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A la une / Reportage

Intégration de classes pour autistes en écoles primaires

Est-ce le début de la fin du calvaire des parents ?

©Laldja M.

Patientes et motivées, la psychologue et la pédagogue ont leur stratégie pour dispenser le programme préscolaire destiné à ces apprenants admis dans cette classe spéciale, voilà trois mois.

De loin, Amar, Anes, Amine, Manar et Salsabile semblent être des enfants comme tous les autres. Ils sont dans une classe préparatoire intégrée dans une école primaire. En les approchant, on se rend vite compte qu’ils sont tellement différents. Ils ne se parlent pas, ne jouent pas ensemble.
La cause de leur détachement du monde qui les entoure est impalpable. Le refus, chez ces enfants autistes âgés entre 8 et 9 ans, de communiquer avec une personne étrangère ou de la regarder en face est sans appel. Amine ne consent à donner son nom, son prénom et son âge que lorsque la psychologue chargée de sa classe intervient. Elle sait s’y prendre avec lui. L’autre éducatrice, pédagogue de formation, tente de convaincre Amar de rejoindre sa place pour poursuivre la séance d’écriture. Pas facile. L’enfant fixe, depuis plus d’une demi-heure, le journal qu’il a trouvé, durant la pause, sur une table à l’autre bout de la salle. Il est attitré par les photos.
Ce qui le déconcentre complètement de l’activité entamée tout à l’heure. Il faudrait le débarrasser graduellement de cette habitude, nous dit-on. L’astuce ? L’inviter à écouter de la musique, à jouer ou à manger sa collation pour l’amener par la suite à finir le travail qu’il a commencé. Cependant, la réponse des enfants aux consignes données est parfois surprenante. De petits progrès se font sentir, notamment chez Amar, Salsabile et Manar. Celle-ci lit, d’ailleurs, sans difficulté. L’enseignement se fait, cependant, au gré des enfants. Toute intervention des enseignantes est mesurée.
Car une crise risque d’être déclenchée chez l’un des élèves à la moindre contrainte. Patientes et motivées, la psychologue et la pédagogue ont leur stratégie pour dispenser le programme préscolaire destiné à ces apprenants admis dans cette classe spéciale, voilà trois mois. Admis parce qu’ils ont montré une certaine aptitude à apprendre, contrairement à d’autres camarades présentant le même trouble comportemental. Ces derniers demeureront au centre psychopédagogique pour une phase de préparation prolongée. Chacun de ces petits, si tout se passe comme prévu, sera accompagné d’un spécialiste lors de son passage en1re année primaire, vu leur hyperactivité qui risquerait de perturber le bon déroulement des cours pour le reste de la classe.


©Laldja M.

Chaque enfant autiste a son propre profil
Après avoir tournoyé dans la grande salle de classe presque vide, sans pour autant communiquer avec ses pairs, et poussé quelques cris enthousiastes puis répété le mot “Djeddou” plusieurs fois, Anes s’assoit seul à une table. Maintenant, il manipule calmement et de façon étonnante sa tablette électronique. Grâce à cet appareil, il a appris à nommer, en anglais, des objets, des fruits, des animaux… Nous comprenons enfin le refus de Amar d’abandonner le journal. Il a été certes attiré par des photos. Mais était-ce la seule raison ? Il essayait peut-être de mémoriser l’une d’entre elles pour la reproduire plus tard.
Car ce petit adore dessiner. Il dessine des monuments et sait où ils se trouvent. Il dit que la tour Eiffel est à Paris, les pyramides en Égypte et Burj Al-Arab à Dubaï. L’espace, les étoiles, la lune et les avions le passionnent aussi. Manar, elle, s’exprime par l’écriture. Elle écrit : “Manar sort de l’école” parce qu’elle sent approcher le moment de partir. Et elle a hâte de rentrer à la maison. Quand on lui présente des personnes sur une photo, elle met dessus les noms des membres de sa famille. Elle manipule aussi le micro-ordinateur.
Elle est capable d’utiliser le programme de dessin. Il est certain que ces enfants ont été habitués, chez eux et au centre psychopédagogique, à effectuer des activités bénéfiques à l’amélioration de leur état. Mais ils sont également arrivés, en classe, avec des habitudes jugées gênantes par la psychologue. En premier lieu les dialectes appris à travers des séries télévisées et dessins animés diffusés par des chaînes étrangères.
Au début, Anes s’exprimait, selon l’éducatrice, dans le dialecte syrien. Salsabile, elle, parlait l’égyptien. Quant à Amine, il utilisait la langue arabe. Dans le cas de celui-ci, on aurait tendance à penser que cela constitue un acquis pour lui. Mais l’éducatrice, qui a un avis différent, a œuvré à remédier à ce handicap langagier. Pour cela, elle a dû faire appel aux parents de l’enfant, lequel communique, dès à présent, dans sa langue maternelle, en l’occurrence le dialecte algérien.

Ambitions de la direction de l’action sociale
Puisque les spécialistes s’accordent à dire que les autistes ont un quotient intellectuel (QI) parfois supérieur à la normale, ces enfants, s’ils sont mis dans des classes ordinaires, pourront-ils un jour surmonter leur handicap et suivre une scolarité normale ? C’est en tout cas l’ambition de la Direction de l’action sociale (DAS) de Batna laquelle compte sur le système de prise en charge de ces sujets de préférence avant l’âge de cinq ans. Cette ambition est cependant confrontée à quelques obstacles et pas des moindres.
En effet, seulement 17 des 22 classes programmées par l’institution pour l’année scolaire en cours ont été ouvertes. En effet, la majorité des écoles primaires dans les différentes daïras de la wilaya sollicitées pour l’intégration de ce genre de sections sont dans l’impossibilité de satisfaire la demande vu le manque de salles de classe.
Des salles inappropriées à l’enseignement de cette catégorie d’enfants ont été parfois proposées, ce qui a retardé le lancement de l’opération. Par ailleurs, le transport des enfants des classes intégrées dans les écoles n’est pas assuré actuellement.
Les bus de ramassage offerts par le ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme sont réservés aux enfants des centres psychopédagogiques. Mais en dépit de ces difficultés, le directeur de l’institution de Batna, M. Kheireddine Achi est optimiste quant aux résultats escomptés, à savoir l’autonomie de l’enfant autiste précédant son intégration dans le milieu scolaire ou du moins son insertion socioprofessionnelle. Ses atouts ? Le programme tracé par le ministère de tutelle, les efforts de la DAS et des APC conjugués à ceux de l’équipe de spécialistes à savoir des psychologues, pédagogues, sociologues et autres éducateurs spécialisés formés à cet effet, à Batna et Ghardaïa avant le lancement du projet.
Une évaluation trimestrielle du suivi du projet et de la progression des élèves s’avère être indispensable d’après la surveillante générale du centre psychopédagogique de Barika. Le contact permanent de la direction de l’institution avec une association caritative de N’Gaous, ayant déjà acquis une certaine expérience dans le domaine, est également de mise.

Implications des parents dans le suivi du parcours de leur enfant autiste
La prise en charge antérieure de Manar a été conséquente pour l’amélioration de ses troubles, notamment le retard de la parole. Résidents à Barika, ses parents l’emmenaient régulièrement dans des centres spécialisés deux à trois fois par semaine, à El-Eulma et à Sétif, à plus de deux cents kilomètres de chez eux, avantages dont d’autres ne peuvent  bénéficier. La non-disponibilité des parents, notamment le père et sa bourse limitée pourraient priver l’enfant autiste de cette chance. Le niveau intellectuel des parents et celui de la mère en particulier, joue pour sa part un rôle prépondérant pour vaincre l’autisme. Universitaire, la maman d’Anes est toujours en quête de solutions qui atténueraient l’hyperactivité de son fils et faciliter chez lui l’usage de la parole. En parallèle du suivi psychologique, elle lui fait suivre un régime alimentaire riche en fruits et légumes et à la fois sans gluten, sans sucre industriel et sans produits conservateurs. Elle sait que ces produits accentuent le syndrome de l’hyperactivité. La maman d’Anes lui consacre beaucoup de temps et pourtant elle a d’autres enfants. Elle a également opté pour l’inclusion du jus de citrouille dans l’alimentation de son fils. Même la collation que celui-ci ramène à l’école le matin est préparée à base de maïs.

Reportage réalisé par : Laldja MESSAOUDI


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