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A LA UNE / Reportage

Elle sort du cauchemar de la décennie noire

Dellys, la médiévale méditerranéenne, renaît de ses cendres

Une ruelle de l’antique Casbah de Dellys débouchant sur la mer. © D.R.

La casbah de Dellys, qui comptait plus de 1 000 maisons, a été classée patrimoine culturel national protégé en 2005.

La beauté des paysages de Dellys ne se limite pas qu’à sa Casbah antique et ses plages, l’arrière-pays et la campagne d’Azrou, de Tizarouine et la forêt de Bouarbi qui débordent de beauté naturelle et de biodiversité. La ville des 24 saints et du couscous à la bonite que les Puniques nommèrent Rusuccurus qui se traduit, selon notre guide, Krimèche, président de l’office de la gestion des biens culturels protégés par “Cap de poissons”. Le responsable de l’OGBC dira : “La casbah de Dellys aura été phénicienne (carthaginoise) par son nom Rusuccurus, puis Tadless à l'ère d'Ibn Khaldoun.” Cette ville ancienne a subi les affres des colonisateurs. L'ancien Rusuccurus se dresse sur une hauteur de 27 m au-dessus de la mer. Elle s'étend sur une superficie de 16 ha : 9 ha pour l'unique Haute-Casbah et 7 ha pour la Basse-Casbah.
À l'arrivée de l'armée française dans la région, avec ses colons, plusieurs monuments et habitations ont été détruits, notamment la mosquée où l'Émir Abdelkader séjourna en 1839. Cette mosquée fut convertie par la suite en hôpital militaire. Notre première halte : la Basse-Casbah construite sur 7 ha où, avec ses étroites ruelles, c’est l’histoire de Dellys, la ville légendaire – avec ses quatre quartiers Sidi El-Harfi, Sidi El-Boukhari, Houmet Edderb et Houmet El-Mizab – qui se déroule.
Une histoire qui nous mènera certainement dans un autre monde où la beauté de l’architecture et la nature s’enchevêtrent. Notre guide du jour nous invite à visiter une maison privée laissée à la disposition de l’office.
Malgré les 32°C affichés en cette matinée de jeudi, les étages inférieurs sont inondés d’air frais et de l’odeur marine fraîche de la mer très proche.
Mais l’intérieur affiche les marques du temps. La plupart des chambres, fragilisées par les effets du temps, ont subi le coup de grâce un soir du 21 mai 2003. “La restauration de ces anciennes maisons reste très difficile, il faut une réelle volonté ‘politique’ pour remettre sur pied cette partie de la Casbah et préserver ainsi son cachet originel”, dira Akrèche Lounès, architecte et responsable du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la vieille ville.
Il précise : “La promulgation de loi 08/98 vise à travers ce cachet juridique du patrimoine bâti à préserver les valeurs historiques, économiques, culturelles et identitaires de chaque région”, mais il regrette que les choses piétinent. Toute la Casbah attend que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour redonner vie à ce haut lieu historique. Même constat relevé à la Haute-Casbah, séparée de la Basse-Casbah par la RN 24 construite par l’occupant français. Elle est dégradée, délaissée et abandonnée. Celle-ci compte aussi quatre quartiers. Chaque quartier abrite le tombeau d’un saint dont celui de sidi Abdelkader El-Djilani.
Certaines maisons sont complètement couvertes d’herbes sauvages. Ce patrimoine archéologique risque de disparaître à jamais sous l’effet de l’usure, regrette l’architecte italien Michele Londino, que nous avons rencontré sur place, qui prépare un livre sur la ville médiévale de Dellys.
Il possède des communications sur Rusuccurus datant de 1320. M. Londino ausculte chaque coin de maison, prend des photos des carreaux de sols. Il précise que plus de 36 000 lettres échangées entre des propriétaires installés en Italie et des commerçants italiens établis à Dellys sont archivées en Italie. Pour lui, “la casbah de Dellys ne ressemble pas à n'importe quelle casbah, elle est la sédimentation d'innombrables acquis thésaurisés à travers l'histoire, elle est punico-romaine par sa muraille, andalouse par ses ryads, ottomane par ses ekbou, méditerranéenne par son atrium”. Sur les hauteurs, la forêt de Bouarbia, qui sera aménagée en parc d’attractions. Selon Laïmèche Boualem, vice-président de l’APC, l’envie d’y rester est plus que saisissante, la vue sur la grande bleue est féerique en cette matinée.
Mais il faut bien redescendre vers la ville et son littoral de Takdempt et aux Salines pour goûter aux plaisirs des plages.
Dans cette ville merveilleuse où l’antique Casbah tombe en ruine, l’accueil des Dlalssa est très chaleureux. Le visiteur a ainsi le plaisir d’accéder aux plages des Salines, d’Ezzaouch, du fameux Château fort et celle de Takdempt avec son sable fin qui s’étale jusqu'à Sidi Daoud, sillonnée au milieu par le Sebaou. C’est une ville qui s’illumine aux yeux des visiteurs.
Ce changement radical d’une ville qui a été secouée une première fois par un violent séisme vers l'an 42 avant J.-C. puis par un second en 2003, les inondations en 2007, sans oublier le mauvais souvenir de la décennie noire, fait aujourd’hui de cette antique cité médiévale un pôle d’attraction et d’accueil pour plus de 2 millions d’estivants et de touristes.
El-hadj Jilani, originaire d’Adrar, a choisi Dellys pour ses vacances. En habit traditionnel, il ne passe pas inaperçu. “C’est la quatrième année que je viens ici. Je loue chez un privé, j’aime cette ville, en plus cette année nous sommes quatre familles.”
Concernant la location, el-hadj dira que les prix restent élevés, en déplorant le manque d’activités en soirée. M. Laïmèche reste cependant optimiste pour redonner à la ville son lustre. À commencer par l’hygiène.
Les immondices jonchent les rues ; la nouvelle ville croule sous les ordures ménagères. Le bas-côté de Takdempt, à l’entrée ouest, déborde de déchets inertes au vu et au su de tous.
En outre, la casbah de Dellys, qui comptait plus de 1 000 maisons, a été classée patrimoine culturel national protégé en 2005.
Faut-il attendre encore que ce patrimoine disparaisse pour que les autorités publiques daignent lancer une opération de restauration d'envergure afin d'éviter un péril certain de toute la mémoire d'un peuple ? Comme ce fut le cas pour le “joyau” touristique, le cercle du sport nautique, situé à l’intérieur du port, détruit par des mains pas innocentes après le séisme de 2003 malgré la promulgation d’un décret pour sa préservation.


W. M.


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