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A la une / Reportage

Frayeur après les multiples secousses telluriques

Hammam Mélouane, une ville qui se vide de ses habitants

Les dernières secousses ont laissé des traces dans la localité de Hammam Mélouane. © D. R.

Face à un danger permanent et suite aux rapports d’expertise du Centre technique de construction (CTC) qui avait marqué en rouge les habitations ébranlées par les séismes, les autorités locales ont préféré délocaliser tous les habitants de Hammam Mélouane pour éviter le pire.

A Hammam Mélouane, le séisme et ses répliques, qui après avoir installé la peur et le traumatisme, ont fini par déloger la population de leur commune, située à 30 km à l’est de Blida et à environ 40 km au sud d'Alger. La nature a voulu que ces centaines de familles habitant cette bourgade depuis des siècles quittent à jamais les lieux de leurs ancêtres. A Hammam Mélouane, on se prépare pour quitter en masse ce lieu situé au pied de deux gigantesques montagnes. Face à un danger permanent et suite aux rapports d’expertise du Centre techniques de construction (CTC), qui avait marqué en rouge les habitations ébranlées par les séismes, les autorités locales ont préféré délocaliser tous les habitants de Hammam Mélouane pour éviter le pire. Jeudi dernier, premier jour de l’année 2015, la ville de Hammam Mélouane ressemblait à une ville fantôme. La furie des eaux de l’oued se fait entendre, emportant dans son passage les détritus laissés par les visiteurs de la saison estivale.
Au centre-ville, c’est le calme total. Seuls quelques chiens errent à la recherche de quoi se nourrir et une ambulance de la protection civile équipée de matériel médical prête à intervenir en cas de besoin. A 10h, deux voitures arrivent. A l’intérieur, des familles venues profiter des vertus du bain thermal. Juste avant le pont qui mène vers les hauteurs de Magtaâ Lazreg, quelques jeunes de cette localité se rassemblent après avoir passé la nuit dans les voitures. D’autres, sur une crête, se regroupent également autour d’un feu de camp pour se réchauffer d’un temps glacial. Au seul café existant dans cette bourgade, des jeunes se mêlent aux vieux pour, peut-être, la dernière fois, car toutes les familles devront quitter les lieux vers de nouvelles habitations situées probablement dans la ville de Larbâa. “Le séisme c’est comme la mort, ça ne prévient pas. Il arrive subitement et emporte tout ce qu’il peut emporter avec lui. Le malheur, c’est qu’il est plus dur qu’une mort naturelle, car le séisme peut faire disparaître toute une ville ou une famille. C’est pour cette raison qu’on préfère passer la nuit dans les voitures ou dans des maisons de fortune pour éviter la mort. Ici chaque jour, la terre tremble”, raconte Kamel Touati, 35 ans, qui habite avec son père à la cité OPGI des 32 logements. Ce quartier, situé au centre-ville, au pied de la montagne rocheuse, est fissuré à plusieurs endroits par les multiples répliques du séisme. Seules trois familles ont accepté l’ordre de relogement dans de nouvelles demeures, les autres refusent de partir du fait que le père de famille abrite avec lui des enfants mariés. “Nous voulons partir pour fuir la mort, mais les autorités locales veulent nous embourber sous le même toit. C’est-à-dire, le père, la mère, les enfants célibataires et ceux qui sont mariés dans un F3. Nous reconnaissons et nous remercions l’Etat pour la prise en charge, mais nous estimons que cette prise en charge doit prendre en compte le fait que nous allons être déracinés de notre ville après plusieurs siècles d’habitation”, explique toujours Kamel, qui fait la présentation de son grand frère également célibataire. “J’ai 35 ans et lui est plus âgé que moi. Nous sommes tous les deux célibataires. Si nous allons partir à Larbâa, est-ce que les autorités de cette localité vont nous donner un logement avant les natifs de cette ville qui sont des milliers à attendre désespérément un logement ?”, s’interroge le jeune Kamel, entouré par d’autres qui partagent le même avis.
L’opération de délocalisation concerne plus de 400 familles habitant des maisons précaires au centre-ville, le quartier Hay El-Bordj, un ancien camp de détention de l’ère coloniale transformé en lieu d’habitation et les habitants de Magtaâ Lazreg, un lieu qui se trouve à 5 km de Hammam Mélouane et qui a été sévèrement touché par le séisme de 2013.

Bras de fer entre les habitants
et le propriétaire de la station thermale
Le séisme a fini aussi par provoquer un conflit entre les habitants de Hammam Mélouane et le propriétaire de la station thermale. Les habitants accusent le seul investisseur dans la région d’avoir bouché les canalisations des sources d’eaux souterraines, et en conséquence, selon eux, les eaux n’ont pas trouvé d’issue jusqu’à pouvoir provoquer un séisme pour trouver un nouveau cheminement d’évacuation. “Jamais cette région n’a connu un tremblement de terre auparavant, jusqu’à l’arrivée de cet investisseur qui avait, par ignorance, bouché les canalisations des sources d’eau.  En 1971, les Bulgares allaient réaliser un projet, mais après étude du sol, ils ont refusé, car l’étude en question montrait que c’est une zone qui dégage des eaux salées, du soufre, du carbone et d’autres produits chimiques”, argumente le jeune Kamel. Ce dernier, avec d’autres jeunes, restent convaincus que l’investisseur avait provoqué le séisme, surtout qu’ils viennent de découvrir une nouvelle source au pied de la montagne qui déverse ses eaux dans l’oued : “Voilà la preuve que les eaux souterraines cumulées en sous-sol, et qui n’arrivaient pas à trouver leur parcours habituel, ont fini par trouver cette sortie après le séisme.” De son côté, le responsable de la gestion du complexe thermal estime que cette accusation relève de l’ignorance, car, selon lui, tout l’investissement est basé sur la disponibilité de l’eau. Sans cette matière vitale, tout le projet est compromis. “Comment peut-on refouler ou boucher la canalisation de la matière qui fait fonctionner notre projet ? C’est insensé. Cette année, nous allons ouvrir les autres projets qui concernent un bassin thermal pour femmes et un autre pour hommes. Plus de 100 cabines individuelles également pour femmes et hommes ainsi qu’un espace réservé aux enfants pour l’utilisation des toboggans. Donc, le complexe aura besoin de plus d’eau pour pouvoir répondre au fonctionnement des nouveaux projets”, souligne le gestionnaire du complexe thermal.
Un complexe qui n’a pas échappé lui aussi aux séquelles du séisme. Mais le conflit entre le propriétaire du complexe thermal et la population demeure dans la confusion, et seuls les sismologues et les géologues peuvent répondre aux questionnements, surtout ceux d’une population qui semble traumatisée par le séisme. Certains parlent même d’un volcan qui se réveille à travers un séisme qui se focalise sur la même faille depuis deux années. “Nos enfants sont constamment sous le choc du séisme. La nuit, ils ne ferment les yeux que par fatigue. C’est pour cette raison que la plupart d’entre nous ont pris leurs enfants vers la montagne ou chez des cousins qui habitent la ville pour qu’ils retrouvent leur calme”, explique Moussa Boudahdir, un garde communal à la retraite qui témoigne de la décennie noire passée dans cette région et la mobilisation des citoyens de Hammam Mélouane pour lutter contre le terrorisme.

La RN61, un danger permanent
La route nationale 61, qui constitue l’unique chemin pour accéder à Hammam Mélouane à partir de la ville de Bougara, reste un danger permanent pour les automobilistes. Un pont de fortune a été établi par les services des travaux publics de la wilaya pour permettre à la population de traverser l’oued. Mais le plus dangereux, ce n’est pas la furie des eaux mais ce sont les montagnes rocheuses qui menacent à tout moment de s’écrouler. Lors du dernier séisme et ses répliques, la route a été fermée à deux reprises à cause de la chute des pierres et des glissement de terrain. Les services de la DTP sont en permanence sur un lieu qui nécessite une intervention rapide de la part des autorités afin d’éviter une catastrophe. D’ailleurs, à chaque remontée des eaux de l’oued, cette route devient impraticable et coupe toute circulation. Les écoliers sont contraints de manquer les cours. Leurs parents ne peuvent pas non plus se déplacer pour regagner leur lieu de travail. De Hay El-Djadid, situé en contrebas de la montagne de Hammam Mélouane, jusqu’aux hauteurs de Magtaâ Lazreg, la route est périlleuse. Une situation qui constitue peut-être une des raisons qui ont motivé les habitants de Hammam Mélouane à quitter leur commune pour s’installer en ville.

Vers un site touristique sans population
La délocalisation des habitants de Hammam Mélouane semble s’inscrire dans la perspective d’ériger ce lieu en pôle touristique d’excellence. Toutes les maisons construites anarchiquement au bord de l’oued et même les magasins sont voués à la disparition pour faire ériger des structures de commerce qui répondent aux exigences de la nouvelle vision des autorités locales. Ce projet a pour objectif aussi d’attirer les investisseurs pour promouvoir le secteur touristique dans cette région réputée pour ses produits du terroir. De leur côté, les habitants veulent quitter les lieux le plus tôt possible, avant un autre séisme destructeur, mais conditionnent cela par un relogement décent.


F. K.

Publié dans : Hammam Mélouane

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