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A la une / Reportage

Considérée comme le poumon de l’économie nationale

Hassi Messaoud : du cinéma dans la ville des torchères

Un des petits-fils de Messaoud Rouabah. © D.R.

Cette région, qui doit son nom à Messaoud Rouabah, le puisatier qui y découvrit le pétrole, a brillé le temps d’une semaine aux couleurs du 7e art. Retour sur une ville qui “aurait pu être le Dubaï algérien”.

La commune de Hassi Messaoud (à 80 km de Ouargla), connue pour être une région pétrolière, a été habillée, le temps d’une semaine, aux couleurs du 7e art. Ses habitants, habitués au tapis rouge déroulé pour des responsables du secteur de l’énergie, ont été, cette fois-ci, émerveillés de voir leur ville transformée en une destination pour les vedettes du petit et grand écran. Ils ont ainsi vécu du 18 au 22 décembre dernier la première édition des rencontres cinématographiques de Hassi Messaoud, initiées et financées par Maher Tliba, un chef d’entreprise.
Cette manifestation représente une première en Algérie et dans les pays arabes. Pour la réalisation de cet événement, cet opérateur a fait appel à l’association Lumières et au staff du festival du film arabe d’Oran, qui ont dédié l’événement aux œuvres arabes présélectionnées aux Oscars 2017. Ces rencontres, qui ont duré quatre journées, ont vu la projection de dix longs métrages de qualité. Ces œuvres d’Egypte, de Palestine, du Liban et du Yémen questionnent et donnent à réfléchir sur la situation politique dans ces pays, tiraillés également entre des traditions moyenâgeuses et une modernité tentaculaire. Parmi ces fictions, on peut citer Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée (Yémen) de Khadidja Al Salami, ou alors 3 000 Nuits (Jordanie) de Maï Al Masri. Outre les projections, le public de Hassi Messaoud a pu découvrir un autre univers : celui des strasses et paillettes. En effet, pour rendre cet événement plus attractif, les organisateurs ont misé sur les stars arabes, comme Khaled Abu Naga, Pamela Kik, Tarek Abdelaziz, Lotfi Abdelli et Susanne Nedjmeddine. Les vedettes algériennes n’étaient pas en reste, avec la participation de “Lala Aïni” Chafia Boudraâ et le réalisateur Ahmed Rachedi (le premier Arabe à décrocher l’Oscar en 1969, pour son film Z. Après cette semaine intense, la clôture s’est faite en beauté, avec une excursion aux invités (presse et artistes) sur les traces de Messaoud Rouabah.

Messaoud Rouabah, le puisatier qui découvrit le pétrole
Dans le bus, en route vers le fameux puits (Hassi) découvert par Messaoud Rouabah, dont la ville porte le nom, un journaliste local de Ouargla s’est prêté au jeu de guide touristique le temps d’une balade. Tout au long du trajet, il nous a raconté que Messaoud Rouabah faisait partie des Chaâmba, plus grande tribu dans le Sud algérien. Au début du XXe siècle, entre 1917 et 1918, ce paysan s’est mis à creuser des puits sur ses terres afin d’abreuver son troupeau de chameaux, et là, il tombe sur une «eau grasse comme de l’huile avec une drôle d’odeur».
Le destin de ce chamelier sera bouleversé, car il venait de faire une grande découverte dans cette ville perdue au milieu du désert. Mais cette trouvaille n’a été reconnue qu’en 1956, nous a révélé le guide, en précisant : “C’était un 14 juillet, à 16h, que les Français ont reconnu officiellement ce gisement de pétrole.” Après ce petit cours d’histoire, le bus s’arrête pour une petite escale dans un site en construction. En pénétrant dans le chantier, on se retrouve face au “puits de Messaoud” et, à la surprise générale, ses petits-enfants étaient sur place pour nous accueillir. Pour Kheireddine Rouabah, cet “héritage” de son grand-père n’a “nullement servi les membres de sa famille”. “Quand il a découvert ce gisement, il ne connaissait pas l’importance de cette matière. Il en a parlé autour de lui, et la nouvelle a été ébruitée”, nous a confié le petit-fils Rouabah. Et de renchérir : “Alors, des gens ont fait le voyage jusqu’ici, et en 1956 le puits a été reconnu officiellement.” Ces terres qui s’étendent sur une superficie de 4 km2 appartiennent à la famille de Messaoud. “Ces opérateurs disaient qu’ils étaient à Hassi seulement pour investir. Mais, par la suite, ils se sont appropriés ces terres”, a-t-il raconté. Et de marteler : “Notre famille n’a perçu aucune indemnité financière ! Les seuls bénéficiaires sont ceux qui ont repris ces terrains.”
Kheiredine Rouabah a expliqué entre autres que ses oncles et tantes ont fait “appel à la justice” à maintes reprises, tout en indiquant que “ces procédures judiciaires n’ont servi à rien ! La seule chose que nous possédons est ce mur (le puits)”, a-t-il regretté.
Malgré cette “injustice”, les Rouabah sont fiers de porter le nom de cet homme qui “représente un symbole en Algérie. Car son nom est connu dans le monde entier”, a précisé notre interlocuteur, qui fait partie de l’association culturelle “Messaoud-Rouabah”.

“Hassi Messaoud aurait pu être le Dubaï algérien !”
La ville de Hassi Messaoud est la région la plus riche en Algérie. Plus d’un millier d’entreprises nationales et internationales y sont implantées. Mais elle doit sa richesse aux taxes payées par les autres pays qui s’alimentent de son pétrole. “Sous nos terres, il y a des milliers de tuyaux pipeline de pétrole, et les pays qui sont reliés par ces pipes versent des taxes d’une valeur de 1,6% à la wilaya”, nous a indiqué le guide. Et d’informer : “Même si c’est un petit pourcentage, cela représente beaucoup de bénéfices pour notre ville. Malgré tout cet argent, la région reste pauvre, et nous avons un grand taux de chômage.”
Avec ces propos, le guide a touché à un sujet sensible. En pénétrant dans la ville de Hassi Messaoud, on se retrouve face au néant : des constructions non achevées, des routes fissurées et la quasi-absence de boutiques, marchés et grandes surfaces. Les établissements de loisirs et culturels sont inexistants. En contemplant cette ville désertique, nous avons l’impression d’être dans une ville fantôme, ou alors dans un pays en guerre !
À ce propos, des jeunes de la région nous ont confié avec grande tristesse : “Cette ville aurait pu être le Dubaï algérien !” Et d’ajouter : “Avec tout l’argent que nous possédons, ils n’ont rien fait pour l’embellir, alors que nous avons plein d’étrangers qui vivent ici.”
Sur cette situation accablante, un jeune, la vingtaine, s’est insurgé en disant : “Tous mes amis sont partis à l’étranger. Ils auraient aimé rester dans leur ville, mais ils ont préféré quitter le pays pour s’offrir une vie meilleure.”
Au sujet de l’emploi, il a précisé : “Nous avons du travail et nous sommes bien payés. Mais cela reste insuffisant, car nous n’avons nulle part où aller après le travail. La ville est encerclée par des bases-vie et des entreprises pétrolières !” Et de conclure : “Ils devraient faire un effort ; il ne faut pas oublier que Hassi est une vitrine du pays, car des milliers d’étrangers qui y travaillent vivent dans cette région, et nous n’avons rien d’autre que du sable autour de nous !”

 


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