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A la une / Reportage

Reportage

El-Oued : le nouvel Eldorado de l’agriculture saharienne

Un des principaux pourvoyeurs du pays en produits agricoles, cette wilaya devient le bastion de la nouvelle révolution agraire qui pourra libérer le pays de sa dépendance de l’étranger, de son accoutumance au pétrole et assurer sa sécurité alimentaire grâce à laquelle il retrouvera enfin sa souveraineté…

Une délectable brise marine, venue du littoral tunisien, souffle sur le désert languissamment racorni d’El-Oued et le rafraîchit en ces premiers jours du mois de mai. La clémence inhabituelle du climat en cette période de l’année marque les esprits abasourdis des Soufis.
Le grand erg oriental s’offre — une fois n’est pas coutume — un temps des plus indulgents en ce premier vendredi du mois. Dame Nature sème sa mansuétude sur la région et ses habitants qui ne veulent aucunement laisser passer une telle opportunité pour vaquer en toute quiétude et ferme volonté à leurs occupations et autres activités commerciales mais aussi… agricoles. Oui, ce dernier mot ne signifie guère un quelconque lapsus : l’agriculture est devenue désormais un véritable créneau, un domaine à part entière ici dans ce légendaire fleuve tari. En dépit de la cruauté des conditions de vie et des caractéristiques peu enviables de la terre et de son sol sablonneux, ici, les Soufis, depuis leurs aïeux, se sont, de tous les temps, intéressés au travail de la terre. Une longue et belle histoire d’amour les lie à leur terre.
Leur seule et unique source nourricière. Symbole de leur patrie. Ils prirent la lourde et non moins responsable décision de s’affronter à la nature désertique de leur localité. Armés de courage et d’abnégation et nourris d’une persévérance infinie, ils livrent un combat quotidien, aux interminables batailles, à ces augustes dunes et aux dévastateurs vents de sable. Ils ne courbent pas l’échine devant les vicissitudes que leur réserve la vie dans ce qui fut un jour un véritable no man’s land. Réputé pour son honneur, sa dignité et son… “nif”, le résidant soufi ne veut plus dépendre de son concitoyen du Nord pour orner son assiette de quelques légumes frais.
Homme de tous les défis, le Soufi veut prouver que l’agriculture saharienne n’est plus un mythe ou une illusion dans son microcosme “ouedien”. Elle ne se résume plus à la culture des dattes confinée à l’intérieur des “ghout” (oasis). Il est reconnu de tous que les autochtones ne s’alimentaient jadis que du fruit issu des palmiers qu’ils plantaient et chérissaient tant. Ils fondaient beaucoup d’espoir sur les nappes phréatiques qui servaient de nid pour cultiver les dattiers au sein des “bâali” (autre appellation du “ghout”). La récolte de dattes était transportée vers les cités limitrophes telles que Tébessa, Khenchela et utilisée dans le troc pour l’obtention de céréales. Le blé était la matière première avec laquelle l’on fabriquait la galette et autres pains locaux d’antan. Des jardinets poussaient dès lors au cœur des oasis qui abritaient les aborigènes.
Depuis, petit à petit, les fellahs soufis diversifient leur production et élargissent davantage leur champ de travail en dehors des palmeraies. Dotés d’un courage et d’une audace incommensurables, de capacités avérées et d’une intelligence hors du commun, ils s’aventurent de plus en plus vers la périphérie, à des dizaines de kilomètres de la ville… “des mille et une coupoles”. Ils sont sortis de cette petite agglomération aux dômes et arches reflétant de manière typique l'architecture saharienne, pour braver les dures épreuves que leur impose cette chaîne de dunes dorées bien agencées qui composent ce magnifique paysage. Un vieux rêve, caressé par les anciens de la région. Les premiers occupants de la vallée soufie ont indéfiniment souhaité transformer l’espace désertique dans lequel ils vivaient en terre agricole utile. Ils avaient à la fois le flair et la ferme conviction que leur région deviendrait un jour le nouvel Eldorado du monde agricole en Algérie. Leur pétrole vert ! Ils peuvent aujourd’hui se reposer, avec paix de l’âme car leurs descendants ont réussi à exaucer leur vœu.

Germe de blé contre grain de sable !

De jour en jour, le vert qu’exhibent de manière merveilleuse les surfaces agricoles, prend le dessus sur la couleur ocre qui caractérise les interminables et immenses massifs dunaires. Germe de blé contre grain de sable ! Tel est le credo du fellah contemporain d’Oued Souf. C’est grâce à l’opiniâtreté de ces hommes d’ailleurs, que des champs verts de blé en forme de cercle offrent, vue du ciel à partir de l’avion, une mirabile visu aux visiteurs, rappelant ainsi les périmètres verdoyants des pays aux traditions agricoles reconnues. Les exploitants agricoles commencent à s’intéresser à des produits stratégiques pour lesquels leurs aînés ont souvent exprimé une certaine aversion compte tenu des conditions ardues que requiert leur production. On peut citer les céréales, la tomate…
L’exemple le plus édifiant à travers lequel, les paysans soufis veulent relever le défi n’est autre que la pomme de terre. Ce tubercule qui continue à séduire le consommateur et à enrichir de manière indispensable les recettes de la ménagère. Pour eux, la mission est malaisée, certes mais jamais vaine. Impossible n’est pas soufi ! Le pari paraît irréalisable au départ. Mais c’était compter sans le génie de ces hommes aux fortes personnalités. Ceux-là mêmes qui, au fil des décennies, ont prouvé qu’ils ne sont nullement des damnés de la terre. L’aventure débuta dès les années 1990. A cette période, la culture de la pomme de terre était encore à ses premiers balbutiements, une modeste activité. Il a fallu attendre les années 2000 pour qu’elle se développe mieux. Les superficies ont été agrandies passant de 200 hectares (ha) en 1993 à 12 000 ha en 2009, à 16 000 ha en 2010 et à 21 000 ha en 2012.
Pendant le dernier exercice, la surface exploitée pour la production de saison et d’arrière-saison était évaluée à 33 000 ha. Les agriculteurs plantent 12 variétés de semences importées de Hollande, de France et de Belgique. Pour les besoins de la filière il en a été importé quelque 165 000 tonnes en novembre dernier. De ce total, la wilaya d’El Oued a bénéficié de 28 000 tonnes qu’elle a injectées pour la production de la saison, dédiée à la consommation. L’objectif des cultivateurs pour l’arrière-saison de l’année en cours qui sera plantée entre les mois d’août et septembre prochains, est d’arriver à une superficie estimée à 25 000 ha.
Une chose est sûre, El Oued produit annuellement 12 millions de quintaux soit plus de 27 %  de la production nationale. En valeur, le montant est estimé à 138 milliards de DA. Le rendement à l’hectare réalisé notamment pour l’arrière-saison, avoisine en moyenne 270 q. Ces performances confèrent à cette wilaya en toute légitimité et mérite, la première place à l’échelle nationale. Pourtant, les moyens font défaut dans la globalité des exploitations. S’ils existent dans certaines fermes, ils demeurent néanmoins, obsolètes voire élémentaires.
Dans l’ensemble des périmètres visités dans la daïra de Hassi Khelifa dont la production avoisine les 3 millions de q, le système d’irrigation est fondé sur les pivots traditionnels fabriqués localement. A partir d’un forage, une pompe électrique alimente en eau ces pivots qui, à leur tour, arrosent les champs à raison de 16 litres/seconde environ. Le long et sinueux chemin qui, faut-il le souligner, a hissé ses producteurs au pinacle, a pour noms, ténacité et bravoure. Leur inexpérience dans ces nouvelles filières et cultures maraîchères ne les a aucunement empêché toutefois, de se créer leurs propres techniques adaptées aux spécificités climatiques et à la particularité de leur terroir.
Cette expérience purement personnelle est acquise de l’école de la vie et non pas des instituts spécialisés dont la wilaya n’a jamais bénéficié. Des moyens dérisoires grâce auxquels le miracle se produit…Pour concrétiser leurs aspirations, ces travailleurs de la terre ne se sont pas contentés uniquement de leur bon vouloir et des efforts énormes consentis. Leurs sacrifices ont été également vérifiés sur le plan matériel et financier. Le meilleur indice mis en avant est évoqué par le président du conseil régional interprofessionnel de la filière pomme de terre (Cript) des wilayas du Sud, M Bekkar Ghemam Hamed. Il a mis l’accent sur le coût réel de l’hectare de pomme de terre produit. Il l’a évalué à environ 70 millions de centimes. De ce montant, détaille-t-il, 25 millions sont dépensés pour l’achat de quelque 50 q de semences, 16 millions sont destinés aux déchets et restes de la viande de volaille et 5 millions aux engrais.

Le miracle se produit avec des moyens dérisoires…
D’autres éléments tels que les produits phytosanitaires, la consommation de l’énergie, la main-d’œuvre et la plantation des brise-vents entrent aussi dans le process de production et pour lesquels, l’agriculteur paye plus de 20 millions de centimes. “Je ne parle pas ici des frais de décapage des dunes et d’installation des câbles électriques qui coûtent encore des dizaines voire des centaines de millions de centimes. Je fais abstraction en outre du travail sous une chaleur qui dépasse les 50° à l’ombre notamment pour la campagne d’arrière-saison qui coïncide avec le mois d’août et les vents de sable fréquents dans la région”, observe M Bekkar qui est aussi un important exploitant agricole dans la wilaya.  “Avant d’arriver au bout du processus et récolter les fruits, nous investissons des sommes colossales. Parfois, nous faisons notre deuil du retour sur investissement. Il ne faut pas s’attendre à ce que les bénéfices soient perçus dans l’année qui suit le lancement d’une campagne…”, renchérit-il, non sans exprimer une certaine déception.
On est tenté de savoir quel est le secret d’un tel exploit dans une région peu encline à offrir tous les atouts impératifs pour la réalisation d’un projet agricole. “Le secret réside chez l’homme. C’est la singularité dont jouit le citoyen soufi qui a, non seulement combattu la sécheresse et l’austérité mais a pu créer aussi une certaine concurrence parmi les siens. De nos jours, s’il n’est pas gérant d’une exploitation agricole, le résidant soufi est au moins employé dans le secteur. Au sein de certaines exploitations, il débute en tant que simple ouvrier, puis associé jusqu’à en devenir propriétaire”, répond cet exploitant terrien de renommée régionale voire nationale. L’absence d’autres ressources qui émaneraient des usines, inexistantes dans la wilaya, a contraint le citoyen à jeter son dévolu sur l’agriculture. Un choix qui a porté ses fruits plusieurs décennies plus tard. Le temps a fini par lui donner raison.
L’agriculteur du Sud a réussi à convaincre les pouvoirs publics que cette partie du pays, à elle seule, est en mesure de nourrir toute la nation. Ce n’est pas une chimère ! Les observateurs très au fait de l’activité agricole en Algérie et autres experts nationaux et étrangers, l’ont précédemment prédit. Soit. Mais encore faut-il que l’administration centrale accompagne cette passionnante démarche, ce long sentier parsemé d’embûches, entamés d’ores et déjà avec brio par les habitants d’El Oued. Ceux-ci ne demandent pas la lune ! Si les soufis ont accompli leur mission, à l’Etat de faire son devoir d’accompagnateur. Ils sollicitent une intervention plus engagée de sa part. Les agriculteurs d’Oued Souf souhaitent en fait que les pouvoirs publics lèvent les contraintes auxquelles ils font face au quotidien.


C’est la condition sine qua non, pour pouvoir porter la contribution du Sud dans la valeur de la production agricole nationale de 18,3 % à 30 %, un objectif tracé à moyen terme par le gouvernement. Première problématique soulevée par les
agriculteurs des communes de Hassi Khelifa et de Reguiba rencontrés sur place, a trait au foncier agricole.
Outre la nécessaire accélération de la régularisation administrative de ces terreaux pour que l’exploitant agricole puisse, entre autres, ouvrir droit aux crédits prévus par les dispositifs d’aide et de soutien, ils demandent que la durée de la concession d’une parcelle de terrain fixée par la loi jusqu’à 40 ans soit revue à la hausse. “C’est une décision illogique dans la région du Sud. Car, il est inadmissible que l’opérateur investisse la bagatelle de 600 millions de centimes pour lancer son projet agricole sur une terre qu’il doit restituer à l’Etat au bout de 40 ans !”, argue un agriculteur désabusé. La majorité des exploitants de ces fermes, relève-t-il, ne dispose pas de documents nécessaires justifiant leur propriété.
Il escompte voir en outre, les autres cultures maraîchères telles que la pomme de terre soient incluses dans le dispositif de l’accession à la propriété foncière agricole (APFA). “Au lieu de nous aider à produire plus et répondre à la demande nationale pour certains produits agricoles, on nous met des bâtons dans les roues et on nous laisse pâtir des écueils bureaucratiques”, déplore un autre agriculteur. Pour résoudre cet épineux problème, le président du Cript en appelle au Premier ministre et aux ministres de l’Agriculture, de l’Intérieur et des Finances. L’autre souci évoqué concerne la mécanisation. Un manque flagrant en mécanisation agricole spécifique à la région est, selon M. Bekkar, constaté dans la wilaya. “Il faut que le matériel soit adapté aux spécificités et au caractère sablonneux de nos terres pour la plantation et l’arrachage”, déclare cet agriculteur propriétaire de milliers d’hectares de terre exploités à El Oued.

Foncier, électricité, eau, pistes, mécanisation… ces écueils qui brisent l’élan des fellahs
Ici, la machine n’a pas encore remplacé l’homme qui continue à cultiver son champ en utilisant des méthodes traditionnelles désuètes. Pis, il ne bénéficie même pas du soutien de l’Etat pour l’acquisition des pivots usuels fabriqués en Algérie au motif de leur non-homologation. Pourtant, cet outil dont la durée de vie dépasse les 14 années, est encore utilisé par l’agriculteur d’El-Oued qui loue son efficacité et son rôle primordial dans les activités agricoles. La fourniture en équipements est, de ce fait, une urgence car, la main d’œuvre se fait de plus en plus rare. “L’agriculteur d’El-Oued est prêt à poursuivre son petit bonhomme de chemin et à fournir encore plus d’efforts, mais il faut l’encourager et lui accorder une attention particulière”, affirme M Bekkar. Il a réussi à venir à bout des diverses contraintes pour proposer une pomme de terre cotée pour ses valeurs nutritives, sa bonne qualité et facilement identifiable sur le marché.
Sur un autre registre, cet opérateur en agriculture relève un manque de moyens de stockage frigorifique. Les capacités détenues par la wilaya restent infimes. “Est-il concevable que la wilaya produise 12 millions de quintaux dans une région réputée pour ses grandes chaleurs alors que ses aires de stockage frigorifique ne peuvent contenir que 7 000 tonnes ?”, s’interroge  avec consternation ce professionnel. Dans le cadre du Plan national du développement agricole (PNDA), El-Oued a bénéficié d’un soutien de l’Etat pour 52 chambres froides, dont 40, soit une capacité de 2 500 tonnes, sont destinées exclusivement à la culture des dattes à Oued Righ, commune de Meghier. La pomme de terre n’est cependant, pas concernée par ce type de soutien. “Nous demandons à ce que le tubercule soit inséré dans la nomenclature des filières qui en bénéficient”, souligne Bekkar Ghemam Hamed. Il faut, selon lui, créer une chaîne de chambres froides pour que l’agriculteur puisse produire et commercialiser sa récolte dans de meilleures conditions. L’état lamentable des pistes d’accès aux champs, constitue aussi un facteur de blocage des activités des fellahs. Il leur est difficile d’y accéder pour emmener leur matériel ou faire sortir leur récolte. Une virée vers les fermes renseigne clairement sur la détérioration qu’a subie le bitume de la voie principale.
Devant l’indifférence des autorités à prendre en charge ce problème, les exploitants se sont constitués en groupements, se sont entraidés et ont réalisé les accès vers leurs exploitations eux-mêmes avec leur propre argent. Ils ont soulevé cette difficulté depuis plusieurs années, mais rien n’y fit. Pis, des projets de goudronnage tracés en 2004, n’ont pas été exécutés à ce jour !
“Cette lancinante question freine le rythme de la croissance au sein des fermes agricoles et, par la même, celle de la wilaya entière”, commente M Bekkar. Cela étant, “nous restons optimistes quant aux promesses du ministre de l’Agriculture qui a conçu un programme spécial pour les wilayas du Sud par le biais duquel il prendra en charge les problèmes des pistes, de l’eau et de l’électricité…”, confie cet opérateur. L’alimentation en courant électrique. Voilà encore un autre désagrément dont souffrent énormément les fellahs soufis. Le secteur de l’énergie qui accuse un retard n’a pas su suivre l’évolution du secteur agricole sur le terrain. Sur la route menant vers ces fermes, des centaines de mètres de câbles électriques jonchent le sol aux abords ensablés des exploitations. Des fils branchés à partir des pylônes, de moyenne tension, installés par les autorités locales tout le long du chemin pas assez bitumé, forme une véritable toile d’araignée.

Pomme de terre à moins de 20 DA : une catastrophe pour l’agriculteur !
Ces interminables câbles en aluminium, achetés par les agriculteurs eux-mêmes à coup de dizaines de millions de centimes, sont ensuite acheminés vers les exploitations sur une distance atteignant parfois 5 km ! Cette affligeante image frappe l’esprit de toute personne qui rend visite à ces exploitants. Ces derniers ont recouru à cette solution parce que les responsables locaux n’ont pas répondu à leurs innombrables doléances. “Le fellah soufi demande le soutien de l’Etat mais s’il n’y voit rien venir, il se mettra dans l’obligation de surmonter l’épreuve seul et aller de l’avant”, indique Bekkar Ghemam.
Cette phrase résume, selon lui, la philosophie de l’agriculteur d’El-Oued. Une philosophie fondée sur la confiance en soi et l’incrédulité vis-à-vis de l’administration locale. Un manque de coordination voire de communication caractérise la relation professionnelle qui lie le fellah aux responsables du secteur au niveau local. Un constat qui n’arrange pas les affaires des deux partenaires. Hamed, un des dirigeants de la caisse régionale de la mutualité agricole (Crma) lance un appel à l’adresse des institutions de tutelle pour la création d’une grande mutualité à El Oued à même de régler les problèmes de mécanisation et de servir d’espace de concertation entre les différents acteurs de l’acte agricole. Il met en avant également d’autres suggestions telles que la multiplication des semences, la nécessité de créer un laboratoire de recherches et un institut d’agronomie…
Un autre souci vient se greffer et envenime encore plus la situation des gérants de ces fermes. Il s’agit des prix du marché de la pomme de terre qui ont connu ces derniers jours une chute vertigineuse due à une offre exceptionnelle. Pis encore, avec la production de 500 000 tonnes qui arrivera à la fin du mois en cours et le stock de sécurité évalué à 50 000 tonnes, constitué à travers le dispositif Syrpalac -s’il est mis sur le marché- l’agriculteur ira droit dans le mur. M. Bekkar tire la sonnette d’alarme et attire l’attention des autorités pour une intervention en urgence. Car, présage-il, la moisson ne se présente pas sous de bons auspices…
Les prix vont baisser davantage au-dessous des 20 DA ! “Le fellah risque de recevoir de ce fait un coup fatal et ne pourra pas se relever de son KO”, prédit le président du Cript. Un tel scénario le contraindra, déplore-t-il, à abandonner la filière pour explorer une autre opportunité. Le soutien de l’Etat à travers l’achat des  quantités de tubercule produites par la société publique Proda à raison de 22 DA le kilogramme demeure, d’après, M Bekkar, insuffisant, étant donné le coût de production en augmentation régulière. “Le prix d’achat devrait se situer entre 25 et 30 DA/kg pour que le fellah y trouve son compte”, suggère ce nouveau spécialiste du tubercule. Pour le crédit sans intérêts R’fig, les exploitants agricoles déplorent le fait que la banque leur exige un intermédiaire qui est le fournisseur. Pour l’obtention de ce prêt, celui-ci (intermédiaire) paye des taxes évaluées à 25 % du montant global. Le fellah verra de ce fait la somme totale du crédit réduite à
75%. Pour un montant de 100 millions de centimes demandé, par exemple, l’agriculteur ne bénéficie finalement que de 75 millions de centimes. Le reste est payé par le fournisseur sous forme de taxes. Aujourd’hui, El Oued, la mythique rivière dépérie, veut changer…le cours de l’histoire. Cette région du Sud est en passe de devenir le berceau de l’agriculture saharienne.  
Un des principaux pourvoyeurs du pays en produits agricoles, cette wilaya devient le bastion de la nouvelle révolution agraire qui pourra libérer le pays de sa dépendance de l’étranger, de son accoutumance au pétrole et assurer sa sécurité alimentaire grâce à laquelle il  retrouvera enfin sa souveraineté…


B. K.