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A la une / Reportage

Elle fournit 38% de la production agricole nationale

Biskra, la Mitidja du Sud

© D.R

Pomme de terre, fève, navet, courgette, carotte, piment, tomate… À Biskra, outre la filière dattière pour laquelle elle est connue, des dizaines de milliers de serres s’étendent à perte de vue, faisant d’elle un immense jardin potager alimentant toute l’Algérie et même au-delà.

“Bled ennakhla werrakhla matakhla”, traduire “Au pays du palmier dattier et de la brebis, point de misère”. Le vieil adage biskri est toujours d’actualité. Mais bien plus que cela, la capitale des Zibans n’a pas seulement réussi à assurer son autonomie, mais elle a pu devenir le grand potager qui alimente toute l’Algérie. Les chiffres sont, à ce propos, éloquents : elle fournit, à elle seule, 38% de la production agricole nationale, représentant environ 271 milliards de dinars. À Biskra, ou Viscera au temps des Romains, outre la filière dattière pour laquelle elle est connue, des dizaines de milliers de serres s’étendent à perte de vue, faisant d’elle un grand jardin potager embellissant les plats de la majorité écrasante d’Algériens.

“Une combinaison de facteurs, aussi intérieurs qu’extérieurs, a fait que Biskra s’adjuge avec force cette position. Les conditions climatiques qui y prévalent sont un élément-clé favorisant une agriculture florissante, sur le plan tant qualitatif que quantitatif. D’autant que la nature des sols, dont le climat est aussi un facteur déterminant, est d’une qualité irréprochable.

De ressources en eaux souterraines qui demeurent toujours un facteur primordial, Biskra, comme toutes les régions du sud du pays, en est riche”, explique Salah Chiboub, le coordinateur d’une organisation défendant les droits des fellahs, lui-même agriculteur, qui nous raconte cette belle aventure qui a amplifié la renommée d’une région pourtant saharienne. Faut-il dire qu’à Biskra, tout ce que le fellah plante est susceptible de pousser, vu la fertilité des terres agricoles ? “Ici, même si vous semez des cailloux, ça pousse”, s’amuse un agriculteur.

En effet, selon les services agricoles, c’est également grâce à l’encouragement et aux facilités données par les services agricoles aux personnes désireuses de s’investir dans le travail de la terre que la serriculture a vu le jour et est devenue une spécialité agricole à part entière. C’est au début des années 80 que plusieurs serres ont été distribuées à un bon nombre de fellahs intéressés par la culture sous serre. Les premières récoltes étaient surprenantes : la récolte a dépassé les résultats escomptés. Et, depuis, les serres se sont multipliées en dizaines de milliers, réparties sur tout le territoire de la wilaya. Et ce ne sont pas que les gens de Biskra qui investissent dans l’activité maraîchère.

Ses adeptes viennent de différentes régions du pays, et les spécialistes de l’installation des serres sont présents en grand nombre dans la région. Les services de l’agriculture ont aussi octroyé des terres fertiles aux personnes ayant vraiment l’envie de se consacrer à l’agriculture, le cas par exemple des nombreux étudiants de l’UMK, lesquels ont bénéficié de portions de terre dans la région d’El-Outaya. À Biskra, deux grands investisseurs dans le domaine continuent toujours de développer le volet agricole ; ils sont de grands producteurs de fruits et légumes de toutes sortes : pomme de terre, fève, navet, courgette, carotte, piment, tomate… et leurs produits couvrent encore non seulement le marché national, mais aussi le marché international.

Au milieu de la vaste étendue de serres de Tahraoui, s’étendant sur plusieurs hectares et employant de nombreux agriculteurs, un des fellahs nous raconte : “Au niveau de ces serres utilisant un système d’irrigation développé, que vous voyez devant vous, les produits variés couvrent largement le marché national, plus encore, nous exportons nos tomates vers des pays étrangers.”

Plus de 10 millions de quintaux de fruits et légumes récoltés en 2019 
Mohamed Moudaa, cadre des services agricoles auprès desquels au moins 4 000 fellahs sont inscrits, nous apprend que l’agriculture occupe une superficie de plus de 1 652 751 ha, soit les 3/4 de la totalité de la superficie de toute la wilaya. La superficie exploitée, elle, est estimée à 185 473 ha, dont 98 478 ha irrigués. Il faut ajouter à cela 1 399 746 ha de terres pastorales. Le taux de croissance du secteur est sans commune mesure : 95%. Biskra est surtout connue pour sa production dattière, “Deglet Nour’’. Elle compte 4 500 000 palmiers dattiers dont plus de 2 000 000 palmiers productifs.

Le palmier constitue toujours la carte de visite de Biskra ; il est très présent sur tout le territoire de la wilaya, mais fortement cultivé dans les Ziban-Sud, Tolga, Foughala, Ouled Djellel, Ourlel, Lichana, Leghrousse et bien d’autres. “Deglet Nour’’, jouissant d’une notoriété exceptionnelle dépassant les frontières du pays, continue de faire de la région un véritable Eldorado. Biskra, ou la Californie de l’Algérie pour beaucoup, a produit lors de l’année écoulée, selon les chiffres glanés, quelque 4 723 500 q de dattes de divers types, formes et goûts. Notons qu’il existe de très nombreux types de dattes que l’on ne peut recenser. De Deglet Nour, les fellahs de Biskra récoltent 1 250 000 q, soit un taux de plus de 57% du produit global. Les régimes d’un seul palmier bien entretenu donnent 75 kg au moins.

Avec une production de 10 427 000 q de fruits et légumes récoltés lors de l’année 2019, 271,4 milliards de dinars sont entrés dans les caisses de l’État, soit 38% des revenus de la production globale nationale. Des produits céréaliers, elle récolte 1 096 958 q, et des produits destinés à l’alimentation de bétail, nous recensons 570 800 q. Aussi, 176 490 q d’olives ont été produits. Biskra est également un terrain propice pour l’élevage ovin. Les moutons d’Ouled Djellel représentent 60% du patrimoine national et restent pour toujours la meilleure race ovine. 

Dans son exploitation située à Sidi-Khelil, Fayçal Attafi, cultivant notamment les tomates sous serre, nous raconte : “La culture sous serre couvre dans toute la région plus de 10 000 ha où l’on récolte des tonnes de tomates. À mes yeux, cela peut constituer, une économie alternative hors hydrocarbures.” Pour notre interlocuteur, l’un des avantages de la tomate, c’est qu’elle est facile à cultiver sous serre, à tout moment de l’année. “Il faut, dit-il, juste savoir choisir les types de graines convenables que l’on peut mettre à l’intérieur du bol, ou encore planter dans le sol. Nous avons donc le choix.” 

L’agriculteur explique que le savoir-faire concerne aussi la façon d’utiliser les engrais, “une matière indispensable”, selon lui. “Pour ce qui est de l’engrais, la matière liquide, riche en azote, en est la meilleure. On le place selon le besoin, généralement une fois la semaine. Après, on ajoute un autre type d’engrais riche en potassium. Ensuite, vient l’étape de l’irrigation, et c’est la plus importante. Il faut, à cet effet, prendre en compte que les tomates cultivées sous serre ont besoin d’une importante quantité d’eau. On utilise environ un litre par jour par kilogramme, ou un peu plus. Et lors des jours de forte chaleur, la quantité d’eau doit être doublée. Il faut savoir que la culture de la tomate requiert une attention particulière. On doit lui fournir, à titre d’exemple, suffisamment de lumière”, détaille notre interlocuteur, comme dans un cours d’agriculture. L’agriculteur Salah Chiboub, malgré son âge avoisinant les 70 ans, la grelinette et la bêche ne le quittent pas. 

D’un langage on ne peut plus emporté, il dresse un tableau sombre de la situation de l’agriculture à Biskra. “Je suis moi-même fellah, donc mieux placé pour vous confirmer qu’en matière d’agriculture beaucoup reste à faire dans notre wilaya. Les innombrables inconvénients vécus, ici et là, par les 9/10 des agriculteurs n’augurent, à mon avis, rien de bon concernant l’avenir de l’activité agricole !” La bêche posée de côté, retroussant les manches de sa chemise, Salah s’interroge : “Je me demande le plus souvent comment il est possible de parler d’agriculture qualifiée de florissante dans une région où les acteurs principaux recourent au mazout, vieille tradition, pour avoir de l’électricité. Sachant que les câbles électriques sont à une centaine de mètres de leurs puits… Le certificat de possession de propriété inscrite au livret foncier, jusqu’à l’heure actuelle, plusieurs ne l’ont pas.” Étayant cette idée, il ajoute : “Beaucoup, à titre d’exemple, sont toujours en bataille juridique depuis belle lurette pour ce document.” Salah relève aussi “l’inexistence d’industrie de transformation et de conditionnement”.

Comme d’autres fellahs qui préfèrent se donner corps et âme à l’agriculture, Omar, venu du nord du pays s’installer dans la région de M’ziraa, trouve du mal à écouler sa marchandise, vu l’absence d’acheteurs en ces temps de coronavirus. “Ce n’est pas la marchandise qui manque, mais ce sont les commerçants, les acheteurs, qui sont de moins en moins présents et ce, pour beaucoup de raisons, dont le confinement décrété par l’État. Ce qui limite les déplacements motorisés des commerçants”, se plaint-il. 

Rencontré sur le marché national de Aïn Naga, Ali B., un détaillant venu s’approvisionner, se confie : “Les prix ne sont pas stables, un nouveau prix est appliqué chaque jour.” “Aujourd’hui, par exemple, j’ai acheté la pomme de terre à 40 DA le kg. À combien vais-je lA revendre chez moi ?” s’interroge-t-il ? 

Une pénurie criante de main-d’œuvre

Pour la totalité des fellahs rencontrés, la main-d’œuvre est devenue une denrée de plus en plus rare. Ceux qui installaient les serres pratiquement sur tout le territoire de Biskra ne sont pas de la région.

La majorité, pour une raison ou une autre, sont repartis chez eux. “Qui pourrait maintenant aider ces nombreux fellahs à irriguer leurs superficies agricoles ? Et l’on sait tous qu’il est encore moins fréquent de trouver des jeunes de  Biskra attirés par l’agriculture. Nos jeunes, faut-il le dire, sont, en majorité, partisans du moindre effort et adeptes du gain facile, chose que la terre ne pourra jamais leur assurer”, s’interroge Salah. Et de poursuivre : “Eu égard à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, plusieurs producteurs se sont vus dans l’obligation de recourir à l’embauche de vieilles dames, dont certaines sont septuagénaires. Les fellahs leur font appel particulièrement lors des périodes de récolte. Croyez-moi, ce que peut faire une vieille dame, à cet âge avancé, égale ou dépasse largement le travail réalisé par quatre ou cinq jeunes réunis.”

La filière fruits et légumes victime de comportements spéculatifs
Au niveau de tous les marchés, ces fellahs sont toujours victimes de la politique de spéculation orchestrée par un nombre de commerçants indélicats, les spéculateurs, ce qui fait que les prix de ces denrées de première nécessité ne sont jamais stables. “Sur un marché de gros, la tomate est, à titre d’exemple, proposée à 10 DA, ou encore à la rigueur à 20 DA, et dès qu’elle sort du marché, elle est cédée à 70 DA le kg. Il en est de même pour le reste des fruits et légumes. 

L’État est donc appelé à intervenir pour réglementer ce marché. Les propriétaires des serres de Zeribet El-Oued, M’zirâa et Aïn Naga, qui étaient les premiers au niveau national à se solidariser avec Blida, risquent de ne pouvoir le refaire ultérieurement, si l’on ne procède pas à de profondes réformes agricoles”, souligne un des producteurs. Les experts en la matière s’accordent tous à dire que les 31 000 ha, exploités à Biskra, pourront bel et bien faire d’elle un véritable pôle agricole pouvant, sans l’ombre d’un doute, assurer la sécurité alimentaire pour tout un pays. 


Plus encore, avec la production des wilayas limitrophes, l’Algérie pourrait même inonder les marchés européens de fruits et légumes de toutes sortes, notamment en hiver, où le climat de ces pays est si rude. Il suffirait tout bonnement que l’État modernise l’agriculture et mette au-devant de la scène les vraies préoccupations du secteur, et que le statut des petits fellahs soit revalorisé. Reste à ajouter qu’en plus des fruits et légumes qui font, chaque année, grossir les recettes de l’État, Deglet Nour rapporte, elle aussi, à l’État pas moins de 39 millions de dollars...

 

 

Par : Hadj Bahama


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