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A la une / Reportage

Les Opportunités d’affaires entre les deux pays se confirment

Des investisseurs polonais à l’assaut du marché algérien

La Foire internationale de l’agroalimentaire (Poznan, Pologne)

Les autorités polonaises cherchent à reconquérir le marché algérien après l’effilochement de la coopération entre les deux pays, très dynamique dans les années 70 et 80. L’idée est de vendre aux Algériens “des produits conformes aux normes européennes à des prix concurrentiels”. Dans cette logique, une dizaine d’hommes d’affaires ont été invités à la Foire internationale agroalimentaire de Poznan.

“Nous cherchons des contrats dans les cinq continents. Pour cette raison, nous mettons en œuvre un système de promotion de nos produits performant”, a déclaré la sous-secrétaire au ministère de l’Agriculture, lors de la Conférence sur les potentialités de la Pologne, en matière d’exportations dans le secteur agricole, qui s’est tenue en marge de la Foire internationale Polagra-Food à Poznań du 29 septembre au 2 octobre (environ 300 kilomètres de Varsovie). Dans cette logique, l’Algérie se profile comme un marché attractif.
Une coopération étroite liait, dans les années 70 et 80, les deux pays arrimés, à l’époque, aux dogmes du communisme. Après un flottement de plus de vingt ans, le niveau des échanges se situe actuellement au-dessous des potentialités raisonnables. Il est évalué au 1er semestre 2014 à 507,6 millions de dollars américains. “Aujourd’hui, les entrepreneurs polonais et algériens ne se connaissent pratiquement pas. Ils ignorent l’énorme potentiel des affaires que nous pouvons faire ensemble, vu la complémentarité des économies de nos deux pays. L’attention des entrepreneurs algériens reste focalisée principalement sur les pays de la ‘vieille’ Europe et les pays asiatiques, tandis que les entrepreneurs polonais, durant les dernières années, se concentraient sur le marche de l’UE et les pays de l’Est — voisins de la Pologne, tels que la Russie, l’Ukraine, etc. Cependant, après 25 années de transformation politique et économique fort réussie et 10 années en tant que membre de l’Union européenne, la Pologne dispose aujourd’hui d’une économie moderne et performante. Je tiens à vous rappeler que la Pologne a été le seul pays européen qui n’a pas connu de récession lors de la dernière crise économique”, a analysé Janusz Pisz, conseiller commercial à l’ambassade de Pologne en Algérie.
Afin de redynamiser les relations entre les deux pays, une dizaine d’hommes d’affaires algériens ont été invités à visiter la Foire internationale Polagra-Food de Poznań. Il s’est avéré, dès lors, que l’Algérie n’est pas totalement une inconnue pour les entreprises polonaises. Metabuld, spécialisé dans la fabrication des équipements de transformation des viandes, a vendu sept grandes machines à l’Algérie. Supra Group s’est inspiré des modèles allemands pour développer ses propres appareils pour petits fours de différentes formes.
En dix-sept années d’existence, l’entreprise est parvenue à écouler ses équipements non seulement localement, mais partout dans le monde. En Afrique, elle les exporte en Égypte, au Maroc et en Algérie. Elle a participé à Djazagro en 2011 et s’est inscrite pour l’édition de 2015. Lactima, une laiterie de taille moyenne, entretient un partenariat avec des sociétés algériennes depuis 1989. Son homologue Ryki porte aussi un grand intérêt pour le marché algérien. “Sauf que nous sommes confrontés à une contrainte qui freine un éventuel partenariat. Les autorités algériennes exigent des produits dont la date de péremption est d’une année au minimum, alors que nos produits sont consommables en une durée de six mois”, nous a déclaré son délégué à la foire. Fon-SKB, fabriquant des essieux et des pièces de rechange pour autobus, gros engins industriels et des machines agricoles, a signé un  contrat avec la SNVI en 2013. “Beaucoup de sociétés algériennes nous contactent directement pour contribuer à des projets dans le bâtiment. Nous avons répondu aux appels d’offres. Nous attendons les résultats”, nous a informés Olezk Wieslawa, responsable clientèle de l’entreprise. Du côté des Algériens, c’est la découverte d’un univers économique performant. “Lors de notre visite en Pologne, nous avons rencontré des partenaires potentiels pour la création de sociétés algéro-polonaises en Algérie dans tous les secteurs et notamment dans la transformation laitière. J’ai eu des contacts avec plus de dix représentants des sociétés polonaises, comme j'ai discuté avec un responsable de la société Melkovita, qui est une grande société de transformation laitière”, a témoigné Houari Benaoula, gérant des laiteries éponymes, installées à Mazouna dans la wilaya de Relizane.
Pour l’heure, la Pologne oriente essentiellement ses exportations vers l’Europe. 78% de ses produits sont vendus dans le Vieux Continent avec un ratio de 23% chez les voisins allemands.
“Arriver à placer nos produits en Allemagne prouve qu’ils sont de qualité”, a indiqué le vice-président de l’Agence des marchés agricoles. En peu de temps, la Pologne s’est classée quatrième plus gros producteur de légumes en Europe. Elle s’est imposée, aussi, surtout sur le marché européen, par ses autres spécialités, soit la pomme, les jus de fruits, le pain, l’alcool, notamment la vodka et le chocolat. “Nous veillons à vendre des produits de haute qualité. Ce qui nous a permis d’augmenter le volume des exportations. Le lait en poudre est vendu dans 100 pays”, a enchaîné la sous-secrétaire au ministère de l’Agriculture.
La démarche est résumée en trois points : proposer des produits naturels et innovants, s’adapter aux besoins du client et pratiquer des prix concurrentiels. “Grâce au fonds spécial de l’Union européenne, l’industrie agroalimentaire a fait un bond dans la haute technologie”, a précisé la représentante du ministère de l’Agriculture. Le gouvernement a mis en œuvre, en outre, un système institutionnel de contrôle de la qualité, auquel doivent souscrire impérativement tous les producteurs et les agriculteurs. Les inspections sont pilotées par quatre ministères. Au-delà, un budget impressionnant est alloué à des campagnes promotionnelles, dans l’objectif de conquérir de nouveaux marchés. Quelque 32 millions de zlotys (approximativement 8 millions d’euros) sont investis annuellement dans la publicité autour des produits agroalimentaires. L’Agence nationale des marchés agricoles a initié, selon son vice-président, un projet publicitaire agressif (235 millions de zlotys, monnaie locale) en direction de cinq pays la Turquie, le Kazakhstan, la Chine, le Brésil et le Canada. Résultats : 88% des producteurs ont noué des contacts avec des partenaires potentiels et 60% des exportateurs ont trouvé des débouchés. “Notre point fort est de proposer des produits naturels et innovants. Nous utilisons très peu d’engrais artificiels, nous nous adaptons aux exigences et besoins des clients et nous pratiquons des prix concurrentiels”, a-t-il expliqué.
L’embargo institué par la Russie sur les produits européens dans l’engrenage de son conflit avec l’Ukraine a impacté logiquement sur l’économie de la Pologne, qui a vu ses exportations vers ses deux États frontaliers baisser considérablement. Quoi qu’il en soit, la Pologne se présente comme un modèle réussi de la transition de l’économie planifiée à l’économie de marché. Ancrée pendant plus de trente ans dans le carcan communiste, le pays change de cap en 1989 et amorce son passage d’une économie planifiée à une économie de marché. Il mise alors sur l’industrie agroalimentaire pour se développer. Pari visiblement réussi. En dix ans, la Pologne a réussi à réduire le volume des importations et multiplier, dans le même temps, par six ses exportations. “La balance est passée d’un milliard d’euros en 2003 à 8 milliards en 2013”, a signifié le vice-président de l’Agence des marchés agricoles. Les changements politiques et économiques abordés par la Pologne se reflètent dans la physionomie de sa capitale, qui a aussi opéré sa mue. Varsovie devient, dès lors, une ville étonnante. Derrière l’histoire qui la lie à un pacte pour l’émergence du bloc communiste au milieu des années 50, elle a émergé, au bout de dix années de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne, sous les contours d’une capitale moderne d’inspiration capitaliste. En peu de temps, à l’architecture ancienne se sont greffés des édifices aux façades vitrées et de conception futuriste, tel le centre commercial Zlote-Tarazy, qui prolonge, dans un mouvement qui rappelle une vague de verre, la gare centrale de Varsovie.

Abdelaziz TAHRAOUI, gérant du groupe éponyme spécialisé dans le montage des machines agricoles, à “Liberté”
“Le marché polonais représente pour nous une réelle opportunité pour développer notre entreprise”
Liberté : Quel profit avez-vous tiré de votre déplacement récent en Pologne pour participer à la Foire agroalimentaire de Poznań ?
Abdelaziz Tahraoui :
La Foire agroalimentaire de Pologne a été une occasion privilégiée pour nous ainsi que pour les autres sociétés algériennes privées. Cela nous a permis de mieux connaître et comprendre le marché polonais au vu de sa croissance car ce marché devient de plus en plus dynamique et ouvert.

Quelle vision préconisez-vous pour le développement de votre entreprise ? Le modèle polonais vous séduit-il ?
Le marché polonais représente pour nous une réelle opportunité pour développer notre société tant dans le domaine agricole (le montage de tracteurs et la fabrication des accessoires agricoles) qu’industriel (conditionnement et emballage). Nous avons déjà eu des contacts avec des sociétés polonaises prêtes à travailler en partenariat.

Des mesures incitatives pour attirer les investisseurs
“La Pologne est considérée comme un pays-clé en Europe, où il est intéressant d’investir.” C’est de manière aussi frontale qu’Anna Kadzielewska, responsable de l’investissement et du développement à la zone économique spéciale, située dans la ville de Lodz, à environ 120 km de Varsovie, a introduit son sujet. Elle est chargée de nous décliner les mesures incitatives, mises en œuvre par le gouvernement polonais pour capter l’investissement étranger. Il a procédé d’abord par la création, dans les années 90, de 14 zones économiques spéciales, étalées sur 1 400 hectares dans toute la Pologne. Ces zones sont opérationnelles jusqu’à 2026 et offrent un large éventail d’activités de production et de service. Rien qu’à Lodz, 250 sociétés et groupes étrangers sont installés (Dell, Fujitsu, Gillette, P&G, Kellogg’s, Indesit). La production est destinée aussi bien à la consommation domestique qu’à l’exportation. D’ailleurs, plusieurs labels présents sur le marché algérien proviennent des sites de production en Pologne. Parmi les mesures incitatives de l’État, la réduction des impôts allant de 35 à 55%, suivant la taille de l’entreprise, qui doit investir au minimum 100 000 euros, pour une durée de cinq ans. Entre 2007 et 2014, plus de 29 000 emplois ont été créés dans les zones économiques spéciales. À la même période, le volume des exportations a évolué de 0,7 à 2,8 milliards d’euros.

Visite de l’usine des laiteries Mlekpol  à Radom
Dans l’enceinte de l’usine des laiteries Mlekpol à Radom - à une centaine de kilomètres de Varsovie - les mesures de sécurité et d’hygiène, auxquelles sont soumis les visiteurs, sont draconiennes. Pour le responsable de ce site, Szczepan Skomra (le groupe en possède dix autres à travers la Pologne), il faut éviter la moindre erreur, dans le respect des consignes, qui pourrait mettre en cause la qualité du produit.
L’enjeu est effectivement majeur. Le label possède 4% des parts du marché local du lait et de ses dérivés. Il exporte ses produits aux USA, au Canada et au Royaume-Uni. Dans cette usine, l’intervention de l’homme est limitée au contrôle des machines, qui opèrent tous les actes de la chaîne de production.

S. H.


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