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A la une / Reportage

La police en a installé sur les routes

F’tour dans les khaïmas : l’escale salutaire

Des citoyens attendant l’heure de la rupture du jeûne. © Farid Belgacem/Liberté

À l’intérieur de la khaïma, 8 tables, pour un total de 40 couverts, sont soigneusement dressées et bien garnies.

“Une khaïma pour la rupture du jeûne avec la police, à 500 m, Saha f’tourkoum”. Un écriteau qui saute aux yeux dès qu’on entame le chemin la Côté de Birkhadem, aux portes de la capitale, et que la Sûreté de la wilaya d’Alger a déployé pour inviter les automobilistes à marquer une halte, le temps de partager une chorba chaude et un menu copieux en ce mois de Ramadhan. Entre solidarité et prévention routière, cet écriteau vaut des enseignements pour les uns, et des valeurs de partage pour les autres. Surtout pour ces autres automobilistes qui viennent des wilayas de l’ouest du pays, et que les policiers en faction interceptent à quelques minutes du f’tour pour les inviter à se reposer et à rompre le jeûne dans un climat de convivialité. “Généralement, on invite les automobilistes et les familles qui viennent de Médéa, Aïn Defla, Chlef, Oran et des villes de l’extrême Ouest, comme on invite les chauffeurs de taxi et leurs clients qui se dirigent vers la gare routière du Caroubier, à rompre le jeûne dans cette khaïma”, nous explique un jeune policier. Il est 19h, l’équipe chargée de la mise en place arrive et décharge la nourriture et les ustensiles. À l’intérieur de la khaïma, 8 tables, pour un total de 40 couverts, sont soigneusement dressées et bien garnies.
Le policier-pivot, qui gère les lieux, veille au grain pour que rien ne manque sur les tables. Ça va de la chorba à la salade, en passant par un repas chaud, jusqu’aux boissons et au dessert. Pour une action de solidarité, c’en est une, d’autant qu’il s’agit d’un programme national déployé depuis le second jour du mois de Ramadhan par la direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). “En plus des automobilistes, on accueille et on assiste les personnes en difficulté, avec pour unique motivation la foi et le partage. L’objectif est d’offrir une ambiance conviviale aux passagers et aux nécessiteux et leur permettre de vivre, même loin de chez eux, une ambiance de fraternité et familiale”, nous explique encore ce policier, chargé de superviser le service. À 19h45, une quarantaine de personnes occupe déjà la khaïma. Les commentaires vont bon train entre les invités. Parmi eux, figure un jeune doctorant originaire de Boumerdès, qui revenait de Blida. “J’ai perdu beaucoup de temps pour quitter le centre-ville de Blida”, nous dira cet étudiant qui avoue qu’il roulait à vive allure. “J’ai évité l’autoroute Est-Ouest à cause des travaux, du coup, je devais rentrer chez moi avant 8h pour rompre le jeûne en famille. Je trouve l’initiative de la police très originale, et je préfère rester ici que de me précipiter pour gagner 10 ou 15 minutes”, développe encore notre témoin.

Partage, convivialité et sécurité
Dehors, Mehdi Laichaoui, officier de police, représentant de la Sûreté de la wilaya d’Alger, supervise ses collègues, qui invitent encore les routiers retardataires à rejoindre le “banquet”. “C’est pour la troisième année consécutive qu’on organise un f’tour pour les automobilistes et les familles. Durant les éditions précédentes, on aménageait des tentes chaque week-end. Mais à partir de cette année, la DGSN a décidé d’organiser le f’tour durant toute la durée du mois de Ramadhan pour convaincre les routiers que rien ne sert de rouler vite à quelques minutes de la rupture du jeûne. Chaque vie sauvée par ce partage vaut la peine”, a indiqué M. Laichaoui. Selon cet officier, “la Sûreté de la wilaya d’Alger a mobilisé tous les moyens humains et matériels pour assurer le maximum de confort aux routiers qui partagent avec nous le f’tour au niveau de deux points, à savoir El-Harrach et la Côte, où nous servons plus de 80 repas. En plus de l’aspect lié à la solidarité, cette action s’inscrit en droite ligne de la lutte contre les accidents de la route. Comme vous le savez, les accidents sont souvent provoqués par les automobilistes qui sont pressés de rentrer chez eux. Du coup, on les invite à rompre le jeûne avant de poursuivre la route en toute sécurité”. Abordant le sujet, un jeune entrepreneur, originaire de Blida, estime que, effectivement, il y a une relation directe entre les accidents et le Ramadhan.
“Il m’arrive, à l’approche de la rupture du jeûne, de me sentir très faible et nerveux. Je me demande parfois comment j’arrive à conduire alors que je perds ma vigilance et ma maîtrise.”
Pour notre interlocuteur, cette baisse de vigilance se traduit par un état de somnolence avancée et d’irritabilité incontrôlée du conducteur, notamment pour ceux qui sont dépendants du tabac et du café. À 20h, un septuagénaire, accompagné de sa petite-fille de 6 ans, débarque dans la khaïma. Originaire de Birkhadem, cet homme rompt le jeûne, chaque jour, avec les personnes nécessiteuses et les routiers. “Hier, j’ai rompu le jeûne dans un stade de Blida. Il y avait plus de 6000 personnes invitées par des bénévoles et des bienfaiteurs. C’est bien beau de manger à satiété chez lui tous les jours. Mais faudrait-il se rappeler qu’il y a des personnes qui n’ont même pas quoi se mettre sous la dent. Chaque jour, je contribue à ma façon et je partage une bonne soupe avec des passants, des ouvriers, des familles et des personnes nécessiteuses.” Pour lui, “l’action de la DGSN est plus que louable, notamment au niveau de la Côte, qui constitue la porte principale du sud de la capitale où les automobilistes roulent à vive allure pour rentrer chez eux”.
Issu de l’Est, plus exactement de Aïn M’lila, un jeune, carreleur de son état, avoue être émerveillé, surpris par cette action. “Je ne m’attendais pas à un repas aussi garni. J’ai l’impression que je suis chez moi, à Aïn M’lila ! Je me suis oublié sur le chantier et je cherchais où m’acheter du pain, une boîte de thon et du café. Au retour, en quittant la passerelle, un policier m’appelle et m’invite à m’installer dans la khaïma”, témoigne ce jeune visiblement impressionné par les tables garnies et l’atmosphère à l’intérieur de cette tente. “Je ne m’attendais pas à cette ambiance. Je vous assure que je suis comblé par cette atmosphère familiale”, témoigne encore cet ouvrier qui n’a pas cessé de féliciter les policiers qui ont organisé et partagé le f’tour autour de cette table de Ramadhan. “Ce sont ces gestes qui sauvent des vies. Il faut reconnaître que l’incivisme règne en ce mois de Ramadhan sur nos routes. Certains automobilistes oublient qu’il ne s’agit que d’un mois de jeûne qu’il faudra accomplir en toute piété et non en justifiant leur comportement irresponsable sur les routes”, témoigne un sexagénaire originaire de Tighenif (Mascara). “Quand le policier m’a invité, j’ai immédiatement appelé ma fille qui habite Reghaïa pour lui dire de ne pas m’attendre. J’ai préféré rompre le jeûne ici que de me précipiter pour arriver. Je n’oublierai jamais ce geste. Les policiers doivent multiplier ce genre d’initiatives pour sauver de vies. Que Dieu leur prête aide et assistance dans cette noble mission”, témoigne encore cet habitant de Tighenif. Il est 20h30, les policiers en faction guettent encore les retardataires pour les inviter à rompre le jeûne. “Il nous arrive d’arrêter et d’inviter des routiers 30 minutes après la rupture du jeûne. Nous avons toujours de la nourriture en réserve. Généralement, ils sont dans un état d’épuisement. Ils marquent une halte, et on s’assure s’ils peuvent poursuivre leur chemin”, nous dira un autre policier.


F. B.

 


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