvage qui offrait un décor des plus hideux. En 28 jours de travaux chapeautés par un artiste nommé Houas, qui a des mains de génie, vous voyer le résultat”, nous explique Mohamed Smaïl, l’administrateur de la page facebook du village. Mais l’endroit n’a pas fini de livrer toute sa splendeur. Quelques marches plus haut, l’on débouche sur une vaste esplanade gazonnée, bordée d’arbustes, et au milieu de laquelle trône une fontaine sur laquelle on reconnaît vite la touche du même artiste. De l’eau pompée en continue d’un puits mitoyen à la mosquée ruisselle sans interruption sur la fontaine et la cascade.
Tout au long de la route traversant le village, de larges trottoirs qui feraient pâlir de jalousie le chef-lieu de wilaya, ont été réalisés par les habitants. Des arbres de différentes variétés bordent la route de l’entrée jusqu’à la sortie du village.
“Nous avons choisi des arbustes dont les feuillages peuvent être malléables à merci une fois grandis. Nous comptons par la suite les tailler sous des formes géométriques diverses”, nous explique Madjid Mofredj, membre du comité du village, précisant qu’au total plus de 500 arbustes sont plantés. Selon cet ancien journaliste, ces arbustes coûtent 3 000 DA l’unité et chaque membre du village en a payé un.
Notre accompagnateur nous explique ensuite que ce qui sert de pots à fleurs, qu’on retrouve dans tous les coins et recoins, ne sont autres que des pneus usagés, chauffés et taillés, avant qu’ils ne soient peints de différentes couleurs. Avec les pneus usagers, les habitants ont eu également l’ingénieuse idée de réaliser un escalier pour remplacer une pente reliant la route à l’école du village, située en contrebas de la chaussée. D’autres décorations artistiques sont visibles partout sur les murs. Mais, le plus frappant de tout le reste, sans doute, la propreté des lieux. “Chercher des déchets dans notre village reviendrait à chercher des poux sur la tête d’un chauve”, nous dira fièrement un jeune.

La propreté, une question d’éducation
Des niches contenant quatre bacs à ordures chacune sont construites dans les quatre coins du village pour séparer le verre, le plastique, les déchets ferreux et les déchets organiques. Des corbeilles sont installées sur des murs, à vingt mètres l’une de l’autre. Dessus, des messages de sensibilisation sont imprimés. “La propreté est l’affaire de chacun”. “L’écologie : on le dit, on le fait”, lit-on à chaque fois. Ceci n’est toutefois pas la seule clef de ce succès. “L’éducation des enfants à l’environnement a été, depuis le début, un des objectifs principaux de notre comité.


La placette centrale : un véritable écrin de verdure. - ©Samir Leslous / Liberté

En plus de la sensibilisation parentale dont on a fait une devise, nous avions mis à contribution l’école où les enseignants consacrent quotidiennement quelques minutes pour la sensibilisation des écoliers à la protection de l’environnement”, nous explique Madjid Mofredj ajoutant que des ambassadeurs de l’environnement qui consistent en des brigades composées de femmes et d’enfants font du porte-à-porte pour sensibiliser sur le tri sélectif.

“Le tri sélectif commence dans la cuisine et c’est donc auprès des femmes que le gros du travail de sensibilisation devait être mené”, estime-t-il, considérant que cette trouvaille a vite porté ses fruits tant les déchets arrivent au centre de tri déjà pré-triés.
Les niches sont vidées chaque 48 heures et les déchets sont transportés au centre de tri réalisé sur un terrain mis à disposition par un particulier à la sortie du village. Les niches sont ensuite nettoyées au karcher et détergents, assure Mohamed Smaïl précisant que tout le monde participe à ces opérations. “Tout ce qui est plastique, verre et déchets ferreux sont stockés au centre de tri pour qu’ils soient revendus à des unités de recyclage, les déchets organiques font l’objet de compostage pour en faire des fertilisants”, nous explique Lounès Smaïl tout en nous montrant du doigt une dizaine de bacs en bois déjà pleins de futurs fertilisants. Des fertilisants que le village, pionnier en la matière, produit déjà à base de grignon et de margine d’olive.


La fontaine coquettement décorée  - ©Samir Leslous / Liberté

Derrière le succès, neuf mois de sacrifices
Tout a commencé le 12 janvier 2018 avec une première action de volontariat initiée d’une manière spontanée par un groupe de jeunes. L’idée de créer un comité s’imposait alors d’elle-même car il était devenu nécessaire de canaliser cette dynamique et cette énergie citoyenne naissante. Ce comité baptisé “Tadukli” a suscité une adhésion tellement massive qu’il a pu lancer grandes opérations de volontariat, se rappelle Madjid Mofredj.
Des volontariats qui se reproduisaient initialement chaque vendredi jusqu’au jour où, à l’occasion d’une assemblée générale du village, l’idée de participer au concours du village le plus propre a germé. L’idée a été vite adoptée par le village.
“L’idée de participer au concours n’existait pas au début, notre objectif était plutôt de répondre aux aspirations des habitants. Mais comme l’appétit vient en mangeant, cette idée a fini par s’inviter à l’assemblée générale du village en mai dernier et à peine entérinée, la ferveur et la dynamique née au village se sont multipliées et la cadence des travaux a connu une incroyable accélération”, nous raconte encore Madjid Mofredj.
“Durant tout l’été dernier, il n’y a pas eu un jeune du village qui a mis les pieds à la plage. Les volontariats sont devenus quotidiens, ils se faisaient parfois sous 47° et durent souvent jusqu’à minuit passée.
C’était un gros sacrifice qui fait aujourd’hui notre fierté”, nous dira Aboud Belaïd qui se rappelle que la grande cascade du centre du village a été réalisée en seulement 28 jours et la fontaine du village en quatre jours.
“Les volontariats rassemblaient plus de 400 personnes, sans compter les femmes qui étaient tout le temps mobilisées chez elles à préparer les repas. Même pour offrir ces repas, pourtant bien coûteux, il y avait tellement de volontaires qu’il fallait s’inscrire et attendre son tour”, témoigne Mohamed Smaïl.


Allées et trottoirs : un ensemble harmonieux de végétation et de propreté. - ©Samir Leslous / Liberté

Une dynamique à préserver
À Azemour Oumeriem, ce village fondé, selon ses habitants, aux environs de 1870 par des familles de l’aarch Ath Khelifa, établi à Thadarth Thamoqrant, sur les hauteurs de Tirmitine, l’on ne jure que par la poursuite de cette dynamique.
“Ce n’est que le début ! Le meilleur est à venir ! Nous avons encore les idées et les projets plein la tête. Ce prix ne fait que nous stimuler et nous encourager”, avise le jeune Aboud Belaïd avant de nous faire part de la volonté du village d’aménager la paradisiaque cascade naturelle d’El Aïnceur, située à la sortie du village, en un site touristique à intégrer dans un circuit qui ne manquera sans doute pas d’attirer des visiteurs et pourquoi pas créer des emplois dans ce village qui, comme tant d’autres contrées de Kabylie, compte de nombreux chômeurs.
Dans ce circuit, le village compte également intégrer Tisirt n’Ufella, une huilerie datant d’avant 1915 qui est en passe de se transformer en un musée. Mise à disposition du village par la famille Smaïl, cette vieille huilerie à traction animale renferme en son sein d’anciens outils agricoles qui constituent un véritable trésor à faire découvrir.
Au-delà de cet aspect environnemental et touristique, c’est surtout le vent de fraternité qui a soufflé sur les habitants et les liens sociaux recréés et plus que jamais renforcés entre eux, que le village tient jalousement à préserver.
Le village aura, sans doute, compris que c’est la meilleure arme pour combattre tous les fléaux, sinon, l’intraduisible “Zhir” contre lequel prévenait le défunt chanteur Matoub Lounès dans une de ses chansons.
Si le président du comité du village, Mohamed Hadjar, veut surtout que son village devienne un modèle de villages écologiques, l’ancien journaliste, Madjid Mofredj que l’esprit d’Azemour Oumeriem devient “une espèce d’épidémie positive” qui va contaminer toute la Kabylie. C’est dire qu’à Azemour Oumeriem l’on ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Reportage réalisé par : Samir LESLOUS


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