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A la une / Reportage

La beauté des paysages et la misère humaine s’y côtoient

Chetaïbi, le paradis et les damnés de la nature

Chetaibi, un paradis terrestre à vocation touristique par excellence. ©B. Badis / Liberté

Quoi de plus paradoxal et de navrant que de découvrir que l’un des plus beaux villages d’Algérie, trônant sur l’une des plus belles baies au monde, appartient à l’une des communes les plus pauvres et les plus isolées.

Chetaïbi, la baie, est un véritable don du ciel. Chetaïbi, le village, est un merveilleux tatouage architectural épousant les traits de la nature et mariant la montagne à la mer. Chetaibi, la commune, pourtant en plein exercice depuis près d’un siècle et demi, vit malheureusement encore à l’heure de l’isolement et du néant, et ce, malgré, les efforts des autorités, ces deux dernières années. Situé dans le prolongement des monts de l’Edough et construit sur le flanc d’une montagne qui se jette dans le golfe de Tekkouche, à 62 kilomètres à l’ouest de Annaba, le village est l’un des meilleurs sites balnéaires par excellence du pays.
Ce paradis terrestre, à vocation touristique par excellence, après un demi-siècle également d’indépendance, une zone enclavée où vivent près 10 000 habitants, est livré à lui-même. Ainsi, malgré ses énormes potentialités naturelles, Chetaïbi, l’une des premières communes qui a vu le jour dans le pays, ne profite de ces atouts que l’espace d’une saison : l’été. Encore là, beaucoup reste à faire. Les capacités d’accueil sont pratiquement inexistantes. Les nombreux touristes n’ont à leur disposition, en fait, que les locations d’appartements, hors d’atteinte d’ailleurs de beaucoup d’entre eux.
Véritable havre de paix, région féerique pour le visiteur, qui est vite repéré, il n’est, cependant, pour ses habitants, qu’une région enclavée et déshéritée où sévissent le chômage et le “‘spleen” des jeunes, qui n’ont, en réalité, de rêve que pour le “bled” (la ville), autrement dit Annaba. Pour beaucoup de villageois, l’exode est la seule issue. Ainsi, Chetaïbi, autrefois Tekkouche, est fui par les siens. D’abord par les aînés qui ont déjà montré le chemin et tant pis s’ils ont opté pour le béton des HLM et la pollution industrielle. Maintenant, c’est autour des jeunes qui vont à l’université et au lycée à Annaba et Berrahal et dont beaucoup ne voudront plus revenir. Mais depuis un certain temps, pour la majorité des jeunes, “el-harga” — émigration clandestine — reste l’unique issue. “Les jeunes, surtout ceux qui avaient les moyens pour el-harga, ont réussi à quitter ce ‘cimetière’ et rejoindre l'autre rive de la Méditerranée. Ailleurs, bien qu'ils vivent dans la clandestinité et installés dans des caves, des wagons abandonnés, etc., ils sont joyeux et ravis, car ils ont de quoi manger à leur faim. Ici, nous vivons, le moins que l'on puisse dire, une misère noire”, ont tenu à signaler des jeunes totalement déboussolés. Pis encore, les riverains signalent qu’“aucune entreprise de production digne de ce nom n'existe dans la commune, en mesure un tant soit peu d'absorber le chômage qui sévit en maître”. La saison estivale passée, le village, désert en certains endroits, est aux mains des jeunes oisifs et des vieillards. Ces derniers prennent place, chaque matin, sur les abords des bâtisses qui meublent la principale artère, où se trouvent le siège de la mairie et de la salle des fêtes, qui datent de 1920. Les jeunes, dont la majorité est sans emploi, traînent à travers les ruelles, devant le port ou encore dans certains cafés qui semblent avoir trouvé le bon créneau en s’abonnant à beIN Sports.  La population locale a beaucoup à dire sur les difficultés de la vie de tous les jours. Au problème de chômage qui se pose avec acuité d’année en année, s’ajoute surtout celui du logement. Sur ce dernier point, les habitants ne sont pas mieux lotis, par rapport aux autres communes que compte la wilaya de Annaba. Chetaïbi, qui s’étend sur une superficie de 134 km2, est une région montagneuse où la surface agricole n’occupe que quelque 400 hectares servant à la tomate industrielle, essentiellement dans la localité d’El-Azla et quelques parcelles insignifiantes sous exploitées au demeurant, contre des milliers d’hectares de zen et de chêne-liège. Le travail de la terre est difficile dans cette région. Un autre travail est pratiquement impossible à trouver dans la commune. Les 19 carrières qui offraient, il y a des années, des postes de travail aux habitants, sont toutes abandonnées. La pierre de granit est pourtant précieuse et abondante.

Le projet de la ZET en hibernation
Pourtant, ce ne sont pas les projets qui manquent ici et là, un minimum aurait certainement permis de faire sortir Chetaïbi de cet isolement qui en dit long, par ailleurs, sur la politique de développement local dans la wilaya de Annaba, même s’il est vrai  qu’il n’y a jamais eu de politique réelle suivie dans le secteur touristique dans le pays en général. Les quelques promoteurs qui ont tenté d’investir dans ce créneau, ont été vite découragés, en raison de l’éloignement du village du chef-lieu de la wilaya et de la situation sécuritaire dans la région, durant cette dernière décennie, caractérisée par de nombreux actes macabres perpétrés par les hordes sanguinaires activant dans les monts de l’Édough. Considéré comme étant le premier aménagement à être réellement lancé sur le terrain en Algérie, avec en plus des assiettes foncières aménagées et prêtes à recevoir des projets d'investissement, le projet de la ZET de la baie Ouest de Chetaïbi, 70 km à l’ouest de Annaba, dont rêve la population locale depuis quelques années, est pratiquement au point mort. Les raisons : l’absence du plan d’aménagement touristique (PAT), que la wilaya n’arrive pas, trois années durant, à se procurer, pour plusieurs paramètres. Et devant une situation qui, au fil des jours, s’envenime de plus en plus, aujourd’hui, il est difficile de croire que le développement touristique sera lancé dans cette partie de la wilaya, où le régionalisme et le tribalisme sont monnaie courante. L’adoption par décret, au mois d’octobre 2013, des plans d’aménagement touristique (PAT) de la baie Ouest de Chetaïbi, pour  abriter  de projets d’investissement propres au secteur en mesure de participer au développement et à la promotion du tourisme en Algérie, est aujourd’hui pour beaucoup “de la poudre aux yeux”. Car, estime-t-on, la réalité sur le terrain est totalement paradoxale et le retard enregistré sur ce plan est important.
 
La baie ouest et des terrains meubles envahis par la masse de béton
La zone de la baie Ouest, l’une des belles du monde, située dans la commune de Chetaïbi, est l’objet, depuis des années, de la razzia des terres avec l’installation de clôtures, l’avancée du béton et la destruction du couvert végétal. Cette zone touristique par excellence a perdu énormément de son charme, en raison du comportement néfaste et du laisser-aller et laisser-faire des décideurs.  Pourtant, la splendeur de la baie Ouest, véritable don du ciel, ne peut en aucun cas être rétablie à travers la masse de béton qui envahit telle une métastase une zone protégée par Ramsar et réputée à l’échelle planétaire. Mais là où le bât blesse, c’est les constructions illicites qui hantent les lieux, à la grande déception des habitants et des touristes. Aujourd’hui, à Chetaïbi, le mal s’appelle la destruction illicite du couvert végétal au niveau de terres dites “meubles”. Cette zone, autrefois très boisée, fait l’objet d’un massacre systématique et non-stop, notamment au versant donnant sur le site de la fontaine romaine.
L’État a injecté des gros moyens pour une relance effective et durable du secteur du tourisme qui, au-delà du fait qu’il crée de l’emploi, est un créneau très porteur. Sous d’autres cieux, c’est le secteur qui génère le plus d’entrées en devises fortes. Dotée d’un littoral long de 80 km, la wilaya de Annaba demeure l’une des premières régions du pays qui semble avoir privilégié cette option, d’autant plus que les potentialités que recèle la Coquette sont incommensurables. Et c’est dans cette optique que le village touristique de Chetaïbi a bénéficié de toutes les largesses des autorités locales, pour lui rendre sa véritable image et sa véritable vocation touristique. La corniche de l’antique Tacatua a été complètement métamorphosée pour offrir un look nouveau aux milliers de visiteurs qui ont pris l’habitude de lui rendre visite. Selon les riverains, le village n’a jamais été gâté en matière d’amélioration du cadre de vie avec une large opération d’aménagement et de restauration, comme durant cette année.  D’ailleurs, reconnaissent-ils, l’antique Tacatua fait l’objet d’un intérêt particulier, caractérisé par l’injection de nombreux projets de développement, à l’image de celui de réaménagement du boulevard principal sur une distance d’environ 500 mètres et du port de plaisance. Les travaux en question, entre autres mur de soutènement, renouvellement d’éclairage public, embellissement de la chaussée et des trottoirs, ont été réceptionnés peu avant les vacances de cet été. Ils ont nécessité une enveloppe financière de plus de 25 milliards de centimes, selon les explications de la DUC.  

Réalisé par : B. BADIS


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