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A la une / Reportage

Des milliers de subsahariens ont fui la misère et l’insécurité dans leur pays

Dans les squats des réfugiés de la faim

L’hiver s’annonce difficile pour les réfugiés subsahariens.Louiza/Liberté

Ceux qui empruntent chaque matin l’autoroute pour se rendre à l’ouest d’Alger ont dû remarquer ce camp en bordure d’une cité à Dar El-Beïda. Il a été évacué en début de semaine. Des bouts de tissus multicolores sont étendus sur les glissières métalliques qui bordent la route. Une sorte d’emblème pour signaler l’existence du camp en contrebas de la route.

Sans doute, tout le monde l’aura remarqué ces derniers mois : la présence inhabituelle des émigrants subsahariens dans tous les centres urbains du pays. Des camps de fortune sont installés un peu partout dans les grandes villes. La capitale ne fait pas exception. Elle accueille même les flux les plus importants. Le camp le plus visible est celui installé par les Nigériens à même le bord de l’autoroute dans la commune de Dar El-Beïda. Il vient juste d’être démantelé par les autorités. Mais la présence de ces Subsahariens, chassés de leur pays par les affres de la faim, ne semble pas gêner les Algérois. Bien au contraire, il y a même beaucoup de sympathie exprimée envers nos voisins du Sud. Les gens, semble-t-il, sont suffisamment informés que Nigériens, Maliens et autres Subsahariens n’ont pas parcouru des milliers de kilomètres pour le simple plaisir de “visiter” Alger. S’ils sont ici, c’est parce qu’ils ont décidé de fuir la faim et la misère qui les rongent dans leurs pays respectifs. “Nous ne sommes pas là par plaisir. Chez nous, nous ne trouvons même pas de quoi remplir notre ventre”, baragouine, dans un français approximatif, Abdoul Aziz Idi Matou, âgé de 30 ans. Ce matin, samedi 11 octobre, où nous avons fait une virée au camp des réfugiés nigériens, installé à Dar El-Beïda, Abdoul Aziz supplée son frère aîné dans sa tâche de “chef” de camp. Ce dernier est peuplé d’environ 200 personnes. Outre les enfants, les femmes et les hommes sont tous jeunes. Les personnes du troisième âge ne pouvant, naturellement, pas supporter la pénible traversée du désert séparant le Niger du nord de l’Algérie. Comment ces “forcés à l’exil” arrivent-ils à atteindre, forcément par voie terrestre, la capitale, à des milliers de kilomètres de chez eux ? À décrypter le témoignage d’Abdoul Aziz et de ses compatriotes, c’est tout un réseau qui s’est créé au fil du temps.
Et, lien historique et droit humanitaire obligent, même quelques facilités sont permises par les autorités algériennes. Si déjà dans l’absolu, les frontières tracées par l’homme ne sont pas étanches, elles sont plutôt faciles à franchir en de pareilles circonstances. D’extrême urgence ! Les Nigériens, raconte Abdoul Aziz, arrivent d’abord à Tamanrasset. Ils sont transportés à même les bennes des camions assurant la “navette commerciale” entre les deux pays. La plupart des réfugiés, souligne notre interlocuteur, font une halte de quelques jours dans la capitale de l’Ahaggar pour “ramasser” un peu d’argent, du moins de quoi se payer le voyage, par bus, vers Alger.

SDF, pauvres et analphabètes !
Au camp de Dar El-Beïda, les réfugiés, en majorité accompagnés de leur famille, s’organisent comme ils peuvent. Les ordures sont soigneusement ramassées et rangées dans des grands sacs-poubelles, posés à l’extrémité du camp. Au beau milieu du camp, formé de basses tentes multicolores, se dresse une large table, fabriquée de toutes pièces, qui fait office d’un kiosque à thé. Quelques boîtes de jus de fruits et des bouteilles de limonade, acquises grâce à la générosité des riverains, y sont réservées aux enfants.
“Nous pensons toujours à prévoir quelque chose pour les petits et les personnes vulnérables”, souligne l’“adjoint chef” du camp, non sans saluer au passage la générosité des Algériens. Plus loin, des jeunes garçons s’impatientent devant le coiffeur du camp. Ce dernier se contente de ses ciseaux, d’un tabouret et d’un débris de miroir tenu par une tierce personne. Pour se laver les cheveux après une coupe, les “clients” doivent faire preuve de beaucoup d’ingéniosité. L’insalubrité est d’autant plus inquiétante qu’il n’y a point de sanitaires dans le coin. Comment font les occupants du camp, notamment les femmes, pour les besoins de leur toilette ?
Bref. Dans ces conditions plus que regrettables, la scolarisation des enfants est loin de constituer la préoccupation des parents, eux-mêmes, en grande majorité, analphabètes. C’est même le dernier de leurs multiples soucis… Les tentes installées au camp, explique Abdoul Aziz, ont été toutes achetées par les occupants eux-mêmes. Comment font-ils pour ramener de l’argent ? “Nous n’avons jamais recouru à des pratiques illicites pour subvenir à nos besoins ; aucun des nôtres ne pense à voler dans (votre) pays qui nous accueille, encore moins agresser nos frères algériens. Nous sommes, en revanche, preneurs de toute opportunité de travail que nous proposent, de temps en temps, des particuliers ou des chefs de chantier. Ne croyez pas à ceux qui disent que nous sommes ici pour faire la manche. Certes, les femmes et les enfants font les mendiants dans les rues d’Alger, car ne pouvant rien faire d’autre, mais tous les hommes sont ici à la recherche d’un travail”, raconte, avec amertume, Walid Yacouba, qui a élu domicile depuis un peu plus d’un mois, au camp de Dar El-Beïda.

L’hiver ou le “sale temps” appréhendé
Contrairement à la majorité des réfugiés se contentant de la carte d’identité nationale pour fouler le sol algérien, le jeune Walid est détenteur d’une carte de séjour d’une année renouvelable.
Bricoleur en plomberie et manœuvre “qualifié”, il figure parmi les jeunes les plus sollicités du camp. Son souhait ? Décrocher un “poste de travail permanent”. Arrivé deux mois plus tôt que son compatriote, Abdoul Aziz Mohamadou, 26 ans, est, lui, diplômé en maçonnerie.
Néanmoins, il se dit prêt à faire n’importe quel petit boulot pour gagner sa journée. “Souvent, mes amis et moi sommes sollicités par des commerçants de la ville, les grossistes notamment, pour charger et/ou décharger des marchandises. Ils nous payent selon le travail accompli. Dans la journée, il nous arrive de gagner, chacun, entre 1 000 et 2 000 DA”, raconte-t-il, content d’avoir travaillé quelques journées de suite à la veille du dernier Aïd el-Adha. L’argent gagné par Mohamadou et le reste de ses amis alimente, en partie, la “caisse commune” du camp. Un Aïd, par ailleurs, que tous les occupants du camp de Dar El-Beïda ne sont pas près d’oublier. Ils n’oublieront jamais, disent-ils, ce moment de communion caractérisé par le sacrifice, à même le camp, de sept moutons offerts par le Croissant-Rouge algérien.
Mais l’approche de l’hiver leur donne bien du souci. Les occupants des camps de fortune seront obligés de se chercher d’autres endroits pour se mettre à l’abri du froid. Le devoir humanitaire d’accueillir les flux importants des réfugiés subsahariens risque de se transformer en un fardeau plus sérieux à gérer par les autorités. Les pouvoirs publics ont-ils prévu quelque chose dans ce sens ? À présent, aucun indice ne montre que c’est le cas.

F. A.

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